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Saint Gabriel

On ne connait rien ou presque de son histoire, la chapelle de Saint Gabriel fut donnée en 855 par Charles le Chauve, aux moines Bénédictins de l'abbaye de Saint Maurice de Vienne (à propos de Saint Maurice, voir article sur Surieu).

En 1015, Bermond, fils de Guiniman de Rians et de Marie, son épouse, propriétaires de la terre de LANCAÏCUS (plus vieux nom de LANSAC), rejoint le monastère Saint Victor de Marseille, en apportant aux moines le site Lansac - Saint Gabriel... De fait, en 1030, Saint Gabriel apparait dans une charte de l'abbaye Bénédictine de Saint Victor de Marseille. 

Une question se pose : doit-on parler du château de Saint-Gabriel ou de celui de Lansac, le hameau le plus proche du site qui nous intéresse ? Tant il est vrai qu'à Lansac, une des plus puissantes commanderies Templières de Provence, dont Saint Gabriel est une des terres, il n'existe pas de château, si ce n'est cette tour dite de Saint Gabriel  ... 

 On sait qu'en 590, un château est construit à Lansac pour surveiller la plaine. Mais où ? Ce château, ne peut avoir été construit dans la plaine de Tarascon, alors marécageuse à souhait, (bien que l’on trouve les deux lieux dits du Petit et du Grand Castelet, non loin du Rhône) alors même qu'il existe tout proche de Lansac, le versant ouest des Alpilles...

D'un autre côté, on constate que le château n'a pas été construit au sommet de la colline, mais à mi-chemin du sommet... Pourquoi ?    Il en reste aujourd'hui une tour, un fossé et des murs. A l'angle sud-ouest de la tour est gravée une inscription hébraïque, attestant une présence juive sur le site, qui pourrait être la date 901.

Plus tard, le comte Alphonse II, à l'occasion d'un traité de paix avec Guillaume IV de Forcalquier, remet LANSAC à Rostang de Sabran, et en 1234, Hugues des Baux le cède  aux Templiers, qui en font une commanderie très importante, voire peut-être la plus importante de la Langue de Provence...

On ne sait pas grand-chose sur l'histoire du lieu, si ce ne sont quelques bribes de phrases trouvées de çi de là... 

- Un manuscrit découvert à Lansac vers 1815, nous raconte l'histoire suivante... " A l'époque de la première Croisade, la localité est dirigée par un Comte de Lansac, proche de Raymond de Saint Gilles; avec son épouse, ils ont un fils Florestan et une fille Laurette... De toute évidence, le Comte de Lansac n'est pas un catholique romain mais bien un catholique orthodoxe (religieux qui à l'époque étaient appelés les "philosophes", peut-être un cathare non-avoué); de fait, il fut rejeté par le clergé catholique romain local (certains moines et tout le clergé séculier) et poussé à partir avec son fils en Palestine, peut-être pour racheter son âme, mais certainement pour avoir la paix et conserver ses terres ... De plus le Comte est décrit comme un poète, voire un troubadour... 

Le fils est fiancé à une certaine Gabrielle, fille d'un baron catholique, c'est lui qui sous la pression de sa bien-aimée prendra le premier la décision de partir; le père décidera de partir, dans le but de protéger son fils...

Durant le voyage vers la Terre Sainte, il semble que le Prélat (l’évêque du Puy) qui les accompagne va faire ou vouloir refaire l'éducation religieuse du fils du Comte... Et il va réussir : le philosophe va faire place au chrétien ! "Gabrielle a maudit les infidèles" disait-il sans cesse et "malheur à cette race impie! Mon bras n'épargnera ni la vieillesse, ni l'enfance; les ennemis de Gabrielle sont indignes de pitié" (les Croisés coupaient les mains et les pieds à leurs ennemis et les abandonnaient sur les routes)....

Arrivés en Grèce, l'empereur (orthodoxe)  accueillit en libérateurs l'armée du Comte de Toulouse et Raymond fit la promesse de le défendre contre ses ennemis...

Florestan fut indigné par le penchant de son Prince; il disait aux chrétiens romains de la Croisade "qu'une ligue avec des schismatiques est une ligue impie : ils sont maudits comme le sont les infidèles. Loin de leur prêter l'appui de votre bras, frappons, au contraire ces fils désobéissants, précipitons du trône de Constantin ces empereurs"...

 Une scission s'était donc produite dans l'armée de Raymond; le Comte de Lansac mourut sous le fer sarrasin, peu de temps avant d'arriver à Jérusalem ... 

- En 1359 une Ordonnance du Roi Louis, Comte de Provence et de la reine Jeanne, à la réquisition des habitants de Tarascon, contenant des plaintes contre les " Hospitaliers " qui avaient fait bâtir un château à Lansac, ordonne à ses officiers d’informer et de faire démolir le dit château. (Livre rouge, Arch. de Tarascon AA 9 F° 222 V°).

On y parle des Hospitaliers certes, mais n'oublions pas qu'en Provence, ces derniers héritèrent de la totalité des biens du Temple et ce à peine un demi-siècle auparavant ...

Si à propos du château de Saint Gabriel, nous parlons bien de celui de Lansac, on peut  donc estimer que sa destruction a eu lieu vers 1360. Peut - être qu'il fut reconstruit vers 1369 par Pons de Ulmo, abbé de Montmajour, date à laquelle sera édifiée, également en pierres à bossage, la tour du célèbre monastère....

Le déclin de la communauté va se produire avec l'assèchement progressif du marais qui la rend inutile. La population déserte progressivement le village laissant une église au milieu des oliviers.

La Tour

Pour les regards non-initiés, il ne reste du château que cette imposante tour-donjon ... 

Une porte d'entrée est érigée dans les années 1950...! Qui donne accès à une salle basse (certainement une ancienne citerne) dont le plafond est voûté : 

Ce château de Lansac - Saint Gabriel semble un contemporain de l'époque des Croisades en général et de celle de l'édification du château du Mont Pélerin (Tortose, Comté de Tripoli) en particulier et doit être analysé dans le contexte de  l'environnement Templier local ...

Le 21 avril 1102, Raymond de Saint-Gilles aidé de la flotte génoise s'empara de Tortose. Ce fut la première ville qu'occupèrent définitivement les croisés sur le territoire qui devait devenir le comté de Tripoli. On ne sait à quelle date les Templiers élevèrent la forteresse. Ils y étaient installés en 1169 et sans doute auparavant. Au début de mars 1098, les Croisés décidèrent d'élever sur la rive droite de l'Oronte, près de la porte du Pont, sur une hauteur, un château que Raymond de Saint-Gilles s'offrit à construire. On manquait de matériaux et d'ouvriers, mais une flotte anglaise venait d'arriver au port Saint-Siméon; Raymond de Saint-Gilles et Bohémond s'y rendirent avec une escorte pour y recruter des marins charpentiers et des outils.

Le château fut vite édifié; il était terminé le 5 avril 1098; se trouvant au voisinage de deux mosquées, on le nomma la Mahomerie, et comme il était l'œuvre de Raymond de Saint-Gilles, il fut aussi appelé le château Raymond. Enfin pour achever le blocus on éleva au sud un troisième bastion qui fut confié à la garde de Tancrède. 

Cette construction avec son grand appareil à bossages est une oeuvre du XIIe siècle. Ce fut la principale place forte de l'Ordre du Temple. Il n'en reste que peu de vestiges. Pour élever le Mont-Pèlerin, Raymond obtint l'aide de l'empereur Alexis Comnène qui fit envoyer par le gouverneur de Chypre, Eumathios Philocalès, une flotte avec des ouvriers et des matériaux de construction. On sait que le 16 janvier 1103, Raymond datait un acte : « In Monte Peregrino, ante portam Tripolensem. »    

Située à quelques centaines de mètres au-dessus de la chapelle, la tour est si mystérieuse qu'elle n'a pas de nom propre. On l'appelle donc la tour de Saint Gabriel. Elle est longtemps passée pour une construction romaine mais date en fait de la fin du XIIe siècle ou du début du XIIe siècle. Elle se caractérise par ses pierres en bossages qui portent de curieux monogrammes. Ces "marques de tâcherons" permettaient au tailleur de pierre de percevoir son salaire en fin de semaine en rapport du nombre de pierres taillées. Il était payé "à la tâche".

Sous cette tour il y a un accès à l'un des nombreux aqueducs souterrains qui truffent les Alpilles et qui alimentaient en eau claire et limpide les installations d'Arles quand elle était romaine. 

Cette tour est flanquée de deux autres plus petites, plus simples et moins bien conservées.

La Chapelle

La chapelle Saint-Gabriel est une chapelle romane située au sud-est de Tarascon, près de Saint-Étienne-du-Grès dans le département français des Bouches-du-Rhône et la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Le touriste qui passe en voiture fait souvent demi-tour lorsqu’il aperçoit cette superbe chapelle entourée  d’oliviers. Surtout s’il passe un peu tard dans l’après–midi quand  la teinte inimitable de la pierre lui saute immédiatement aux yeux. C‘est qu’elle est bien belle notre chapelle ! Ou plutôt notre église car ses dimensions sont généreuses. 

Aujourd'hui on peut s'étonner de l'implantation de cette église d'une grande qualité architecturale à l'écart de Tarascon sans qu'on puisse attacher au monument un pèlerinage quelconque pouvant le justifier.

Une explication se trouve à l'intérieur de l'église, gravée sur un cippe funéraire de l'époque impériale. Julia Nice y fait une dédicace à la mémoire de son cher époux, Marcus Frontonius Euporus, qui avait occupé des fonctions de sévir augustal de la colonie Julia Augusta, et avait été naviculaire marin à Arles, curateur de la corporation et patron des nautes de la Durance et de la corporation des utriculaires3 d'Ernaginum.

De fait, le lieu a été à l'époque romaine au point de rencontre de deux branches importantes de la voie Héracléenne. Le tracé de ces routes est donné sur la carte de Peutinger indiquant qu'elles passaient par Ernaginum pour aboutir à la traversée du Rhône. L'une de ces voies, la via Domitia, suivait la Durance qu'elle traversait à Cabellio (Cavaillon) par le Nord des Alpilles et passait par Glanum (actuel Saint-Rémy-de-Provence) puis Ernaginum. L'autre venait du littoral, passant par la plaine de la Crau, et constituait aussi la branche Nord de la via Aurelia venant d'Aix-en-Provence, aboutissait à Saint-Gabriel devant une zone marécageuse importante. Une troisième voie reliait Avignon à Arles. C'est le franchissement de cette voie marécageuse qui nécessitait l'intervention des utriculaires pour assurer le transbordement des personnes et des marchandises. Il y avait donc en ce lieu une communauté de nautes et d'utriculaires permettant le franchissement du marais et assurant la circulation des marchandises venant des Alpes sur la Durance et le Rhône.

Des recherches archéologiques autour de la chapelle ont mis au jour des fondations de maisons qui ont montré l'ampleur de l'agglomération antique. Elles ont permis de trouver un cimetière paléochrétien qui permet d'affirmer que ces activités n'ont pas disparu avec les Invasions.

Le visiteur qui connaît l’art roman est tout de suite étonné par la richesse du décor de la façade, rare pour une construction romane de la fin du XII siècle.

D'ailleurs, Prosper Mérimée dans son ouvrage " notes d'un voyage dans le Midi de la France " de 1835 parle bien d'une église.

Ce même Prosper Mérimée ayant constaté l'importance de cet édifice, l'a inclus dans la toute première liste des monuments historiques établie en 1840. St Gabriel apparait, (sous le nom de chapelle) dans cet inventaire avec 933 autres constructions méritant d'être entretenues pour être conservées. Elle figure au côté de cathédrales telles que celles de  Laon, Narbonne, Aix en Provence, Angoulême, Senlis, Auxerre, Sens, Notre Dame des Dons à Avignon mais aussi d'Abbayes comme Conques ou plus près d'ici Montmajour, de châteaux tels que ceux d'Amboise, Chinon, Chenonceau, Chambord ou Blois, d'arènes comme celle d'Arles et de Nîmes, du pont du Gard, du pont d'Avignon et même du palais des papes. Un environnement plutôt haut de gamme...

Cette chapelle du troisième quart du XIIe siècle constitue un des plus beaux exemples d'art roman provençal inspiré de l'antique, au même titre que la cathédrale Notre-Dame de Saint-Paul-Trois-Châteaux, l'église de Saint-Restitut, le prieuré du Val des Nymphes, la Cathédrale Notre-Dame des Doms d'Avignon, la chapelle Notre-Dame d'Aubune et l'église Notre-Dame-du-Lac du Thor.

Les études architecturales ont souligné la parenté de l'architecture et la sculpture de la chapelle Saint-Gabriel avec la galerie nord du cloître de Saint-Trophime d'Arles et le portail occidental de la cathédrale Notre-Dame de Saint-Paul-Trois-Châteaux.

Les études faites par M. Alain Borg suggèrent que le maître de Saint-Gabriel a d'abord travaillé à la primatiale de Saint-Trophime d'Arles avant de quitter la région des Alpilles pour aller sur le chantier du portail occidental de Saint-Paul-Trois-Châteaux. Sachant que l'aile nord du cloître de Saint-Trophime a été réalisée vers 1170 et le portail occidental de la cathédrale Notre-Dame de Saint-Paul-Trois-Châteaux vers 1180, la date probable de la chapelle Saint-Gabriel se situe autour de 1175.

Cette période correspond à une recherche de classicisme par les architectes provençaux. Ils pouvaient encore admirer de nombreux vestiges de l'architecture romaine à Arles.


Sources:

Ne manquez pas d'autres infos sur ces sites qui contiennent d'autres informations sur Saint Gabriel et sur la région.

- Site Camargue Insolite .

- Site Monumentum.

- Site les Amis de Saint Gabriel.

- Site Culture et Communication

- Site Wikipedia


Crédit photos:

- Jimre (2013)

Posté le 15-09-2013 17:17 par Jimre


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