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Marseille au Moyen Age

Les invasions barbares (414-536)

Entre 414 et 536, les peuples "barbares" se succèdent en Basse-Provence marquant la fin du monde gréco-romain qu'avait connu Marseille depuis près d'un millénaire.

Les Wisigoths, après avoir conquis et pillé l’Italie sous la conduite d'Alaric Ier envahirent le sud de la France et l'Espagne (412-415) chassant les Vandales et les Suèves. Ils firent le siège de Marseille en 414 mais ne réussirent pas à pénétrer dans la cité. Rome les installa en tant que fédérés dans la Septimanie (Languedoc et Roussillon) et en Espagne.

Les Burgondes dont le roi était Gondebaud, qui dominaient la Lyonnaise, le Dauphiné, la Savoie traitèrent en 472 avec le roi des Wisigoths, Alaric II, pour la possession de la Basse-Provence et de Marseille, où ils entrèrent en 474. Puis, les Ostrogoths, pénétrèrent à leur tour en Provence ; leur roi Théodoric le Grand négocia avec les Burgondes et acquit la possession de toute cette région, y compris Marseille (512). Théodoric nomma Marobodus gouverneur de Marseille et établit dans cette ville de vastes entrepôts de grains et de munitions.

Les Francs de Clovis qui avaient battu les Wisigoths à Vouillé en 507 s'avancèrent à leur tour vers la Basse-Provence. Vitigès, chef des Ostrogoths voulant réserver toutes ses forces contre Bélisaire qui occupait Rome pour le compte de l'empereur d'Orient Justinien, traita avec eux et leur céda toute la Provence avec Marseille (536).

Pendant toute cette période, Marseille avait maintenu sa prospérité commerciale, et relativement son indépendance culturelle. Au milieu du VIe siècle, Marseille intègre le monde Franc et l'emprise de la chrétienté s'affermit.

L'âge d'or du VIe siècle

Marseille se développe à nouveau à partir du Ve siècle de notre ère. À l'intérieur de la ville, la construction d'une première grande cathédrale marque la puissance de l'évêque, probablement Proculus, qui tient à rivaliser avec Arles. Deux basiliques funéraires ont été retrouvées en fouille. L'une, hypothétique, fouillée pour moitié dans l'emprise des immeubles du cours Belsunce par J. et Y. Rigoir en 1959 et par G. Bertucchi dans la construction du Centre Bourse en 1974. La seconde est clairement attestée par la fouille de M. Moliner, rue Malaval (2003-2004), avec la découverte d'une memoria intacte sous le chœur.

Sur la corne du port, comblée, se développe un habitat dont on retrouve la trace, hors les murs, jusqu'à l'actuelle bibliothèque de l'Alcazar (fouille M. Bouiron). Sur ce site, on a pu mettre en évidence une continuité directe avec les constructions romaines ; un groupe de bâtiments se développe progressivement entre le Ve siècle et le VIIe siècle, avec dans un dernier état, un vaste bâtiment de type entrepôt. Les bâtiments sont abandonnés au début du VIIIe siècle.

La vitalité du commerce est perceptible par les découvertes de productions céramiques venant de toute la Méditerranée, témoins privilégiés des marchandises qui affluent à Marseille durant la période ostrogothique et mérovingienne. Puis, prise dans les remous des conflits entre rois francs, la ville semble perdre de son importance à partir de la reprise en main de la Provence par Charles Martel et le pillage de la ville qui l'accompagne.

Les temps troubles (VIIIe et IXe siècles)

En 737, les Francs prennent la ville, la pillent, mettent fin à ses velléités d'indépendance. Il existe peu d'informations sur la Marseille carolingienne, mais il semble que la ville connait ses heures les plus sombres. Les évêques, souvent moines de Saint-Victor comme vers 780, Mauront ou Wadalde (entre 814 et 818) s'efforcent de maintenir leur église. C'est une période très difficile pour la ville, qui est régulièrement pillée par les Sarrasins en 838, par les pirates byzantins en 848, et de nombreux raids sarrasins jusqu'en 923. La population se replie sur une étroite portion de la ville, dit Château Babon : un réduit fortifié construit entre l'entrée du port et la place de Lenche.

En 843, avec le partage de l'Empire carolingien au Traité de Verdun, Marseille fait partie de la Lotharingie et restera Terre d'Empire jusqu'au XVe siècle. Marseille se relèvera lentement de ces deux siècles de dévastations. Dès 904, l'abbaye de Saint-Victor se voit dotée de la rive sud du port par le roi de Provence Louis l'Aveugle. L'absence de mentions dans les chroniques nordiques ne permet pas toutefois d'imaginer que Marseille perd sa place de porte vers la Méditerranée. Il faut toutefois admettre que l'époque reste incertaine, avec les démêlés des derniers carolingiens tout entiers tournés vers l'Italie et n'hésitant pas à traiter avec les Sarrasins lorsque leurs ambitions le nécessitent. Ainsi en 923, ils dévastent le monastère de Saint-Victor et le territoire marseillais. À partir du milieu du Xe siècle, la situation se stabilise. Le comte de Provence choisit un frère de l'évêque Honoratus de Marseille, fils d'Arlulf de Marseille, Guillaume, comme vicomte de Marseille. Ses descendants seront pendant plusieurs générations, soit évêques, soit vicomtes de Marseille.

La topographie de la ville se laisse difficilement percevoir. Il existe une fortification réduite sur le sommet de la butte Saint-Laurent, c'est le château Babon (castrum Babonis) des textes du XIIe siècle. Le nom de Babon fait référence à un évêque, mentionné à propos d'un polyptyque perdu de l'abbaye de Saint-Sauveur, et qui pourrait avoir exercé au cours du IXe siècle. La délimitation de cette enceinte est difficile car cette fortification a déjà pratiquement disparu à la fin du XIVe siècle. Aucun vestige n'en est connu. Englobant une partie de la ville haute appartenant à l'évêque, elle devait contenir la zone du fort Saint-Jean et arriver jusqu'à la rue Fontaine-des-Vents, au voisinage de l'actuelle place de Lenche. M. Bouiron a mis en évidence, au contact de cette fortification, un deuxième ensemble fortifié centré autour de la Major, le bourg de la Major qui contient une partie de la butte des Moulins. La mention dans la charte de 904, d'un castrum, a été interprétée anciennement comme une mention du Château Babon. Il semble plus vraisemblable de voir, en association avec d'autres mentions d'archives, une troisième fortification, celle-ci relevant du comte, autour de l'ancienne porte d'Italie et du Tholonée, lieu de perception du péage. Ainsi se dessine une ville multipolaire, à l'image de tant d'autres villes du haut Moyen Âge.

Marseille médiévale

Passé l'an mille, Marseille se révèle à nouveau un port florissant qui participe aux Croisades. Les Marseillais sont présents en Afrique du Nord et possèdent un quartier à Saint-Jean d'Acre. Si la prise de cette dernière met un terme à l'aventure en Terre Sainte, leur présence est largement attestée en Méditerranée tout au long du Moyen Âge. La prise de la ville par les Catalans en 1423 et la destruction qui s'est ensuivie ont occasionné un profond déclin à la fin du Moyen Âge.

La puissance de Saint-Victor (950-1150)

Durant la première moitié du XIe siècle, la stabilité politique et le développement de l'abbaye de Saint-Victor renforcent le développement de la cité. L'indivision entre évêques et vicomtes profite à l'ensemble de la cité, dont la division héritée du haut Moyen Âge s'estompe progressivement. La refondation du couvent de Saint-Sauveur (à l'emplacement de l'église des Accoules), vers 1030, au centre de l'espace situé entre l'ancienne ville comtale et l'ancienne ville épiscopale, a dû s'accompagner d'une renaissance de l'habitat dans cette zone.

À la fin de cette période, la vie s'organise à Marseille entre trois pouvoirs stables, les vicomtes, l'évêque et l'abbé de Saint-Victor. En 976, l'évêque Honorat quitte le monastère et une nouvelle communauté monastique se reforme. L'évêque de Marseille Honorat, introduisant la règle de saint Benoît à l'abbaye de Saint-Victor par une charte du 31 octobre 977. Cette règle implique la mise en place de la libertas sur tous les plans, judiciaire comme économique. Aussi, en 1005, avant de quitter sa charge et de la transmettre à son neveu, Pons Ier, Honorat sépare les menses épiscopales et abbatiales. Les moines choisissent alors comme abbé Guifred, qui dirigeait déjà la communauté depuis l'abbaye de Psalmodie, dans le Gard.

Cette installation des bénédictins inaugure une période brillante pour Saint-Victor, sous la conduite d'hommes remarquables comme les abbés Wilfred ou Guifred (1005-1020) et Isarn (1020-1047). Ce dernier est très lié à Odilon, abbé de Cluny : « Ces deux lumières du monde ne formaient qu'un seul cœur, une seule âme ».

Le fort rayonnement de l'abbaye est également dû aux liens qui unissent les abbés de Saint-Victor aux vicomtes de Marseille et à l'aristocratie provençale, ce qui favorise l'accroissement de son pouvoir temporel et de son patrimoine foncier. Durant cette période où l'abbaye exerce une profonde influence spirituelle et culturelle dans une Provence en pleine réorganisation politique et religieuse, les possessions territoriales de l’abbaye s’accroissent considérablement : rien que dans le diocèse de Marseille, 440 églises et prieurés dépendent de Saint-Victor aux XIe et XIIe siècles. L’abbaye compte également des dépendances dans ceux d’Aix, Fréjus-Toulon, Riez, Gap, Embrun et Vaison-la-Romaine et jusques dans les diocèses d'Auvergne (Saint-Flour, Mende, Rodez), du Languedoc (Nîmes, Béziers, Agde, Narbonne, Albi, Toulouse) en Bigorre et en Catalogne (Barcelone). Elle obtient des possessions jusqu'en Sardaigne (Cagliari, Sassari) et en Castille (Tolède).

À Marseille, toute la rive sud du Vieux-Port appartient désormais aux moines, en particulier la zone sud-est jusqu'à l'actuelle rue Beauvau, où se trouvent de riches salines qu'ils conservent jusqu'à ce que François Ier les annexe en 1518 pour agrandir l'arsenal des Galères. Ils obtiennent le privilège de l'eau jusqu'à la mer. Peu à peu, ils essaiment à travers tout la vicomté, créent plus de soixante prieurés et deviennent l'un des principaux aménageurs agricoles du sud de la Provence. Plus d'une soixantaine de moines et vingt novices vivent à l'abbaye. Saint-Victor redevient un grand centre spirituel et de formation.

L'église supérieure est entièrement reconstruite et est consacrée par le pape Benoît IX, le 15 octobre 1040. Bien que cet acte soit apocryphe, on en a conclu que les scribes ont utilisé un original qu'ils ont modifié pour renforcer le rôle de Saint-Victor au détriment d'Arles, en accordant à l'abbaye le titre de « Secunda Roma ».

Au cours de la deuxième moitié du XIe siècle, les abbés de Saint-Victor sont Pierre (1047-1060), Durand (1060-1065), Bernard de Millau (1065 - 1079) et Richard de Millau (1079-1106). Ce dernier est déjà cardinal lorsqu'il est désigné par le pape pour succéder à son frère Bernard. Il est un des agents les plus actifs de la réforme grégorienne et un des meilleurs auxiliaires des papes Grégoire VII et Urbain II.

Saint-Victor bénéficie d'un avantage exceptionnel en relevant directement du Saint-Siège et non de l’évêque grâce à une bulle du pape Léon IX. Les papes successifs donnent mandat à l'abbaye pour réformer nombre d'anciens monastères. Cardinal lors de son élection en 1079, Richard de Millau devient légat du pape Grégoire VII, puis archevêque de Narbonne, continuant à diriger la communauté. Les abbés de Saint-Victor deviennent au XIe siècle les hommes les plus puissants de la région. En 1073, c'est Raymond, un moine de l'abbaye qui devient évêque de Marseille.

La réalisation du grand cartulaire de Saint-Victor vers 1070-1080 marque l'aboutissement du processus par lequel l'abbaye rompt tous ses liens formels avec l'évêque de Marseille et la famille vicomtale, et s'érige en seigneurie monastique directement soumise au pape. Toutefois à la mort de Grégoire VII, les monastères réformés par Saint-Victor reprennent leur indépendance.

La rivalité des comtes et des évêques

Le caractère turbulent de la cité apparaît de manière récurrente dans l'histoire de la ville. La topographie et le caractère marin des marseillais font que les comtes de Provence ont du mal à contrôler Marseille grâce à leur indépendance commerciale. De nombreux conflits éclatent au xiiie siècle. En 1209, la ville est « interdite » par le légat du pape. Excommunication d'Hugues Fer. En 1216, les habitants de la basse ville entrent en révolte contre l'évêque. En 1218 puis en 1229, après une nouvelle révolte contre l'évêque, l'« interdiction » de la ville et l'excommunication de ses habitants sont prononcées. Elle reconnaît la suzeraineté de Raymond VII de Toulouse. Elle refuse celle de Raimond Bérenger V. L'affrontement se calmera en 1252 avec les premiers accords de paix entre Charles d'Anjou et Marseille, qui s'est soumise.

Autre malheur, la grande peste pénétra en Europe par le port phocéen en 1347.

Le sac de Marseille en 1423

Il a été perpétré par les troupes du roi Alphonse V d'Aragon entre les 20 et 23 novembre 1423.

La seconde maison d'Anjou-Provence et la maison d'Aragon déjà détentrice de la Sicile, s'opposent pour la possession du royaume de Naples.

Le roi de Naples Ladislas, le vainqueur de Louis II d’Anjou, meurt à Naples le 6 août 1414. N'ayant pas d’enfants, il a pour successeur sa sœur Jeanne II, âgée d’environ quarante-cinq ans et veuve du duc Guillaume d'Autriche. Elle est reconnue comme reine de Naples par le pape Martin V élu au concile de Constance qui met fin au Grand Schisme d’Occident. Elle est couronnée reine de Naples le 28 otobre 1419 par Morosini légat du pape.

Mais Jeanne II et Martin V ne conservent pas de bons rapports, et le pape change d'avis. Il transfère alors la couronne à Louis III d'Anjou, fils de Louis II. Grâce au concours des galères génoises et marseillaises, Louis III part pour l'Italie du sud et arrive devant Naples le 15 août 1420. Jeanne II appelle alors à son secours Alphonse V d'Aragon qui arrive avec ses propres galères devant Naples assiégée par Louis III et libère la ville. Mais l'entente ne dure pas entre Jeanne II et Alphonse V car ce dernier ne veut pas se contenter de sa situation d'héritier du trône mais veut prendre le pouvoir. Jeanne II change à nouveau d'alliance et adopte à son tour Louis III en renouvelant le 21 juin 1423 au profit de ce dernier la donation du royaume que la reine Jeanne Ire de Naples avait autrefois signée en faveur de Louis I. Cet acte faisait du roi d'Aragon l'ennemi implacable de la maison d'Anjou.

Le pape Martin V et Louis III interviennent auprès de Filippo Maria Visconti, duc de Milan, pour qu'il réunisse à Pise une flotte pour attaquer Naples. Devant cette menace et sachant que son beau-frère le roi de Castille menace ses États, Alphonse V décide en octobre 1423 de retourner en Aragon. Sachant que la ville de Marseille est en partie désarmée pour soutenir la campagne d’Italie de Louis III, il décide sur le chemin du retour d'attaquer cette ville.

Le gouvernement municipal marseillais n'ignore pas la menace que faisait planer sur la ville le passage de la flotte ennemie le long des cotes provençales. Cette flotte composée de dix-huit galères et de douze vaisseaux avait été aperçue à Nice puis à Toulon. Les Marseillais en avaient été avertis.

Dès le mois d'octobre le trésor de l'abbaye de Saint-Victor ainsi que les reliques de Saint Louis d’Anjou conservées au couvent des frères mineurs sont mis à l’abri à l’intérieur des remparts.

Malheureusement la ville ne disposait pour défendre les remparts que de trois cent soixante hommes médiocrement armés. Mais aussi et surtout Marseille était privée de sa flotte, Louis III ayant sans doute emmené avec lui à Naples les meilleurs navires du port. De plus, les bâtiments qui avaient échappé à cette réquisition avaient probablement regagné le port pour y être désarmés en vue de l'approche de l’hiver.

La ville médiévale est située entièrement sur la rive nord du Vieux Port. Elle se concentre autour des buttes de Saint-Laurent, des Moulins et des Carmes. Les remparts commençaient à peu près au bas de l'actuelle Canebière, suivaient le cours Belsunce, atteignaient le rivage au niveau de la cathédrale de la Major puis rejoignaient la tour Maubert, actuellement tour du roi René à l'intérieur du fort Saint-Jean. Au fond du port mais à l'extérieur des remparts, se trouvait à l'emplacement de l'actuel quai des Belges, le plan Fourmiguier réservé à la construction navale. La rive sud de la ville située au nord du Vieux Port n'était pas protégée par des remparts. Toute la rive méridionale du Vieux Port appartenait à l'abbaye de Saint-Victor et n'était pas urbanisée.

Le système de défense du port tel que l'on peut le reconstituer à partir de documents d'archives était tout entier concentré au niveau de la passe. L'entrée du port large d'une centaine de mètres se composait de deux parties bien distinctes. La partie sud sur environ soixante dix mètres était obstruée par des rochers plus ou moins affleurants interdisant le passage des navires. Seule la partie nord sur une largeur de trente mètres environ constituait la passe navigable.

Pour contrôler le passage une chaîne amovible barrait cette passe ; mais la difficulté de tendre une chaîne sur une trentaine de mètres avait conduit à diviser la passe en deux chenaux à peu près égaux. Pour cela une tour probablement en bois est construite au milieu ; deux chaînes de quinze mètres environ permettent d’interdire ou d’autoriser le passage dans le port.

Le 18 novembre 1423, les surveillants des postes de guet de Marseilleveyre et de la Garde signalent l'arrivée de la flotte aragonaise au large de la ville. Le 20 novembre un premier contingent de soldats débarque dans une anse située à l’ouest de Saint-Victor, probablement l'anse des Catalans (qui ne prendra cette dénomination qu'au xviiie siècle et pour une autre raison car c'est dans cette crique que des pêcheurs catalans s'installèrent après la peste de 1720). Les Aragonais prennent possession de l'abbaye de Saint-Victor et de la chapelle Saint-Nicolas.

Malgré une résistance farouche des défenseurs de la tour Maubert qui se trouvait à l'emplacement de l’actuelle tour du roi René dans le fort Saint-Jean, la lourde chaîne qui barre l'entrée du port est brisée et les galères catalanes pénètrent dans le port. La nef de Bertrand Forbin qui avait été placée devant la chaîne pour interdire l'entrée du port est coulée par quatre galères catalanes.

Le pillage de la ville

La rive nord du vieux port actuel est réservée au commerce et à l'accostage des navires pour le chargement et le déchargement des marchandises ; elle est dépourvue de remparts de protection. Les habitants se défendent maison par maison, mais les Catalans y mettent le feu. Les habitations aux fortes charpentes de bois s'embrasent d’autant plus facilement que le feu est attisé par un vent violent. Le pillage et l'incendie durent trois jours. Les Aragonais dévastent le couvent des frères mineurs pour s'emparer de la châsse et des reliques de Saint-louis d’Anjou. Malgré les précautions prises pour mettre ces reliques en lieu sûr, elles sont découvertes grâce à une indication obtenue par les pillards.

La ville privée de navires, de soldats et d'armes alors employés aux opérations napolitaines subit un désastre ; malgré le courage des habitants, ce handicap est accentué par l'incapacité des autorités à coordonner l'action de la milice urbaine. Le viguier de la cité, Arnaud de Villeneuve, jeune chevalier d'une vingtaine d'années, le premier syndic Gaspard de Ricavi (seigneur de Fuveau) et le second syndic Gabriel de Sarda semblent avoir rapidement fui la ville13.

Alphonse V rappelle ses hommes le 23 novembre et fait mouiller ses galères aux îles du Frioul. Il repart en Aragon à la fin du mois de novembre en emportant comme trophée les reliques de Saint-Louis et les deux parties de la chaîne du port. Les malheurs de la ville ne sont pas pour autant terminés car après le retrait des soldats, des malfaiteurs de la ville et des environs continuent le pillage. Le viguier d’Aix-en-Provence, Louis de Bouliers, vicomte de Reillanne, arrive un peu plus tard pour faire enfin cesser le pillage.

La perte des reliques de Saint Louis d’Anjou toucha vivement la population, profondément attachée au souvenir de ce saint, surtout depuis le transfert de ses restes, en présence de son frère le roi Robert le Sage, dans le couvent des frères mineurs. En vue de récupérer ces reliques, la ville entreprend de 1424 à 1431 de nombreuses démarches auprès d'Alphonse V, du cardinal Pierre de Foix légat de Martin V auprès d’Alphonse V, de Martin V et de Charles VII roi de France. Toutes ces démarches seront vaines. Ces reliques seront en partie restitués le 24 juin 1956 et seront vénérées dans l’église Saint Ferréol-les Augustins.

La chaîne qui gardait l'entrée du port de Marseille est toujours exposée dans la cathédrale de Valence en Espagne.

Le lent retour des habitants

Les marseillais furent lents à revenir dans leur ville. Devant cette réticence, le 24 mai 1426, la reine Yolande mère de Louis III, donne l'ordre aux habitants qui avaient fui au moment de l'invasion, de regagner leur maison pour les reconstructions nécessaires sous peine de confiscation de leurs biens. Le roi de France Charles VII autorise le transport, en franchise de taxes, des bois du Dauphiné afin de reconstruire les charpentes des maisons détruites.

La ville s'occupe en priorité de la défense de la cité en achetant de nouvelles armes et des pièces d'artillerie ; pour cela elle contracte un important emprunt auprès des banquiers avignonnais. Pour assurer la sécurité de l'entrée du port, un navire est affecté à la garde de la passe puis en 1425 une chaîne est réinstallée dans la passe. La réfection de la tour Maubert étant trop onéreuse, le pivot défensif de la passe est transféré en face au niveau de la chapelle Saint Nicolas. Ce n’est que plus tard sous le règne de René d'Anjou, frère de Louis III, que la tour sera reconstruite de 1447 à 1452 et incorporée au fort Saint-Jean.

La ville de Marseille équipe à ses frais des vaisseaux spécialement affectés à la guerre de course contre les navires catalans. L'audace des capitaines est grande : Boton n'hésite pas à s'introduire dans le port d’Aigues-Mortes qui fait alors partie du royaume de France pour capturer une nef de Collioure au risque de provoquer une crise diplomatique entre la France et la Provence. Cependant Marseille confirme son attachement viscéral à la libre circulation entre la ville et le port ; en effet le nouveau viguier Astorge de Peyre doit renoncer à transformer en rempart la première ligne de maisons longeant le quai au nord du Vieux Port.

Pour remédier aux graves dommages causés au commerce aragonais, les Catalans organisent une expédition de représailles en débarquant à l’embouchure du Rhône et en assiégeant Marseille, mais le gouvernement du Comté est sur ses gardes et repousse l’ennemi. Une trêve est enfin conclue le 5 juin 1451. Une paix précaire s’installe : un des signes de ce retour à la paix est la création d’une juridiction fameuse, celle des prud’hommes pêcheurs de Marseille. Le commerce reprend peu à peu.


Le "bon" roi René

Le 15 décembre 1437, le comte de Provence René d'Anjou, qui a succédé à son frère Louis III d'Anjou, comme roi de Sicile et duc d’Anjou, arrive à Marseille, et favorise par des privilèges le relèvement de la ville, qu'il considère comme une base maritime stratégique pour reconquérir son royaume de Sicile.

Les Marseillais, en contrepartie, se chargent de la reconstruction des remparts. Le roi René, qui souhaite équiper l'entrée du port d'une solide défense, décide de faire construire sur les ruines de l’ancienne tour Maubert, une nouvelle tour plus importante. Jean Pardo, ingénieur, en conçoit les plans et Jehan Robert, maçon de Tarascon, exécute les travaux. Cette construction s’échelonne de 1447 à 1453. Le Roi fait édifier les fondations du piédestal, puis les travaux sont suspendus faute de crédits et c’est finalement grâce à l’aide des habitants de Marseille et notamment de la corporation des pêcheurs qu’ils peuvent reprendre. Cette tour, dite tour du roi René, sera englobée au XVIIe siècle dans le fort Saint-Jean construit sur ordre de Louis XIV.

Le rattachement à la France

L'indépendance économique et politique de Marseille par rapport à la France perdure jusqu'à la fin du XVe siècle. Il faut attendre Charles Ier d'Anjou pour que Marseille perde l'autonomie qu'elle a acquise en rachetant les droits seigneuriaux aux vicomtes de Marseille. La cour comtale est installée à Aix-en-Provence. Lors de la transmission au royaume de France du comté de Provence (1481), les institutions provinciales restent dans cette ville. Cette rivalité Aix / Marseille trouve plusieurs échos dans l'histoire des deux villes, notamment lors du retrait du pouvoir épiscopal de Marseille. Cette rivalité est encore palpable de nos jours.


Sources:

- Wikipedia ici et .


Posté le 07-07-2019 09:25 par Jimre

Marseille du XIe au XVIe siècle

Marseille n’est pas une ville comme les autres. Quand d’autres habitats étaient encore des villages ou des oppidums, Marseille était déjà un des grands ports grecs de la Méditerranée. 

Ce destin exceptionnel n’a pas empêché la ville médiévale de tomber dans les divisions féodales. Deux seigneurs, le vicomte et l’évêque, se partagent d’abord, au XIe siècle, l’agglomération en « ville haute » (ville épiscopale) et « ville basse » (ville vicomtale). Puis chacune des parts est encore subdivisée, celle des vicomtes étant partiellement acquise par la puissante abbaye Saint Victor, qui domine la hauteur méridionale du port, celle de l’évêque n’échappant pas à la répartition de la mense épiscopale, une portion allant au Chapitre de la cathédrale.

Contrairement à d’autres villes fractionnées entre plusieurs seigneurs, ces différents « quartiers » seigneuriaux n’étaient pas délimités sur le terrain au moyen de fossés ni d’enceintes particulières. Aucune division politique ne réussit à rompre l’unité urbaine et l’enceinte de défense reste commune (même si les habitants des divers quartiers n’ont pas les mêmes droits). Cette conscience unitaire se traduit aussi par un assez rapide développement du mouvement communal. Dès le XIIe siècle, les bourgeois sont organisés en Confrérie, seule organisation tolérée par les puissances tutélaires, qui sert de couverture à un syndicat communal. La richesse accumulée par les négociants et les armateurs leur permet d’acquérir des parts de la puissance seigneuriale et de peser dans les luttes politiques aussi bien locales (entre vicomte, abbaye et évêque) que régionales (rivalités entre le comte de Provence-Barcelone et les marquis de Provence-Toulouse).

La situation particulière de Marseille est aussi la source de sérieux problèmes de défense.

La ville féodale a succédé à la ville antique avec la construction de fortifications : 

Le château Babon, occupant le promontoire Saint Laurent. Son enceinte partait de l’église Saint Laurent et se raccordait aux remparts antiques pour atteindre la mer, qu’elle bordait. Le nom du château vient de l’évêque de Marseille, en 870, qui se prénommait Babon, et sa construction remonterait ainsi d’après certains historiens à la période 848-860, à la suite du pillage de la ville en 838 par les Sarrasins.

Le château de Tolonée, construction massive en forme de tour, d’après l’historien Ruffi. Ce château était situé dans la ville basse des vicomtes, à proximité de l’enceinte hellénistique et au sud de l’église Saint Laurent.

Le château de Saint Marcel est situé sur un sommet rocheux de la chaine de saint Cyr, surplombant l’étranglement de la vallée de l’Huveaune. Il formait un quadrilatère de 60m de long. Son enceinte était flanquée de tours cylindriques, excepté à l’angle nord-ouest surplombant la falaise. Il était le siège d’une importante seigneurie qui eut pour seigneurs les évêques de Marseille, les abbés de saint Victor, les vicomtes de Marseille et par la suite la famille des Baux, héritière de la famille vicomtale, les comtes de Provence et les échevins de la ville de Marseille.

En ce qui concerne la ville, l’avantage de la position vient des faibles dénivelés (entre 24 et 42 m d’altitude pour les points les plus hauts de la ville antique et médiévale) permettant un facile et harmonieux développement urbain et une planification cohérente de la fortification urbaine. L’enceinte renforcée de tours est régulièrement entretenue et modernisée. Ainsi, à la fin du XIVe siècle, elle est doublée de fausses-braies à la fois pour protéger les fondements contre la sape, pour créer un chemin de ronde d’inspection et une lice de tir évitant ainsi d’affaiblir la base des murs en les perçant de meurtrières. L’armement aussi est adapté et les canons font tôt leur apparition, y compris les gros calibres, les bombardes, sur les plates-formes voutées des tours. Le plus gros désavantage du point de vue de la défense vient paradoxalement de la situation particulièrement bien abritée de son port. S’il offre un refuge très favorable à la navigation, il est par contre très vulnérable en cas de guerre. En effet les assaillants peuvent y accéder sans être repérés. Il a fallu par conséquent mettre en place tout un réseau de vigies et de farots pour signaler les approches ennemies. Ces postes ont dû exister très tôt, même s’ils ne sont précisément indiqués dans les textes qu’à partir de 1260 environ et surtout en 1302. Encore n’est-il pas certain que nous les connaissions tous. Ce dispositif de « tours à signaux » est en tout cas une des grandes particularités du port médiéval de Marseille.

Au XVe siècle, on est en outre contraint de renforcer la surveillance d’accès au port lui-même en construisant une nouvelle tour contrôlant la chaîne qui barre l’entrée du port (tour Saint Jean). Enfin, à l’aube des temps modernes, sous le règne de François Ier, lorsque Marseille devient l’un des principaux ports de guerre du Royaume, il est nécessaire de faire face à l’augmentation de puissance de feu des flottes, aux troupes nombreuses de mercenaires défilant comme des ouragans et à la plus grande portée des canons. Deux puissants châteaux-forts complètent alors le bouclier militaire : l’un sur la hauteur, à Notre Dame de la Garde, l’autre au large, sur l’île d’If.

Marseille reste un modèle exemplaire de défense médiévale urbaine et portuaire. Les remparts renforcés de tours sont appuyés sur des châteaux et des défenses extérieures (parmi lesquelles il faut aussi ranger l’abbaye fortifiée de Saint Victor). L’accès au port peut être barré par une chaîne défendue par une tour, et son approche est contrôlée par un réseau de vigies, complété au XVIe siècle par des châteaux d’artillerie. 


Source:

- Article écrit d'après le sommaire et les informations contenus dans la revue "Marseille, Châteaux-forts du XIe au XVIe siècle" de Anne-Marie Durupt, Chateaux-forts d'Europe n°19 - 2001.


Photos:

- Jimre (2017)




Posté le 06-07-2019 16:24 par Jimre


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