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Rognes


RONGNIS, RUINIS, ROGNOS, ROUGNES, ROGNES

Le plateau de Rognes qui s'étend entre Trévaresse et Durance fut habité très tôt ; des outils et des éclats de silex vieux de 100 000 ans, découverts près de Brès et de Ribière en témoignent.

Au néolithique, puis à l'age du bronze les hommes s'implantent au sud de la chaîne des Côtes, dans le vallon de Roustan, à Valfère et près de Beaulieu. A l'âge du fer (1er millénaire avant notre ère) poussées par les invasions celtes, les populations se réfugient sur les hauteurs, le Foussa, le Peyguerin, les Cauvins, fondant les oppida ou villages fortifiés qui surveillent les voies de passage reliant la côte, Marseille et les étangs de Fos à l'arrière-pays bas-alpins et à la région de la tribu Cavares : les chemins qui traversent notre terroir, voient le transport du sel et du vin vers le nord, et l'acheminement des métaux récoltés par les étrusques et les grecs vers le sud.

La puissance militaire et commerciale romaine au 1er siècle avant notre ère impose la pax romana , permettant aux celto-ligures de descendre des villages perchés et de se regrouper dans de grands domaines situés en plaine;

Rognes se situait à proximité devoies romaines et de chemins saliers; cela explique  la présence d’une vingtaine d'établissements gallo-romains sont recensés actuellement sur notre commune : les plus importants, des Villae se placent à Tournefort-Conil, Beaulieu, le Grand St Paul-Barbebelle, les Cannes, Ribière, le Petit St Paul.

Une famille de chevaliers romains d'Aquae Sextiae(Aix en Provence), les Domitii Aquenses, construit un mausolée sur son domaine (près du bassin de la basse Concemade aux Estrets), près de Barbebelle. La vigne est cultivée (sur notre terroir) ; deux statues de Bacchus et Priape, dieux du vin et des jardins ont été trouvées à Toumefort.

L'insécurité des périodes paléo-chrétienne et du haut moyen-âge, temps obscurs des invasions( celles des Goths, des Lombards, des Sarrasins), fait remonter une nouvelle fois la population sur les hauteurs, ici le Foussa. Un autel en marbre, déposé dans l'église de ROGNES, datant du Vème siècle, atteste la présence d'une population sur les pentes du Foussa. Les historiens placent la villa Bedata, l'une des nombreuses possessions de l'abbaye de St Victor dans le terroir de Rognes.

Au Moyen Age, les chapelles se multiplient, se superposant à des lieux de cultes plus anciens. St Marcellin, Notre Dame de Conil, St Pierre des Mols, St Martin, St Etienne.

La première mention du nom de notre village apparaît dans une sentence de 1150, signée par Imbertus et Théobertus de RONGNIS. Les textes parlent ensuite de Castrum de RUINIS, ou fort des ruines, ROGNOS, ROUGNES et ROGNES. L'étymologie du nom de ROGNES est liée à l'aspect ruiniforme et excavé de la partie haute du village appelée pour la même raison Foussa. Les dimensions de la commune sont à cette époque et resteront de six lieues de circonférence pour deux lieues de diamètre.

En 1193, Alphonse Il, roi d'Aragon et Comte de Provence remet au Comte de Forcalquier 3 villages dont Rognes. Entre 1280 et 1305, le roi de Naples Charles Il échange à Rican d'Allamanon la forteresse de Rognes contre le péage de Gontard sur la Durance rendant la famille d'Allamanon co-seigneur de Rognes.

La petite communauté, 220 chefs de famille soit environ 1200 habitants, installée sur le plateau et aux pentes du Foussa, en devient de ce fait, le chef-lieu, dont les autres lieux seront les hameaux. Comme partout ailleurs au Moyen-Age, le village perché régira le territoire.

La fin du XIIIe siècle, c'est aussi la période faste qui fait s’accroître la population, jusqu’alors cantonnée dans la citadelle au-delà et derrière ses Fossés. Deux quartiers servent alors:le Ségarès à l'est, bastionné par la maison templière, défense du cimetière et de l'église Saint-Etienne, la Galinière (à l'ouest) où l'église Saint-Martin devait être élevée en 1342. Le Ségarès devait rester un faubourg et sa maison forte devenir le Jas du Seigneur, alors que le replat de Saint-Martin serait le cœur du village médiéval.

Tandis que les comtes angevins entraînent, en pure perte, leurs chevaliers dans les aventures italiennes, le pouvoir communal s'organise pour résister aux exigences des seigneurs.

En 1400, les d'Agoult devenus à leur tour, seigneur de Rognes font construire sous les remparts une maison d'habitation appelée "château" entre la rue des Pénitents et le Cégarès. Le XVlème siècle est une période agitée, les guerres de religions obligent la population à construire en 1526 et 1537 de nouveaux remparts gardés par sept tours et mesurant près de 800 m de long.

De la citadelle détruite en 1601, il ne reste qu'une fenêtre, vestige gardé volontairement par la communauté : le capitaine Lasalle, raconte l'histoire, y fût défenestré, pour avoir terrorisé les Rognens en leur tirant dessus à coups d'arquebuses du haut des fortifications.

En 1597, les Raffélis succèdent aux d'Agoult et deviennent co-seigneurs de Rognes. Les nouveaux remparts, sont érigés en 1602 et sont encore visibles aujourd'hui. L'avenue de Lambesc et le cours St Etienne en reprennent le tracé. L'église paroissiale est construite hors les remparts en 1607. Elle renferme une exceptionelle série de rétables du XVIème et XVIIème siècle.

Les XVIIe et le XVIIIe siècles voient la construction d'un grand nombre de bâtiments sur notre commune, la mairie actuelle, à l'origine l'hôpital ou hospice, des fermes, des bastides, les quartiers bas du village, les rues du Figuier et de l'Eglise.

Au début du XVIIe siècle, l'autoritaire Julie d'Agoult ayant émis la prétention d'interdire aux Rognens d'apposer des blasons et des créneaux sur leurs maisons ainsi que d'édifier des pigeonniers, les Consuls trouvèrent une excellente parade : la maison d'Agoult ayant un loup comme symbole sur ses armoiries, ils décidèrent de prendre comme emblème pour la commune le verrou destiné à protéger les brebis du loup. L'on rajouta plus tard en exergue sur le blason "Ferme bien qui pouvant tout fermer ne ferme rien".

La période révolutionnaire qui voit la fin de la famille de Rognes, les Raffélis, ne change pas profondément la vie et la mentalité de la population, les habitants de Rognes ayant toujours été des hommes libres, représentés depuis toujours par des consuls élus. Les Rognens formèrent sans cesse une communauté soudée face aux périls tels les famines, les épidémies, les guerres et rendirent procès pour procès à ceux, seigneurs et autres personnes qui voulaient les dessaisir de leurs droits.

Puis survient la catastrophe du 11 juin 1909: quatorze corps furent retirés des décombres du tremblement de terre qui ruina la partie des habitations étagées sur les pentes. Ensuite le village s’installa plus bas au pied des collines du Foussa, du Devin et du Peguerin.

Les traces en sont encore visibles aujourd'hui et les anciens se souviennent de cette tragédie.

Ainsi dans toute l’histoire de Rognes, destructions et reconstructions servent de fil rouge.


Pour en savoir plus :

- Les annales éditées par l’association " Les Amis du Vieux Rognes".

-« Rognes, Le Temps retrouvé », édition Equinoxe en 1997

- Rendez-vous également sur le site "Les Amis du Vieux Rognes".

Posté le 07-11-2011 20:53 par Jimre


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