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Arles dans l'Histoire

Les textes de ce chapitre ont été écrits par : Jean-Maurice Rouquette, Claude Sintès, Patrick Jourdan, Elisabeth Sauze, Paul Allard, Odile Caylux. [Extrait de «Arles, histoire et continuité d’un patrimoine», juin 1999; chapitre «Arles et son histoire»]

Le patrimoine architectural d'Arles s'inscrit dans l'Histoire, depuis l'Antiquité jusqu'à l'époque contemporaine. La ville doit son importance, à travers les siècles, à sa position géographique, sur une colline rocheuse au bord du Rhône, à la rencontre de la mer. Ville au milieu des marais, elle possède, dès l'époque romaine un immense territoire, qui explique encore aujourd'hui qu'Arles soit la plus grande commune de France. A sa hauteur, le Rhône, en venant buter contre le rocher, décrit une large et majestueuse courbe propice à l'établissement d'un pont et à la création du port que les bras du fleuve et les étangs intérieurs mettent en liaison avec la Méditerranée.

Cette vocation de carrefour d'une route terrestre Italie-Espagne et d'une voie fluviale pénétrant au coeur de la Gaule est le fondement de la prospérité arlésienne dans l'Antiquité. La ville s'enrichit alors de superbes monuments : forum, temples, théâtre, amphithéâtre, cirque, thermes...

Sous le règne de Constantin, elle connaît une vigoureuse croissance urbaine sur les deux rives du Rhône, devenant pleinement cette ville double que célébrait le poète Ausone. La prospérité de la société arlésienne s'exprime, alors, par le rythme des importations de somptueux sarcophages de marbre. Dès le IIIe siècle, l'église d'Arles s'organise. La nécropole chrétienne des Alyscamps, où est enterré Saint-Genest, martyr arlésien, prend une ampleur exceptionnelle. La cathédrale primitive trouve place près de l'enceinte de la ville. Au Ve siècle, elle est transférée à proximité du Forum, et prend le nom de Saint-Etienne. Il existe peu de documents sur le rôle politique de la ville pendant la période du Haut Moyen Age.

Par contre, son importance religieuse se confirme, et la place de l'Archevêché d'Arles croit pendant toute l'époque médiévale, pour connaître son apogée au XIIe siècle. C'est à l'emplacement de l'église Saint-Étienne qu'est édifiée la primatiale Saint-Trophime et les bâtiments canoniaux, autour d'un cloître. Tout près se dressent de nombreuses églises et couvents dont le plus célèbre est celui de Saint-Césaire. En plein essor économique et géographique, Arles accueille les pèlerins qui se dirigent vers Saint-Jacques de Compostelle. Après une période de récession à la fin du Moyen Age, la ville connaît, au milieu du XVIe siècle, un moment de prospérité où peut s'épanouir une Renaissance toute imprégnée de culture antique. L'un des plus beaux fleurons en est la Tour de l'Horloge, édifiée de 1543 à 1553 sur le modèle du mausolée romain de Saint-Rémy. La période de reconstruction des XVIIe et XVIIIe siècles a donné à Arles son image actuelle : l'Hôtel de Ville, la plupart des hôtels particuliers, des maisons, des églises, bordant les rues du secteur sauvegardé, datent de cette époque. Les volutes, rinceaux et lambrequins des façades, notamment de l'Hôtel de Mandon, rappellent les décors des bannières qui y étaient suspendues les jours de fête.

Au début du XIXe siècle, l'aristocratie et la bourgeoisie affirment leur goût pour le style néoclassique en élevant de vastes demeures comme l'Hôtel de Chartrouse. L'institut de Recherches sur la Provence Antique construit par H. Ciriani, sera la marque du XXe  siècle.

I - LA PERIODE PRE-ROMAINE

Les civilisations successives se sont inscrites tour à tour dans le paysage d'Arles, par une occupation continue toujours renouvelée. Dès le Vie siècle avant J.C., l'éminence rocheuse est occupée par des indigènes. Les fouilles ont montré pour cette période une grande abondance de vaisselle et d'amphores liées au commerce des navigateurs Grecs, en particulier ceux de Massalia.

Dès 500 avant J.C., une première urbanisation est mise en place dans les quartiers sud (fouilles du jardin d'hiver en 1975) et plusieurs autres sondages ont montré les restes d'un habitat organisé dans le centre du site. Au IVe siècle avant J.-C., l'habitat et la nature des vaisselles utilisées semblent indiquer la prédominance d'une vie indigène (celto-ligure). Dès le IIe siècle avant J.-C., on constate une très forte présence italienne dans l'Arles préromaine, présence économique, et peut-être déjà culturelle.


II - L'ANTIQUITE ROMAINE

ARLES AU Ier SIECLE

La fondation de la colonie romaine d'Arelate en 46 avant J.C. par Jules César, avec les vétérans de la Vie légion, conduits par Tiberius Claudius Nero, entraîne une véritable réorganisation de la ville indigène. La mise en place du réseau viaire, de l'enceinte et des principaux monuments n'est pourtant datée que de la fin du Ier siècle avant J.-C., sous le principat de l'empereur Auguste. Ce premier plan d'urbanisme se caractérise, de manière classique, par un système de quadrillage de rues organisé autour de six axes principaux nord-sud (le cardo) et est-ouest (le decumanus), encore bien perceptibles au centre de la ville actuelle. Les monuments publics s'inscrivent dans cette trame : le forum (centre politique et religieux) situé au coeur de la cité, et le théâtre, construit au flanc de la colline (entamée pour loger les premiers gradins), en sont les témoignages les plus parlants. La ville était entourée par une enceinte, dont la datation n'est pas assurée, mais que la  comparaison avec les murailles de Nîmes et d'Orange permet d'attribuer à l'époque augustéenne.

Cet ouvrage, construit en petit appareil, est particulièrement bien conservé à l'est, là où le tracé n'a jamais changé au cours des âges. La découverte, sous l'hôpital Van Gogh, d'une grande voie qui se dirige vers le sud-ouest suggère aussi que le quartier de la Roquette était plus urbanisé qu'on ne le croyait naguère. Enfin, un arc de triomphe marquait un point important près du Rhône : passage du fleuve et changement d'orientation du quadrillage. A Trinquetaille, les traces d'une occupation de la fin du Ier siècle avant J.-C. sont pauvres, mais indiscutables ; il faut, à ce propos, citer la consolidation des digues par des rangées d'amphores plantées dans le sable. Des restes de docks et d'autres installations portuaires ont été trouvés, confirmant ainsi l'importance vers l'amont, du port et des chantiers navals d'Arles, réputés à juste titre depuis César, qui avait pu y faire construire en un temps très bref douze galères, au moment de sa lutte contre Pompée.

ARLES DE LA FIN DU Ier SIECLE AU IIIe SIECLE

Après l'époque augustéenne, moment où la ville se dote des éléments principaux de son infrastructure, on observe une nouvelle étape de construction à la fin du I er siècle. La création la plus spectaculaire de ce second plan d'urbanisme est celle de l'amphithéâtre, édifié vers 80 : son implantation a d'ailleurs nécessité la démolition d'une partie de l'enceinte et son installation en léger biais par rapport à l'organisation rigoureuse de la trame urbaine. C'est seulement à partir de 149, et non vers 90-100, comme on le croyait jusqu'à présent, que le cirque va être à son tour construit le long du Rhône, à l'extérieur des murailles car sa grande superficie lui interdisait de prendre place au centre, comme l'amphithéâtre. Mais ce ne sont pas seulement les grands équipements qui montrent l'extrême vitalité d'Arles à l'époque des empereurs Flaviens. Le cœur de la cité est remodelé comme l'a montré la fouille de l'hôpital Van-Gogh ; au sud, le rempart est percé tandis qu'un quartier suburbain se développe dans le prolongement du cardo, avec quelques maisons (dont les mosaïques polychromes retrouvées attestent la richesse) et qu'un nouvel établissement thermal est créé. A Trinquetaille, l'occupation assez limitée du I er siècle se transforme en un vaste quartier résidentiel doublé d'un quartier artisanal et commercial auquel il faut rattacher, sans doute, la cour à portiques fouillée près du Rhône. Au IIIe siècle, les constructions publiques se raréfient et seul l'habitat privé, dont le décor s'enrichit, continue à s'étendre jusque vers les années 260-275, moment où les quartiers périphériques des deux rives du Rhône seront sérieusement sinistrés. Ce phénomène, qui affecte plusieurs autres villes de la vallée du Rhône et des régions limitrophes, revêt cependant à Arles une ampleur et une violence particulières. Les causes de ces incendies ne sont pas complètement élucidées mais sont peut-être à chercher dans les troubles provoqués par les incursions barbares de la seconde moitié du IIIe siècle.

ARLES AU IVe SIECLE

Les destructions de la fin du IIIe siècle ne semblent pas avoir touché le coeur de la ville, ni affecté sa puissance économique. Dès le début du IVe siècle, le rôle commercial, politique et religieux d'Arles se renforce, comme le montrent le transfert d'administrations impériales, les séjours de l'empereur Constantin dont le fils Constantin II naît à Arles au début de l'année 317, et la tenue de conciles, tel celui, très célèbre de 314. Cette situation a eu des effets sur la topographie et on constate la mise en place d'un programme de constructions monumentales civiles, caractérisées par l'emploi d'assises de briques typiques de l'architecture du temps. Le plus célèbre de ces édifices reste les thermes du nord, construits le long du Rhône, et également connus comme «thermes», voire «palais de Constantin». Si l'interprétation thermale ne fait pas de doute, il est possible que la notion palatiale (que la plus ancienne tradition situe dans ce quartier) doive être appliquée à un bâtiment mitoyen situé plus au sud. Cet édifice rectangulaire nouvellement découvert et remarquablement bien conservé ressemble d'ailleurs beaucoup à la basilique civile de Trèves et a peut-être eu la même fonction de salle de réception. Enfin, l'aménagement d'une galerie à arcades, au nord des cryptoportiques, de même que l'élévation d'une façade réemployée dont une moitié est encore conservée sur la place du Forum, font peut-être également partie de cette phase de construction.

En ce qui concerne la topographie religieuse et cémétériale, on suppose que le premier groupe épiscopal (église, baptistère, logis de l'évêque) était situé dans l'angle sud-est de la ville, près du rempart, à l'endroit où s'élèvera plus tard le monastère de Saint-Césaire. A l'extérieur des murs, deux nécropoles prennent une ampleur considérable grâce à la vénération du martyr Saint Genest, greffier romain décapité à Trinquetaille puis enterré aux Alyscamps. La nécropole du cirque est également utilisée jusque vers la fin du IVe siècle.

ARLES AUX Ve ET VIe SIECLES

Vers la fin du IVe ou de début du Ve siècle, un événement historique important se produit : le transfert de la préfecture des Gaules depuis Trèves, suivi par l'installation de l'Assemblée des Sept Provinces, en 418. Arles devient alors une capitale administrative et politique, et même, de temps à autre, une résidence impériale. L'élément topographique le plus notable est la construction d'une enceinte réduite, faite de gros blocs arrachés aux monuments proches, et qui permettait de limiter le territoire à défendre en cas d'attaque. Le tracé de la courtine est maintenant mieux connu, mais sa datation est problématique. Quelques autres constructions civiles ou agrandissements (comme ceux des thermes du nord) témoignent d'une certaine vitalité, c'est cependant sur le plan religieux que l'aspect urbain a le plus changé. On pense que sous l'épiscopat de Saint-Hilaire (430-449) que la cathédrale a été déplacée de la périphérie vers le centre, près du forum, à l'endroit où s'élève actuellement l'église Saint-Trophime. Au début du VIe siècle, saint Césaire fonde un monastère de femmes dans l'angle sud-est du rempart et on peut supposer la présence d'autres églises dans cette partie haute de la ville. A l'ouest, comme sur la rive gauche, sont créés des monastères dont l'emplacement exact est encore un sujet de débat. A cette période, la nécropole de Trinquetaille semble abandonnée mais celle des Alyscamps reste très en faveur auprès des Arlésiens, même si l'on a constaté que la belle série de sarcophages en marbre s'arrêtait au début du Ve siècle. Enfin, les fouilles récentes ont montré à plusieurs reprises que des bâtiments ou espaces publics (cirque, forum, amphithéâtre...) sont utilisées à des fins d'habitat.

Cette augmentation soudaine de la population pourrait être mise en rapport avec le transfert de la préfecture des Gaules et l'arrivée de réfugiés fuyant les envahisseurs. Il est significatif de constater que cet habitat disparaît vers le milieu du Vie siècle, peut-être au moment où est construite l'enceinte réduite. Dernière ville romaine en Gaule, Arles tombera dans les mains des Wisigoths en 476.

III - LE MOYEN-AGE

LE REPLI DU HAUT MOYEN-AGE

Seules les mentions des guerres et de la dizaine d’épidémies de peste qui ravagent la ville percent le silence presque total des textes pour cette période d’insécurité où le véritable danger est constitué par les Sarrasins qui pillent la cité et dévastent même la tombe de Saint Césaire. L’agriculture arlésienne est ruinée ; la famine règne ; les paysans se réfugient à l’intérieur de la cité dont la vocation défensive devient primordiale. 

Les murailles antiques sont restaurées et les Arlésiens se replient à l’abri de cette enceinte, abandonnant les quartiers périphériques comme le montrent les fouilles de l’Esplanade pour la façade méridionale de la cité. Des textes des IXe et Xe siècles mentionnent la présence d’un rempart, percé d’un certain nombre de portes, qui suit le tracé de l’enceinte romaine, sauf au sud où il englobe le portique du Théâtre dont une travée a été transformée en tour de défense. Mais ce dispositif est insuffisant pour arrêter les envahisseurs - puisque avant 883 les Sarrasins ont ravagé le Grand Couvent. Aussi les Arlésiens transforment-ils en forteresses les grandes ruines antiques et tout spécialement l’amphithéâtre dont le portique joue admirablement ce rôle de protection. Arles du Haut Moyen Age est une citadelle dominant un terroir déserté.

L’ESSOR MEDIEVAL

Malgré sa médiocrité, Arles reste la plus grande cité provençale, d’autant qu’au Xe siècle les attaques des Sarrasins se limitent surtout à la Provence Orientale. Avec le retour de la sécurité, les premiers signes de la reprise ne tardent pas à se manifester. Dès la fin du Xe siècle, un certain nombre de maisons s’implantent en dehors des remparts, près de Saint-Laurent ou hors de la Porte Saint-Étienne (rue Jean Jaurès) et au début du XIIIe siècle les textes montrent l’existence d’un véritable quartier, le «Vieux Bourg - La Roquette», qui renferme des maisons, un four, deux églises, une forteresse et la chapelle Saint-Maurice appartenant à la famille des Porcelets, seigneurs du Bourg. Cité et Bourg sont donc deux réalités topographiques distinctes, séparés par une zone intermédiaire, le Méjan dont les habitants des deux quartiers se disputent la possession, quelquefois les armes à la main. Mais dans le courant du XIIIe siècle, au temps du Consulat, le Bourg s’est entouré d’un rempart et s’est efforcé d’annexer le Méjan, prenant la physionomie qu’il gardera jusqu’au Bas Moyen Age. Dans le même temps, au nord de la ville, près du château des Comtes des Baux, se constitue un nouveau quartier avec des rues, des maisons, des églises, un hôpital, la commanderie des Templiers et des boutiques de marchands. Il prend le nom de Bourg Neuf. On est frappé par la précocité et l’ampleur du développement urbain d’Arles. A la fin du XIIe siècle, elle possède pratiquement son enceinte définitive, toutes ses églises paroissiales sont fondées et sa superficie a doublé depuis le Haut Moyen Age : (36 hectares contre 18). Le mouvement continue pendant une partie du XIIIe siècle, marqué par la fondation de nombreux couvents et de plusieurs hôpitaux. Un quartier entier s’urbanise en dehors des remparts, vers les Alyscamps et une chapelle du cimetière. Notre Dame de Beaulieu sera en 1271 l’une des quinze paroisses d’Arles. La rive droite du Rhône, Trinquetaille, participe également à ce renouveau urbain. Ancien fief de la Maison des Baux, dont le château a été démoli après une de leurs rebellions en 1161, et racheté en 1300 par l’archevêque, Trinquetaille a  son territoire propre, entouré de murs et de portes, avec sa Cour et son pilier de justice. La paroisse est l’église romaine Saint-Pierre, flanquée d’un hôpital des pauvres et d’une maladrerie. Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem sont installés depuis le XIIe siècle et les Frères Mineurs les rejoindront au XIIIe siècle. Vers 1320 la population d’Arles peut être évaluée entre 8 000 et 15 000 personnes, ce qui en fait une grande ville du Comté de Provence, que Marseille seule semble dépasser en chiffre de population.

Si Arles a connu un développement d’une ampleur et d’une précocité très remarquables, il faut aussi remarquer que cette extension s’arrête plus tôt qu’ailleurs. Au milieu du XIIIe siècle, les grandes lignes du paysage urbain sont fixées et l’enceinte qui, vers 1251, unit définitivement le Vieux Bourg à la Cité en passant par la Porte du Marché Neuf, ne subira pratiquement plus de modifications dans son tracé jusqu’à l’époque moderne.

LE REFLUX

Brutalement au milieu du XIVe siècle, Arles se trouve confrontée à des difficultés qui se prolongent jusqu’à la fin du XVe siècle. En 1348 la grande peste inaugure une célèbre trilogie qui s’abat sur l’Occident : guerre, famine, épidémies. La guerre fait son apparition dans la région d’Arles en 1355. Pendant plus d’un siècle la ville sera menacée par les «Grandes Compagnies» et les «Tuchins», routiers qui combattent pour Charles de Duras, ainsi que par les Catalans. Si la guerre n’est pas  meurtrière, elle est destructrice, l’insécurité touche l’ensemble des activités. Tous les quartiers extra-muros sont ruinés. La paroisse de Notre Dame de Beaulieu disparaît en 1365. Les établissements ecclésiastiques abandonnent les faubourgs pour se replier à l’intérieur de l’enceinte, après trois siècles et demi d’expansion. Arles est à nouveau une citadelle dominant un territoire déserté. Les disettes paraissent cependant moins graves qu’ailleurs. La fertilité du terroir arlésien avantage notre ville que sa situation de port renforce également. En revanche, les épidémies périodiques,  particulièrement la peste, sont plus meurtrières et entraînent un véritable effondrement démographique qui doit atteindre plus de la moitié de la population. Après 1348, Arles est une ville qui meurt ; la très lente reprise qui s’amorce autour de 1440 n’est due qu’à l’afflux d’étrangers.

IV - LA RENAISSANCE (1450-1650)

On peut noter, durant cette période où la noblesse domine le terroir tandis que la bourgeoisie du négoce joue un rôle prépondérant dans la cité, une série de points forts liés le plus souvent aux moments de prospérité marqués, par le développement de la création architecturale et artistique. Ainsi en est-il des dernières années du XVe siècle et du début du XVIe. En 1497, on agrandit la place située devant la Cathédrale Saint-Trophime, opération d’urbanisme avant la lettre qui crée un nouvel espace public. Quelques années plus tard, les grandes familles reconstruisent leurs demeures. Ce sont les hôtels de Varadier Saint-Andiol, Arlatan, Laval-Castellane qui traduisent le goût de ces familles pour la monumentalité et la magnificence, notamment par la régularité dans le traitement des façades, l’ampleur de la cour et des traits d’italianisme, rares en Provence. Au tournant des années 1550, la prospérité va s’installer en Arles provoquant une modernisation systématique de la ville qui se pare d’un nouveau beffroi (1543-1553) et surtout de nombreuses maisons que nobles et bourgeois veulent dignes de leur rang et de leur culture.

L’aristocratie amorce dès lors un repli au coeur du centre historique, autour de l’hôtel de ville et de la place du Forum, où s’édifient des demeures somptueuses qui se distinguent de la maison bourgeoise par la qualité, la variété et l’opulence du décor architectural et pittoresque qui développe largement l’emploi des ordres, pilastres et chapiteaux et les agrémente d’une sculpture décorative et raffinée quand il n’utilise pas ou ne copie pas les vestiges antiques, comme à la maison des Amazones ou à l'Hôtel de Donine.

Les limites de la ville à l’époque de la Renaissance et à l’époque classique demeurent celles du Moyen Age. On y distingue toujours les quatre quartiers principaux : la Cité, le Vieux Bourg, le Bourg Neuf et le Marché Neuf. Une quinzaine de portes, en majorité situées le long du Rhône, permet l’accès à la ville entourée de remparts médiévaux. La Cité regroupe la plupart des édifices publics : l’hôtel de Ville et le Beffroi, la Maison du Roi (ancien Palais des Podestats), la maison consulaire et des édifices religieux. Autour du prestigieux groupe archiépiscopal, se regroupent des couvents, des églises, deux des quatre confréries de Pénitents fondées au XVIe siècle, des Ecoles, des prieurés et des Commanderies. C’est un quartier à la fois aristocratique, autour de la maison communale et de la place du Setier (place du Forum) où se logent les représentants de la noblesse terrienne qui exploitent les riches étendues de la Crau et de la Camargue et exercent les fonctions consulaires.

Ce sont essentiellement des ouvriers agricoles et des bergers qui habitent sur l’Hauture, autour de l’église de la Major et notamment dans les Arènes, près des portes. Le Vieux Bourg est le quartier populaire, peuplé de marins, de portefaix, des ouvriers du port et des agriculteurs à l’est et au sud.

On y trouve deux couvents, deux paroisses. Le Bourg Neuf est le quartier des «affaires», du commerce ; il rassemble la bourgeoisie du négoce et des professions libérales, les hommes de loi en particulier, vers la place du Saint-Esprit et sur la rue du Quatre Septembre actuelle, mêlée ici aussi à une population laborieuse, essentiellement agricole. Le quartier abrite quelques fondations religieuses et une école. Dans le Bourg Neuf s’élèvent également de belles maisons dont l’ampleur est fonction de la richesse de leurs propriétaires, une travée et demie, deux le plus souvent, et pour les plus importantes, une situation privilégiée, aux croisements de rues.

On retrouve un grand nombre de ces maisons à travers toute la ville, sauf dans le Vieux Bourg dont l’habitat est plus populaire, ce qui prouve une certaine aisance dans les couches moyennes au milieu de ce prospère XVIe siècle. Le Marché Neuf est le quartier des auberges, aux portes de la Cité, des artisans, autour de deux établissements qui en occupent la plus grande partie, les Trinitaires, administrant un hôpital pour les pèlerins qui deviendra l’Hôtel Dieu, et les Grands Carmes. La fin de ce siècle est plus sombre, affectée par les luttes religieuses et politiques mais surtout par la peste très meurtrière des années 1580.

V - LES XVIIe et XVIIIe SIECLES ARLESIENS

Le début du XVIIe siècle, et plus particulièrement les années 1620-1640, voient apparaître une phase d’intense activité architecturale, qui est le fait essentiellement de la classe dirigeante celle-ci éprouve le besoin de remettre au goût du jour les bâtisses de la génération précédente ou de se rapprocher, selon le mouvement entamé le siècle précédent, du centre civique, mais aussi le fait du clergé qui, dans l’élan de la contre-réforme, multiplie ses fondations et modernise les églises et couvents déjà existants.

La venue de Louis XIII, en 1622, n’est pas étrangère à cette volonté de renouveau, les Arlésiens se replongent dans les traités d’architecture et de décoration pour composer l’entrée royale, suite de fabriques éphémères et de représentations sur un thème mythologique, en l’honneur du Roi, et découvrent ainsi un nouveau répertoire qu’ils utilisent dans leurs constructions. Culture livresque bien vivace parmi les gentilshommes arlésiens qui nombreux possèdent bibliothèques, cabinets de curiosité, collections d’antiques et qui bientôt fonderont leur Académie.

En cette première moitié du XVIIe  siècle, le Maniérisme «bourguignon», introduit par les Sabatier en leur château de l’Armellière, proche de la ville, fait triompher un art fleuri et capricieux dans la majorité des réalisations civiles et religieuses. Le style sévère des façades des églises de la Major et de Sainte-Anne (vers 1620) succède au savoureux portail latéral des Dominicains, élevé en 1608, dans le style que l’on retrouve aussi dans la Chapelle des Rois Mages à Saint-Trophime, aménagée par l’archevêque du Laurens, entre 1620 et 1627, autour de l’Adoration des Mages du peintre Finsonius (1614). Dans l’architecture civile, ce maniérisme bourguignon extrêmement pittoresque se répand sur les façades des demeures nobles de la rue Royale qui devient alors la rue aristocratique, mais aussi ailleurs ; il s’exprime en volutes, rinceaux et lambrequins sur les fenêtres, rappelant les décorations de tissus, de passementeries et de feuillages que l’on plaçait aux façades les jours de fêtes. Mais les vestibules et les escaliers se parent aussi de gypseries, sculptures dans le plâtre de scènes mythologiques ou de savantes compositions de trophées, telles qu’on peut encore les admirer dans plusieurs hôtels.

Jusqu’aux années 1650-1660, la demeure aristocratique évolue vers une facture plus classique, sa façade sur rue se dilate en hauteur, lui donnant l’apparence d’un palais romain, le décor devient plus simple, plus nerveux, les formes se gonflent, mais subsistera encore longtemps la cour archaïque ; l'Hôtel de Castillon marque bien ce passage à la période baroque du deuxième dix-septième.

Cette période voit s’achever la ségrégation sociale des quartiers avec la fin de la concertation aristocratique entre la rue Jouvène et la chapelle que les Jésuites édifient en 1654. Rien de comparable dans le Bourg Neuf où un seul édifice de prestige sera construit vers 1740 par les Abbés de Montmajour, pas plus que dans le Vieux Bourg où les Pérignan délaissent leur demeure, qui deviendra bientôt le bureau de tabac, pour la rue de la République. On assiste à une relative paupérisation de toute la périphérie malgré quelques monuments.

Le baroque va peu à peu pénétrer dans la ville à la faveur d’aménagements dans les églises : ainsi à Saint-Trophime, Jean Dedieu édifie le tombeau du Monseigneur de Laurens (1677) et on lance dans les croisillons du transept de larges tribunes sur trompes. Ailleurs, se construisent des chapelles, celles des Jésuites, des Carmélites (La Charité), des Carmes déchaussées, ces deux dernières, hors les murs. La fin du siècle et le début du suivant font un accueil favorable aux modèles du Classicisme parisien que l’on trouve en particulier au nouvel Hôtel de Ville qui, sur les dessins de Peytret, guidé par Hardouin-Mansart, apporte dans la ville d’Arles un morceau du Versailles de Le Vau. Sur la place de l’Hôtel de Ville actuelle se crée un nouvel espace de vie mondaine, devant la vénérable cathédrale et le somptueux palais des prélats Grignan, inspirateurs de ces embellissements, bientôt orné de l’obélisque exhumé dans un jardin de la ville. 

Dans le Bourg Neuf, l’église Saint-Julien et l'Hôtel de Grille participent du même courant. C’est bien ici l’apogée de cette brillante société arlésienne où érudits, lettrés, bibliophiles, amateurs d’art, fondent en 1666 une Académie, première de toutes les académies provençales. Certains se tournent vers Aix où ils achètent les charges parlementaires, ils partagent les chaperons de consuls avec une bourgeoisie très éloquente qui rivalise de culture et d’ambition.

Malheureusement, la peste de 1720 va durement toucher la population arlésienne et notamment la noblesse qui est décimée : de 56 familles en 1655, elle passe à 39 en 1789 dont 23 sont de création récente. Malgré le dépeuplement très sensible de la ville dans les trente dernières années de l’Ancien Régime, la construction marche bien dans la deuxième moitié de ce siècle : dans les couches  populaires, bon nombre de petites maisons étroites, pas très hautes, aux fenêtres cintrées sont de cette époque. La bourgeoisie construit elle aussi. La façade de la maison bourgeoise, que ses proportions raisonnables distinguent de la demeure noble, s’agrémente toujours d’un élément de décor, rocaille, un mascaron à la clé de la porte ou, plus tard, une jolie guirlande néoclassique sur le linteau. Quelques somptueuses maisons apparaissent encore sous le règne de Louis XVI, le vaste hôtel très sévère de la famille de Lagoy ou celui des d’Antonelle, rue de la Roquette. La construction publique suit le mouvement tout au long du siècle avec la Grande Boucherie, terminée en 1724, la Grande Poissonnerie, en 1728, la maison consulaire en 1731 sur la place du Forum. Alors que les Abbés de Montmajour se donnent un nouveau logis dans le Bourg Neuf, les Jésuites ouvrent leur collège sur la rue Royale par une monumentale façade bien parisienne.

A la fin du siècle, la société mondaine et raffinée se distrait à la salle des spectacles (détruite depuis lors) et dans les clubs, celui du Waux-hall construit vers 1760 (disparu) et le monumental Cercle de la Rotonde (aujourd’hui le Temple) très bel et étonnant édifice à la Ledoux bâti entre 1790 et 1791, lieu de spectacles et de jeux. Ce néoclassicisme de très grande qualité de la fin du XVIIIe siècle va passer la période troublée de la Révolution sans trop de heurts. La population arlésienne connaît une phase florissante durant la première moitié du XIXe  siècle : de nombreuses maisons expriment le goût de sobriété et de travail soigneux de la bourgeoisie.

Mais, encore une fois, l’aristocratie s’affirme dans une somptueuse demeure, peut-être la plus vaste de la ville, en ce style néoclassique des années 1820, c’est l'Hôtel du Baron de Chartrouse, ce maire qui entreprend en 1824 le dégagement des Arènes et qui atteste de l’intérêt que portent encore les Arlésiens à leur passé prestigieux en remettant en valeur les monuments antiques mais aussi en restaurant ici et là les demeures de la Renaissance et de l’âge Baroque comme les témoins d’une époque révolue. 

VI - LA PERIODE 1850-1940

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, la vie d’Arles est bouleversée par des changements irréversibles. Vieille ville portuaire, Arles perd son monopole de la navigation sur le Bas-Rhône, les chemins de fer dès 1848, et Saint-Louis à partir de 1882, lui retirent toute son importance passée. La Roquette, quartier traditionnel de la marine, se vide de ses marins qui représentaient avec leurs familles près du tiers de la population de la ville au temps de la prospérité. Arles, port de cabotage, a vécu. Mais la ville trouve un second souffle dans l’industrie, les chemins de fer, qui ont failli la ruiner, lui apportent leurs ateliers et dès 1848 ceux-ci commencent à recouvrir les Alyscamps et à attirer une nouvelle population qui peuple la vieille ville mais aussi des quartiers nouveaux hors des remparts. Un peu plus tard, des ateliers de construction navale apparaissent à Barriol et des dragues fabriquées à Arles sont livrées dans le monde entier.

Durant cette période également, la population rurale, qui constituait encore 40 % des habitants de la ville vers 1850, quitte la cité pour aller vivre sur le terroir. En moins d’un demi-siècle Arles est ainsi devenue une ville ouvrière. L’architecture porte les traces de ces mutations. L’activité est intense : à l’extérieur, de nouveaux quartiers sont construits, dans la cité quelques constructions nouvelles et de nombreux remaniements de façades témoignent de cette activité, signe des temps, de nouveaux bâtiments à usage collectif apparaissent : la poste, les écoles primaires de la IIIe République, le  théâtre municipal, la caserne, des magasins, etc ...

Durant le Second Empire, comme dans beaucoup d’autres villes, on réalise quelques percées comme la rue Gambetta et la rue Jean Jaurès. Le décor architectural, après une phase néoclassique dans la première moitié du XIXe siècle, devient plus «éclectique» après 1850 et emprunte son vocabulaire à toutes les sources passées : romane, gothique, renaissance, classique et fait appel aussi à des éléments pittoresques ou familiers, telles ces maisons rue Anatole France avec des têtes symbolisant les continents et les saisons. On rencontre deux types de réalisations :

1. Des restaurations : par exemple addition d’un deuxième étage au 1, place du Forum – pastiche pur et simple ;

2. Des réalisations originales associant dans une composition très forte des éléments de décor hétéroclites néo renaissants tel l’hôtel de Luppé (palais florentin), ou néoclassiques comme les pilastres et les médaillons de la banque, 6, rue Dulau, ou encore avec frontons inspirés du XVIIe siècle, au 28, rue Portagnel.

Vers la fin du siècle, le style «éclectique» est associé à des structures entièrement nouvelles : grands magasins, usines, gares, et à des techniques industrielles : fontes, verrières. Mais les premiers éléments d’architecture préfabriquée reproduisent des formes anciennes. Le petit habitat, très nombreux dans toute la ville, mais aussi dans les nouveaux quartiers évolue moins, son décor très réduit (encadrement de baies) et très simple suit néanmoins le courant général. La structure évolue peu. Cependant les terrasses peu nombreuses dans la période antérieure, au contraire d’une ville comme Aix, font leur apparition. Leur adjonction est visible dans de très nombreux cas avec des garde-corps en balustrade en fonte, des pavillons, des pergolas en fer forgé ou en maçonnerie. Le changement est dû à la disparition progressive de la population rurale et à son remplacement par une population plus urbaine désireuse de profiter de l’air et du soleil pendant les heures de loisirs.

Autre changement dans les structures, l’apparition des boutiques dans lesquelles la devanture joue un grand rôle avec ses éléments ajoutés dans un matériau différent : bois, métal, briques, céramiques, pierre «exotique». Dans les années 1910-1930, le quartier de Chabourlet, au sud du boulevard des Lices, voit la construction de villas individuelles au riche décor «Art-Déco».

VII - L’APRES GUERRE

Après la seconde guerre mondiale, Arles connaît la période de la reconstruction avec les architectes Vago et Van Migom (années 1950). De nouveaux quartiers se créent : quartier du Trébon (1960), quartier de Griffeuille (1965), quartier de Barriol (1970), caractérisés par la construction de logements H.L.M. Une nouvelle gendarmerie est bâtie, entraînant la destruction de la caserne Calvin. D’autres bâtiments publics voient le jour tels que les P.T.T., le parking du Jardin d’Hiver, les piscines municipales etc…Le Musée de l’Arles antique, inauguré en 1995 et conçu par l’architecte Henri Ciriani marque l’ouverture d’Arles à la grande architecture contemporaine.

Sources:

- Reproduction autorisée avec la mention "site patrimoine de la ville d'Arles- www.patrimoine.ville-arles.fr"


Photos:

- Jimre (2014)

Posté le 10-09-2016 10:33 par Jimre


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