Anthon

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Anthon

Nous vous proposons un article co-écrit avec Gilbert Petit, historien local, dont la famille habite Anthon depuis trois générations et qui nous a fait la gentillesse de nous inviter à visiter le village ainsi que les lieux de la bataille d’Anthon. Nous avons pu ainsi acquérir un peu de ses nombreuses connaissances du « terrain », fortes de 40 années passées à accumuler des données et des anecdotes sur Anthon et sa région.


Anthon

Anthon est un village situé en Isère, à la frontière Rhône-Isère, sur la rive gauche du Rhône, au confluent de l’Ain et du Rhône, sur la route qui mène à Pont de Chéruy. Si le village est aujourd’hui dans la périphérie de Lyon, sa situation particulière ne pouvait manquer de laisser des traces dans l’histoire.

Petite précision en préambule, le château que l’on peut voir aujourd’hui n’a pas été construit à l’emplacement de l’ancien château. Il a été construit vers 1760 puis partiellement brûlé à la Révolution.

On a trouvé de nombreuses traces du passé d’Anthon dans le village et les alentours du village : tombes celtes et vestiges romains. Les Allobroges se sont installés au Ve siècle avant JC sur un territoire délimité par le Rhône, la Bourbre et l’Ozon, donc ils ont occupé le site d’Anthon.

Il n’est qu’à voir la sculpture, qui a trouvé sa place sur une façade, avant la descente qui mène au port. Elle a souffert de dégradations, l’effigie a été détériorée, mais elle porte le nom de Claudius, empereur romain né à Lyon.

Comme de nombreux lieux en France, le « brouillard » des premiers temps du Moyen Âge a masqué l’histoire du village dont on ne retrouve la trace que dans une charte de 1056, qui attribue la construction de château à Guichard 1er d’Anthon. 

Par contre, on peut retrouver par la généalogie les nombreuses traces du passé glorieux d’Anthon. Gilbert Petit nous a transmis un lien sur le site Geneanet.org, où l’on peut voir une partie des nombreuses possessions des Anthon, qui possédaient des terres de part et d’autre du Rhône, Pérouges, Fallavier, Gourdans, St Pierre de Gourdans. 

L’emblème de la famille d’Anthon : un dragon à tête humaine sur gueules, se retrouve d’ailleurs sur le fronton de la tour de guet de Pérouges.

Les mariages contractés avec les plus prestigieuses familles du royaume ont considérablement agrandi la seigneurie qui s’étendait de Pérouges au Nord à Fallavier au Sud. Hugues de Genève, connu pour avoir participé à la bataille de Varey était seigneur d’Anthon et de Varey, seigneur de Cruseilles et de Rumilly, seigneur de Branges et de Gex, de Genève…

La seule représentation visuelle du château d’Anthon qui ait traversé presque 600 ans d’histoire, se trouve aujourd’hui sur les murs de l’église de St Pierre de Gourdans, sur la rive droite du Rhône, dans l’Ain, témoignant du riche passé d’Anthon, qui dominait alors la région. Cette fresque corrobore parfaitement les recherches topologiques de Gilbert Petit. On y voit en effet toute l’étendue du Château-fort d’Anthon. L’église et la les fresques (début du XVème) sont actuellement en cours de restauration, ce qui nous a privé de pouvoir les admirer lors de notre visite. 

Cette fresque montre que l’ancien château était construit de part et d’autre du talweg qui mène au port fluvial d’Anthon. Des repérages topologiques menés par Gilbert Petit ont établi que les deux sites, séparés par le talweg, étaient entourés d’un rempart sur le Rhône long de 375 mètres. Cette longueur en ferait donc un des plus importants sites médiévaux de France...

On retrouve de nombreuses structures de l’ancien château dont des tours carrées, caractéristiques de la construction des châteaux-forts, avant le XIIe siècle, ou des parties du rempart appelé vingtain, du nom de l’impôt qui représentait le vingtième des récoltes, prélevé sur la population pour construire le rempart qui entourait le village.

Lors de notre visite nous avons pu accéder à la propriété de Mr et Mme Larger, qui se trouve sur la partie Est de l’ancien château. On peut y voir des restes des remparts, les fondations d’une tour carrée défendant l’entrée du château, l’ancienne église romane du XIIe siècle dont les fresques sont malheureusement effacées et une tour ronde appelée par erreur « le donjon » qui se trouve intégrée sur le rempart situé le long du Rhône. Nous pensions pouvoir voir cette tour en passant par le port fluvial. Malheureusement, nous n’avons pas pu voir beaucoup des restes de ce côté du rempart car il se trouve dans la végétation. De plus, des arbres sont tombés, entravant le chemin suivant le rempart, empêchant notre progression.

Concernant le talweg menant au port, on peut légitiment penser qu’il  était lui-aussi fortifié et protégé par une grande porte. Nous avons manqué de temps pour visiter la partie Ouest du château, séparée de la partie Est par le talweg mais on peut voir également voir de visu des restes dont le nom des rues témoigne du passé d’Anthon : 

- La rue du Truchet, signifiant « butte, colline » en patois local, on y trouve les restes d’une tour carrée

- La Montée de la Gaît , qui en vieux français signifie “guetter”, est le nom de la montée qui borde le tracé du château fort,  au point culminant d’Anthon. La carte IGN ci-dessous, capturée sur le site Geoportail, corrobore également les relevés topologiques de Gilbert Petit avec les deux hauteurs séparées par le talweg correspondant à la rue du Port.


Position de l'ancien château d'Anthon


La bataille d’Anthon

Non loin du village d’Anthon, en se rendant à Janneyrias, on trouve sur la route départementale D517a un monument qui commémore la bataille dite d’Anthon. Pour la personne qui est déjà venue voir le monument, il est difficile de se faire une idée des lieux exacts de la bataille. Mais en compagnie de Gilbert Petit, qui nous a emmenés sur les lieux, nous avons pu visualiser, tant que faire se peut, les endroits marquants de la bataille proprement dite, qui s’est déroulée le 11 juin 1430, entre le lieu-dit La Léchère Merlan (du nom de la plante la Lèche qui pousse dans les marécages) et la ferme de la Batterie et la ferme Les Burlanchères, près de la source du ruisseau de la Serve.

C’est par cette ravine que les troupes de Louis de Chalon progressaient quand elles ont été surprises par les troupes dauphinoises, qui leur ont tendues un traquenard. 

Le relief, la tenue des chevaliers et le couvert végétal ont rendu la progression de cette troupe difficile, et participé à la panique éprouvée par cette troupe lorsque les dauphinois sont passés à l’attaque de leurs positions dominantes…

En reprenant la voiture pour nous rendre aux ruines de la maison forte de Malatrais, nous avons pu observer les lieux ou se trouvaient les Dauphinois avant l’attaque et voir le talweg qui marque le début de la ravine de la Serve. C’est par là que sont sortis les premiers Orangistes avant de subir les assauts des mercenaires de Rodrigo de Villandrando.


Consequences de cette bataille :

Il est utile de rappeler que cette bataille eut des conséquences importantes et méconnues sur la destinée du Royaume de France. Car non seulement la victoire des Lyonnais a permis au roi Charles VII de conserver Lyon et le Dauphiné, mais elle a mis également un coup d’arrêt aux prétentions du Duc de Bourgogne (Philippe III le Bon – traité d’Arras) et surtout celles des Anglais sur le royaume de France. Après cette bataille, le Duc et le Prince d’Orange ont en effet prêté allégeance au roi Charles et le Duc s’est départi de ses alliés Anglais. Les historiens du XIXème ont beaucoup insisté (à raison) sur le rôle de Jeanne d’Arc, mais ont complétement laissé dans l’ombre cette importante bataille. Que serait-il advenu de la France si le prince d’Orange n’avait pas perdu la bataille d’Anthon ?


Pour en savoir plus sur Anthon :

- Livre de Mr Petit : "C’ETAIT HIER A ANTHON", édité chez "Lorisse, le livre d’histoire", au prix de 26 euros - contacter Mme Virginie Beaufils au 03 23 20 26 37. On peut voir le résumé qu’a fait l’éditeur de cet ouvrage, sur le site internet ci-joint : https://www.histoire-locale.fr/livre/ANTHON-2329.html

- Des liens vers d’autres sites que nous a envoyés Gilbert Petit parlent de l’église de St Maurice de Gourdans et des fresques en cours de restauration :

https://monumentum.fr/eglise-saint-maurice-pa00116559.html       

https://www.lofficiel.net/eglise-de-saint-maurice-de-gourdans_8_7566.aspx 

https://www.bugeycotiere.fr/52342/des-fresques-du-xveme-siecle-devoilent-leurs-secrets/


Pour compléter vos connaissances sur la bataille :

- Des liens vers d’autres sites que nous a envoyés Gilbert Petit : 

• Site mrugala.net avec la carte de la Bataille  et l’histoire de la bataille d’Anthon

• Site du Musée Militaire de Lyon 

 Site histoireeurope.fr 

- Notre article sur la bataille visible au niveau de Pusignan, autre lieu de combat qui a précédé la bataille et une précision de Gilbert Petit concernant le château de Pusignan : après la bataille d’Anthon, ce château fut donné par Charles VII à Rodrigo de Villandrando en récompense de ses services, car la châtelaine Alix de Varax avait pris le parti du prince d’Orange. Il fut anobli et nommé écuyer du roy Charles VII. Il ne resta à Pusignan qu’une seule année, préférant retourner en Espagne, au secours de Jean II de Castille dont le siège trône était menacé.  Victorieux, il fut fait comte de Ribadeo et comme la victoire avait eu lieu le jour de l’Epiphanie, il eut le privilège d’être invité à la table du roi toutes les années à cette date. Ses descendants ont d’ailleurs encore de nos jours l’honneur de partager le repas du roi d’Espagne le jour de l’Epiphanie. Incroyable mais vrai !!

- Nos photos de Colombier Saugnieu avec les restes de la tour maitresse dont la reddition, la veille de la bataille, a permis aux dauphinois de ne pas être pris en tenaille.

- Un lien trouvé sur Persée concernant Rodrigo de Villandrando

- Histoire du site de Janneyrias sur Wikipedia


Photos :

- Gilbert Petit (2020)

- Jimre (2020)

Posté le 03-10-2020 22:41 par Jimre