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Montelimar

Les hommes sont venus occuper la zone de confluence du Rhône et du Roubion il y a environ 5000 ans. Ces hommes du néolithique s’étaient établis au bord d’une terrasse alluviale, qui dominait le fleuve de quelques mètres et qui est entamée aujourd’hui par le canal du Rhône.

Des tombes trouvées au Nord-est de la ville ont permis de montrer que le site de Montélimar était occupé 2000 ans avant notre ère. Mais il faudra attendre les écrits du géographe grec Strabon pour trouver trace d’une agglomération urbaine, appartenant aux Cavares, peuple établi dans la région, près de deux rivières le Jabron et le Roubion, qui rejoignent leurs eaux avant de se jeter dans le Rhône.

 A l’époque gallo-romaine, Montélimar se nomme Acunum. La bourgade n’a jamais été élevée au rang de Cité romaine, contrairement à Valence, Die ou Saint Paul Trois Châteaux. Le nom d’Acunum a subsisté de nos jours dans le nom de rues comme l’avenue de l’Aygu, Aiguno au XIIe siècle.

Gite d’étape des Itinéraires du Bas Empire romain, Acunum était établi de part et d’autre du Roubion, le long de la voie Agrippa reliant Lyon à la Méditerranée.

Au XIIe siècle, les textes nous font connaitre deux noyaux urbains distincts : « In Aiguno », sur la rive gauche du Roubion, autour du prieuré « Notre Dame » et « Montilium », groupé au pied de l’actuel château. Les constructions qui ne bénificiaient pas de la protection des fortifications subirent au cours des siècles les assauts des hommes et du Roubion, peu à peu déplacé vers le sud. A l’inverse, la puissante famille des Adhémar fera se développer le Monteil (petit mont), qui prendra son nom, Montilium Adhemari ou Aemarii, à partir du XIIe siècle pour le différencier de ses homonymes régionaux.

Selon la tradition, le premier château y aurait été construit avec l’aval du comte de Toulouse, Duc de Narbonne, qui aurait laissé son nom à la tour dite de Narbonne…Elle aurait constitué, avec des bâtiments aujourd’hui disparus, le « château vieux ». Ce dernier formait alors, avec le château plus récent, visible actuellement, un seul et même domaine appartenant à la famille des Adhémar de Monteil.

Les premiers Adhémar sont mentionnés dès 985. Ils devaient donc faire partie de l’entourage du comte de Toulouse. A la fin du XIe siècle, cette puissante famille participe à la première croisade et à la même période, son acronyme est associé au lieu-dit. D’Adhémar de Monteil découlera le nom de la ville Montélimar.

Au Xe siècle, donc, ces premiers Adhémar s’installent probablement sur la partie sommitale du petit mont, et édifient sur une motte de terre un donjon probablement d’abord en bois puis en pierre.  On trouve également une chapelle romane du XIe siècle, la chapelle Saint Pierre ou Sainte Guitte. Le château, visible de tous, permettait de contrôler les voies de communication majeures que sont le Rhône et l’axe Lyon-Arles. Sa position, aux marges des royaumes de Bourgogne et de Provence, à la croisée des chemins de puissants évêchés, se trouvait éloignée du centre politique de l’Empire Germanique (Rhénanie, Alsace) et favorisait l’autonomie et très tôt les Adhémar montrèrent une  volonté d’indépendance, indépendance qui fut confirmée en 1164.

Un chroniqueur de la troisième croisade mentionne la prise de Montélimar par Richard Cœur de Lion et la destruction de ses fortifications, peut-être des palissades de bois, murs de pisé, fossés en eau et levées de terres couvertes d’épineux.

A la fin du XIIe siècle, Giraud Adhémar fait construire un palais. Il présente alors des caractéristiques exceptionnelles pour l’époque, d’une résidence de plaisance, dont la disposition nécessitait un accompagnement de caractère défensif. C’est un corps de logis au décor prestigieux qui s’élève sur deux étages au milieu d’une cour. L’avant-cour de ce logis abrite un escalier monumental surmonté d’une loggia desservant la salle basse. On y trouve aussi une salle haute qui selon l’usage médiéval permet au seigneur de manger, dormir, recevoir et exercer son pouvoir aristocratique. Cette salle est pourvue de grandes baies à coussièges contigües avec les grandes baies de la loggia. Les baies, de style roman avec des arcs bicolores et ornées de colonnettes sculptées, offraient aux seigneurs une vue imprenable sur la vallée du Rhône mais aussi, ils pouvaient être vus de tous. 

Ce palais est ainsi le symbole des leurs prétentions: on y reçoit l’empereur lui-même, Frédéric Ier « Barberousse » en 1178 et des diplômes impériaux y sont signés. En 1198, Deux frères Adhémar, Giraud et Lambert, coseigneurs de Montélimar, signent une charte de franchise promettant aux habitants une exemption d’impôt et plus de libertés afin de favoriser le commerce. L’inscription, gravée dans le marbre, nous est parvenue entière. Seuls les sceaux des seigneurs ont disparu.

Les habitants pouvaient entre autre organiser en partie la vie municipale. En 1228 ; ils étaient organisés en commune représentée par un  « agent » ou « syndic ». En 1285, une charte de leurs seigneurs leur permettait de choisir six d’entre eux qui étaient investis de certains droits. On leur donnera plus tard le titre de consuls et de conseillers. Montélimar possédait donc l’organisation consulaire des villes méridionales avec des consuls nommés souvent parmi les familles nobles de la région qui possédaient une ou des habitations dans la ville.

Au XIIIe siècle, le site des châteaux ne cesse de se fortifier au gré des vicissitudes de l’histoire. Une partie de la ville (1/4 au XIVe siècle) appartenait aux descendants de Lambert, les Adhémar de Monteil, seigneurs de la Garde (Adhémar). Le reste était sous la suzeraineté des descendants de Giraud, les Adhémar de Monteil, seigneurs de Rochemaure, remplacés à partir de 1374 par les Adhémar de Monteil, seigneurs de Grignan, aussi issus de Giraud Adhémar.

Le château est renforcé  avec l’ajout d’une tour carrée et d’une enceinte.  La tour carrée s’élève face à la tour de Narbonne, bientôt intégrée dans un rempart surmonté d’un chemin de ronde.  La tour de Narbonne, elle, fait partie du deuxième château dont elle est le seul vestige. C’est une construction massive de 12 mètres sur 14 mètres et de 24 mètres de hauteur, dont les murs ont par endroit plus de 2 mètres d’épaisseur. Au contraire du château des Adhémar, cette tour, un donjon, était ingénieusement disposée comme un réduit défensif permettant de se retrancher d’un niveau à l’autre.  Sa hauteur actuelle provient sans doute d’une surélévation à la fin du XIIIe début du XIVe siècle.  

Ce château fut édifié après le partage de la seigneurie entre les deux frères, qui ne sont pas vassaux des mêmes suzerains. Lambert, branche des Adhémar de la Garde, avait pour suzerain le comte de Valentinois, quand Giraud (branche de Rochemaure) prêtait allégeance à l’évêque de Valence (et de Die). Or l’évêque et le comte étaient souvent en guerre et les vassaux devaient prendre parti pour leur suzerain…

De ces rivalités dans les conflits qui secouent la région au début du XIIIe siècle- croisade contre les Albigeois aux dépens des comtes de Toulouse, possessionnés dans toute la région-vont naitre les fortifications.

Au XIVe siècle, on assiste à un chassé-croisé d’hommages et à une multiplication des actes, sans parler des querelles de famille à propos des testaments. Les consuls essaient vainement d’unifier la seigneurie en tentant de se placer sous la haute suzeraineté des Papes d’Avignon, tous proches, qui convoitent la ville. De 1340 à 1383, les divers droits sur le château et la ville sont rachetés par la Papauté. Le château des Adhémar devient pour un temps le château des Papes.

 La ville, au XIII-XIVe siècle, est à ce moment-là,  divisée en deux paroisses, Saint Pierre et Sainte Croix.

De nombreux autres lieux de culte étaient disséminés sur le territoire montilien. Onze sont nommés en 1183, appartenant tous à l’abbaye lyonnaise de l’Ile Barbe. Notre Dame d’Aygu, disparue aujourd’hui, était la plus importante. A ce nombre s’ajouteront au XIIIe siècle les posséssions des Templiers et des Chevaliers de l’Hopital de Saint Jean de Jerusalem. La fondation du couvent de l’ordre mendiant des Cordeliers remonte aussi à cette époque.

A la fin du XIVe siècle, les comptes consulaires font état de la vétusté des fortifications que la ville s’emploie à réparer. Cette réfection coûte cher et pose de nombreux problèmes aux consuls. Ce qui fut rénové entre le dernier quart du XIVe siècle et le premier quart du XVe siècle est encore aisément reconnaissable dans le tracé actuel de l’urbanisme montilien.

En 1385, l’espace laissé libre entre les deux châteaux est comblé par une courtine qui achève de clore la ville. La tour munie d’un pont levis est aménagée plus tardivement  en 1426 dans cette portion de mur.

C’est également au XIVe siècle (1346-1387) que l’on connait un monnayage varié portant les noms de Gaucher puis Hugues Adhémar. Ces deux personnages sont de la lignée des Adhémar de la Garde et possédaient un château dans la partie basse de la ville, près des remparts. Le droit de frapper monnaie, attribué seulement aux familles ou aux prélats les plus puissants pourrait avoir été attribué par l’empereur germanique Charles IV à Gaucher, alors officier à sa cour. Les valeurs sont variées puisque l’on trouve aussi bien des florins d’or que des monnaies d’argent de valeur moyennes, comme le sol couronnat, ou des monnaies faibles comme le denier fabriquées souvent dans un alliage d’argent et de cuivre, le billon.

La ville de Montélimar et ses châteaux passent finalement en 1447 au Dauphin de France, qui depuis 1349, était l’apanage du fils ainé du roi de France, et enfin au roi de France en 1449.

Au XVIe siècle, pendant les guerres de religion, la ville subit plusieurs sièges. Lors du siège de 1570, Les habitants, abrités derrière l’enceinte de la ville, résistèrent avec acharnement contre les Protestants. La population montilienne se battit héroïquement, aussi bien hommes que femmes. La légende s’est emparée d’un personnage féminin qui incarne le courage de celles qui luttèrent avec courage contre l’assaillant : Margot Delaye…qui inspira au XIXe siècle de nombreux peintres et poètes.

Montélimar passa tout de même aux Protestants jusqu’en 1622. A partir de 1588, le duc de Lesdiguières, chef des protestants du Dauphiné, ordonne la construction d’une citadelle. Celle-ci, pourvue de quatre bastions modifie considérablement la topographie du site. L’ensemble castral médiéval est alors incorporé au système défensif et transformé en une citadelle au goût du jour.

L’Eglise réformée occupa différents lieux de culte à partir de 1560. On occupa au début des lieux préexistants puis on en construisit de nouveaux. Parmi ceux-ci, le plus important fut commencé en 1599 sur l’emplacement de l’église ruinée des Templiers, Notre Dame du Temple. On le démolit en 1684, avant la Révocation de l’Edit de Nantes. La place du Temple l’a remplacé. Il faudra attendre 1802 pour que le Temple Réformé soit installé dans une ancienne église des religieuses Ursulines.

 L’état-major royal s’y établit dans le château de 1622 à 1788.

Le château est transformé en prison à la Révolution dès 1791. Il y reçoit les prévenus et les courtes peines. Au rez-de -chaussée du logis, des graffitis des anciennes cellules témoignent des fonctions carcérales qui ont perduré jusqu’en 1926.

Les remparts médiévaux et les portes furent démolis vers 1837-1840 afin de créer de grands boulevards et faciliter les entrées dans la ville. Le plan cadastral napoléonien de 1811 en mentionne les principaux éléments détruits. Les noms des principales portes de la ville étaient la porte de l’Aygu, de Saint Gaucher, de Saint Martin, du Fust, de la Porte Neuve. Il existait au moins cinq autres portes : la porte de la Vilette, au débouché de la rue R. Daujat, celle de Vinouse au bout de la rue des Quatre Alliances. La porte de Buriane devait se trouver vers l’angle que faisait le rempart à l’est de la porte du Fust, avant d’escalader la colline en direction du château. Quant à la porte de Tournelle, elle devait se situer « l’Est, en dessous de Narbonne ». Seule la porte Saint Martin, reconstruite en 1763,  a survécu aux démolitions.

Le classement au titre de Monuments historiques date de 1889 pour le château des Adémar et de 1939 pour la tour de Narbonne et la courtine urbaine. Après son acquisition par le département de la Drôme, le site a fait l’objet de nombreuses campagnes de restauration menées par les Architectes en Chef des Monuments Historiques avec des entreprises spécialisées qui ont permis, au-delà des transformations, des adjonctions et des aberrations de toutes natures, de redécouvrir ce qu’avait été la splendeur et la fonction première du château des Adhémar, un logis prestigieux et une forteresse de cette puissante famille de Montélimar, seigneurs également de Rochemaure, de la Garde Adhémar et de Grignan, pour ne parler que des principaux lieux où ils se sont illustrés. 

Le site a été ouvert au public en 1983 et sert entre autre d’écrin à des spectacles, rencontres, concerts et expositions d’Art.


Sources:

- Montelimar, le château des Adhémar, plaquette historique de 1983 (Christian Trezin, Francesco Flavigny, Michèle Bois et Florence Moquet)


Photos:

-Jimre (2016)

Posté le 06-11-2016 10:31 par Jimre


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