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Les Allymes

Retranscriptions d'un article de Paul Cattin paru dans Lyon Découverte de 2003 "Spécial Châteaux" (Propos recueillis par Sandra Moisson) et d'écrits recueillis lors de la visite du château qui vous donneront une bonne idée de l'histoire de la région.

A noter des infos très intéressantes sur d'autres sites de la région à découvrir et visiter.


Bon surf 8;-))

"Entre Dauphinois et Savoyards


Les seigneurs du Dauphiné et les comtes de Savoie se sont longtemps disputé le Bugey, qui sera finalement intégré à la Savoie de 1355 à 1601. Avant d'être rattaché au royaume de France. Une histoire qui a laissé des traces, notamment dans la région d'Ambronay, entre Pont d'Ain et Ambérieu-en-Bugey, qui sera marquée par les guerres et où seront construits un grand nombre de châteaux fortifiés et de bâtisses militaires au début du XIVe siècle. Le plus célèbre : le château des Allymes, un véritable symbole de cette époque. Interview de Paul Cattin, directeur des archives départementales de l'Ain.

Paul Cattin: Au début du XIIIe siècle, les comtes de Savoie occupent la région de Belley et du Valromey dans le Bugey. Puis ils prennent possession de la Bresse, par mariage en 1272, ainsi que du Revermont, la partie montagneuse de la Bresse, à l'ouest de la rivière d'Ain, qu'ils achètent en 1289. À la fin du XIIIe siècle, ce vaste ensemble dénommé "en deçà des monts" représente un des territoires les plus riches possédé par la Savoie. D'ailleurs, les comtes de Savoie, qui aimaient beaucoup la Bresse, passaient beaucoup de temps notamment à Bourg mais surtout à Pont d'Ain, où ils avaient un château sur les bords de l'Ain. Mais ce territoire est isolé des autres terres du comté de Savoie par la plaine d'Ambronay, entre Pont d'Ain et Ambérieu-en-Bugey, dont le château de Saint-Germain appartenait aux dauphinois. Du coup, cette voie de passage, qui permettait aux comtes de Savoie d'aller de Chambéry à Belley ou à Bourg, était très convoitée.

Qui d’autre s’intéresse à ce territoire?

Le Dauphin de Viennois qui possède toute la rive droite du Rhône jusqu’à Lyon, c'est-à-dire presque tout le sud de l'actuel département de l'Ain. Et il s'allie au puissant seigneur de Thoire-Villars, qui lui aussi a besoin de cette passe pour joind­re ses deux possessions : une partie de la Dombes et le nord du Bugey, c'est-à-dire la région de Nantua, Montréal, Oyonnax... Bref, ce terri­toire est stratégique car la région d'Ambronay située entre Pont d'Ain et Ambérieu est vitale à l'un comme à l'autre, puisqu'elle leur permet de se rendre d'une partie de leur terri­toire à l'autre. Dès lors, savoyards et dauphinois vont se livrer bataille pour conquérir cette zone.

Comment démarre ce conflit entre savoyards et dauphinois ?

Les deux camps commencent par amasser leurs garnisons dans cette région et ils bâtissent des forteresses  militaires. Entre 1290 et 1350, les Savoyards et les Dauphinois fortifient presque tous les châteaux déjà existants et en construisent une quinzaine de nouveaux. En fait, dès que l'un d'eux fortifie ou bâtit un château, l'autre réplique immédiatement en faisant la même chose. L'exemple est significatif près de Saint-Rambert-en-Bugey. Vers 1310, le comte de Savoie fait construire le château de Luisandre. Le Dauphin tente d'abord d'intimider les ouvriers, puis il construit lui aussi un château le plus près possible de son adversaire, à 800 m à vol d'oiseau: le château des Allymes.

A quoi ressemblent ces châteaux ?

A l'époque il ne s'agit pas encore de vrais châteaux mais de bâties, c'est-à-dire des forts en terre et en bois entourés de fossés et de palissades. Mais rapidement, voyant que la guerre allait durer, et pour mieux protéger leurs frontières, les adversaires transforment leurs bâties en châteaux de pierre. C'est le cas notamment pour les bâties de Luisandre et des Allymes. À partir de 1315, ce sont de vrais châteaux de pierre.

Comment se termine cette guerre?

Au terme d'une série d'opérations militaires, plusieurs traités, dont celui de Paris signé en 1355, met­tent définitivement un terme à cette guerre dauphino-savoyarde et accorde ce territoire au comte de Savoie. Sur le terrain, ce traité a une portée capitale car il repousse les Dauphinois sur les bords du Rhône, en laissant le champ libre aux Savoyards qui désormais contrôlent tout le département de l'Ain tel qu'il est défini aujourd'hui.

Que deviennent ces châteaux ?

Ils perdent tout intérêt stratégique et deviennent une charge financière inutile pour les Savoyards. Du coup, le comte Amédée VI les donne en fiefs à ses vassaux ou à des nobles qui les utilisent comme résidences. C'est le cas du château des Allymes dès 1354.

La région devient alors plus calme?

Oui, mais ça ne va pas durer car les comtes de Savoie devenus ducs de Savoie, vont faire reparler d'eux à la fin du XVIe siècle au moment de la succession pour le trône de France, après la mort de Henri III. Le duc Charles-Emmanuel de Savoie revendique en effet le titre de roi de France en tant que petit-fils de François Ier. Puis il s'allie avec l'Espagne contre Henri IV, qui est alors protestant. Il va même jusqu’à envahir le Marquisat de Saluces dans le Piémont italien, une terre annexée à la France par Henri II depuis 1548. Les représailles sont immédiates puisque Henri IV envoie le maréchal de Biron et ses troupes envahir la Bresse et le Bugey. La région est à nouveau en guerre.

Le  Duc de Savoie récupère ses châteaux pour se défendre ?

Non. En fait, les châteaux du XIVe siècle n'ont plus beaucoup d'intérêt car ils ne permettent pas de se défendre contre les assauts fran­çais. Du coup, les ducs de Savoie se lancent dans une nouvelle campagne de constructions militaires, adaptées à résister à l'artillerie de cette époque. Le meilleur exemple, c'est la citadelle de Bourg-en-Bresse, une des plus puissantes d'Europe qui a été construite à l'entrée de la ville par le père de Charles-Emmanuel de Savoie. Son siège par les troupes de Biron a duré plus d'un an et elle ne s'est rendue qu'après le traité de Lyon.

Comment prend fin cette nouvelle guerre ?

A partir de 1598, le duc de Savoie, qui est privé de l'appui de l'Espagne, est rapidement battu militairement. Et le traité de Lyon, signé le 17 janvier 1601, met alors fin aux ambitions savoyardes. Les pays de Bresse, du Bugey et de Gex sont rattachés à la France. Et c'est avec ce rattachement qu'émerge le département de l'Ain.

Les châteaux qu'on peut voir encore aujourd'hui ?

 Le château des Allymes, qui a été racheté par la ville d'Ambérieu  et qui est un témoin des guerres dauphino-savoyardes. Mais c'est aussi le symbole du rattachement de la Bresse et du Bugey à la France, puisque c'est dans ce château que vivait René de Lucinge, seigneur des Allymes, qui était aussi un écrivain et un véritable humaniste. C'est lui qui, en tant qu'ambassadeur du duc de Savoie, a négocié le traité de Lyon.

L’interêt de visiter le château des Allymes?

C'est un véritable château fort, très austère, avec une architecture mili­taire très typique. Le château comprend un donjon et une tour ronde reliés par quatre courtines formant à l'intérieur un quadrilatère presque parfait d'une trentaine de mètres de côté. Un logis gothique s'adosse au donjon et une barbacane défend l'entrée principale. Le tout dans un très beau site avec une très belle vue sur toute la plaine de la Bombes et la Bresse. Il faut dire que des travaux importants ont été réalisés par les Monuments historiques, le Conseil général de l'Ain et la commune d'Ambérieu, avec la restauration du donjon et du logis gothique, soit six salles aménagées pour des expositions, ainsi que la restauration de la toiture et de la charpente de la tour ronde. De plus, l'Office national des forêts n mis en valeur les abords du château en aménageant des sentiers pour découvrir la faune et la flore de la région.

D’autres châteaux à voir?

Pour la période du Moyen Age, on peut se balader dans la région en s'arrêtant sur les sites historiques de la tour de Saint-Denis-en-Bugey, où il y a également une très belle vue, mais aussi sur les ruines du château de Saint-Germain d'Ambérieu. Pour réaliser ce qu'était une bâtie, on peut se rendre à la bâtie de Gironville, qui a fait l'objet de fouilles et dont il reste le tertre et les fossés. Autres témoins de cette époque: le grand pan de mur du château Gaillard entre Ambérieu et la rivière d'Ain, et les deux grosses tours de l'abbaye d'Ambronay. Mais aussi le château de Varey, au nord-est d'Ambronay, qui a été reconstruit au XIXe siècle et qui a très belle allure. À Pont d'Ain, on peut voir également le château qui surplombe la ville, qui était la propriété du diocèse mais qui est actuellement en vente. C'était un château important pour les comtes de Savoie qui s'en servaient comme étape et lieu de chasse. C'est d'ailleurs dans ce château qu'est née Louise de Savoie, la mère de François I", ainsi que plusieurs princes de Savoie.

Un château plus récent à visiter?

Il  y a le château de Dortan à 6 kilo­mètres d'Oyonnax, à la frontière du Jura. C'est un château du XIIe siècle qui a été remanié à plusieurs repri­ses jusqu'au XIXe siècle. Mais à la fin de la guerre, ce château qui servait de refuge aux résistants a été le témoin d'un véritable drame. Les troupes allemandes ont organisé une opération punitive contre le village le 12 juillet 1944. Après avoir pillé Dortan, ils ont fusillé sept per­sonnes dont une femme et le curé du village, avant d'exécuter le len­demain trois habitants d'Oyonnax dont un adolescent de 15 ans. De plus, des femmes ont été violées... Et les 20 et 21 juillet, 16 hommes sont arrêtés et torturés à mort dans le parc du château. Puis le 22 juillet, les Allemands rassemblent la popu­lation au château et incendient le village. Mais le château, lui, est épargné, le commandant estimant dans un décret que ce monument a "une valeur culturelle considérable".

L’intérêt de ce château ?

L'ensemble de la propriété, qui est entourée d'un mur de sept kilomètres, est classé avec un très beau parc à l'anglaise, une rivière et des cascades, ainsi qu'une forêt. Le bâtiment, lui, date du Moyen Age, avec une partie Renaissance et une chapelle qui date du XIXe siècle réalisée au sommet du donjon par Sainte-Marie Perrins, qui était le bras droit de Pierre Bossan, l'architecte de la Basilique de Fourvière. Aujourd'hui, c'est le propriétaire, Marius Rollet, qui rénove ce château depuis 30 ans et qui fait lui même visiter les lieux. Dans un couloir qui mène aux chambres, on peut voir des peintures au-dessus des linteaux qui avaient pour but, dit-on, d'effrayer les jeunes filles qui auraient pu avoir la tentation de se promener au clair de lune. Ce qui est assez amusant.

Les  autres châteaux  de la  région ?

Il y a le château de Montferrand à Lagnieu qui date du XVe siècle et qui est en cours de rénovation, mais aussi le château de Chazay-sur-Ain qui est le siège du syndicat de la plaine de l'Ain. C'est un joli château du Moyen Age qui est situé au confluent de l'Ain et du Rhône. Avec un parc et une partie médié­vale. Il y a aussi le château de Loriol, en Bresse, sur la route de Bourg à Maçon ou le château de Varambon à 3 kilomètres de Pont d'Ain, qui appartient à la famille de Boissieu, le gendre du général de Gaulle. Mais le seul moyen de visi­ter ces châteaux privés, c'est d'es­sayer de profiter de la journée des monuments historiques en septem­bre. En revanche, si on a un peu plus de temps, il faut absolument aller jusqu'à Ferney-Voltaire à la frontière Suisse, pour visiter le châ­teau que s'est fait construire Voltaire au milieu du XVIIIe siècle et qui a un très beau parc, mais aussi une très belle vue sur le Mont-Blanc."


Ecrits recueillis lors de la visite du château

Perchée sur un bloc rocheux des derniers contreforts du Jura,  la forteresse des Allymes est née vers 1315/132O des rivalités entre Dauphinois et Savoyards. L'évolution de notre région est semblable aux autres régions de notre territoire. Ce fut la Gaule, l'époque romaine et son déclin, puis les invasions dites barbares avant que les états féodaux ne se constituent.

Après le partage de l'empire de Charlemagne en 843, le département de l'Ain se trouva rattaché soit à la Bourgogne soit à l'Empire germanique selon les époques. Ce seront mille ans d'époque féodale.

Chaque Prince, comte, évêque, gère son état en pleine indépendance. Dès le XIIe siècle, nous sommes en terre Dauphinoise, et le seigneur est le Dauphin en hostilité depuis longtemps  avec son voisin le Comte de Savoie.

Les forteresses militaires en pierre qui remplacent les bâties de terre et bois, trouvent leur nécessité de surveillance des territoires par une situation stratégique en hauteur, près des limites des états.

En 1335, le château des Allymes conquis par  le Comte de Savoie devient donc Savoyard.

A partir de 1355,  la forteresse perd sa fonction militaire pour devenir lieu de résidence de Nicod FRANÇOIS qui l'a reçu en fief du Comte de Savoie.

De 1536 à 1559,   François 1er envahit toutes les possessions savoyardes. Le Bugey revient dans le giron de la Savoie avec le traité de Cateau-Cambrésis qui met fin à la période française.

Les « grignotages » des états entre la Savoie et son voisin la France, depuis la vente du Dauphiné à cette dernière, ne cessent.

Il faudra attendre le 17 janvier 1601 et la signature de « la Paix de Lyon » pour que les territoires qui constitueront le futur département de l'Ain, Bresse, Bugey, Pays de Gex et Revermont  soient rattachés à la France.

Ce traité de paix signé entre le roi Henri IV pour la France et Charles-Emmanuel de Savoie, est négocié entre ambassadeurs déterminés. L'un d'eux, René de Lucinge, propriétaire habitant le château des Allymes, oeuvre pour le compte de la Savoie. Il a argumenté pour une paix salutaire et pour l'intérêt de son prince, sachant que la sagesse était de céder à la France les territoires conquis quelques siècles auparavant pour, disait-il, « carrer son pré ». C'était aussi l’intérêt du roi de France.

Du début du XVIIe siècle à nos jours la forteresse a plusieurs propriétaires par ventes, successions ou mariages.

Au milieu du XIXe siècle, c'est la famille de Tricaud qui devient maître des lieux. Alors des travaux importants de restauration sont entrepris par les nouveaux propriétaires.

La Ville d'Ambérieu en fait l'acquisition en 1984.

Depuis 1960 l’association « Les Amis du Château des Allymes et de René de Lucinge » est chargée de la sauvegarde et de la mise en valeur du Monument Historique (classé en 1960).


Photos:

- Jimre (2009)

- P. et S. Moussard  dont certaines photos sont prises à partir de la Bâtie de Luisandre (2012)

Posté le 23-03-2009 20:56 par Jimre


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