Bagnols

Cliquer ici pour accéder aux photos liées au chateau

Retour à la liste des châteaux du département "Rhône"

BAGNOLS

Retranscription de deux articles trouvés sur le site de Bagnols

Ne manquez pas d'aller y surfer car il y a pleins d'autres informations intéressantes.

Depuis sa construction au XIIIème siècle, le Château a vu 32 propriétaires.

L’histoire du Château de Bagnols est étroitement liée au rayonnement de la ville de Lyon à l’époque de la Renaissance. Le château a traversé quatre périodes distinctes :

L’ère médiévale tout d’abord.

Une forteresse défensive fut érigée de 1217 à 1221 par Guichard d’Oingt, allié de l’archevêque de Lyon (Renaud du Forez).

Guichard d’Oingt dût lui emprunter de fortes sommes et gager en conséquence une bonne partie de ses biens, après avoir également acquis le château de Châtillon d'Azergues. Les trois tours rondes originales reliées par des murailles épaisses sont entourées de douves profondes. Les déblais qu’elles génèreront seront utilisés pour surélever une terrasse orientée au sud à partir de laquelle toute la vallée alentour pourra être surveillée. La Basse-Cour permettra d’offrir un refuge aux villageois lors des assauts ennemis.

Après la Guerre de Cent Ans, période lors de laquelle le Château demeura la possession des familles royalistes d’Albon et de Balzac, les Médicis arrivèrent à Lyon. Ils contribuèrent dès 1446 à faire de Lyon la capitale commerciale et bancaire de la France. Vers la fin du siècle, la prospérité pacifique de la ville l’avait conduite à rayonner tant sur le plan culturel qu’artistique. Pendant ce temps, à Bagnols, on perçait des ouvertures à tir dans la tour nord, et l’on agrémentait les appartements résidentiels de peintures murales, dont l’une, imitant une tente, a survécu jusqu’à nos jours.

Rauffec II fait ériger la tour nord, percée d'archères canonnières et dont la structure en fer à cheval renforce les défenses du château.

Un propriétaire de Bagnols devint l’image de la nouvelle identité lyonnaise, Geoffroy de Balzac, homme cultivé, conseiller et chambellan de Charles VIII. La visite royale de Charles VIII est commémorée dans la Salle des Gardes (aujourd’hui restaurant).

Une cheminée est érigée dans la Salle des Gardes située au rez-de-chaussée. C'est une cheminée gothique monumentale, parmi les plus belles de France, et réputée pour être la plus grande du pays. On peut toujours admirer (en dépit des restaurations discutables effectuées à la fin du XIXè siècle), l'écu de France qui figure au-dessus de la monumentale cheminée gothique, qui est décorée de musiciens, d’anges porteurs d’armoiries et de frises de feuillage retenues par des gueules de monstres.

Geoffroy construit également le pont levis à flèche qui est situé sur la façade Est et qui sera embelli plus tard, au XVIIè siècle, par un portail à bossage. Geoffroy épousa la fille de Jean Léviste, magistrat lyonnais, qui fit réaliser la série des tapisseries de la « Dame à la Licorne » actuellement présentée au musée de Cluny à Paris. Avant de mourir en 1509, Geoffroy fit reconstruire la Basse-Cour et ceinturer le jardin d’un mur ponctué de petites tours décoratives. La paix ayant généré la confiance, il fit percer de grandes fenêtres dans les murs extérieurs du château et ajourer la cour intérieure de fenêtres à meneaux.

La Renaissance fait à Bagnols figure de seconde et glorieuse époque. L’industrie et le commerce lyonnais, en particulier dans le domaine de la soie, avaient conféré à la ville une position illustre dans l’Europe de la Renaissance. D’énormes fortunes furent constituées et les marchands fraîchement enrichis et anoblis, nouveaux aristocrates du commerce, entreprirent l’acquisition des terres appartenant aux seigneurs du Moyen-âge sur le déclin.

L’un de ces marchands, Jean Camus, importateur bourguignon d’amandes, de riz et autres denrées devint un des plus importants notables lyonnais. Il contribua au développement de l’industrie de la soie, devint conseiller et secrétaire du roi, et épousa une jeune fille lyonnaise issue d’une famille aristocratique de vieille souche. Jean fit l’acquisition de Bagnols en 1566, et ce faisant, devint le premier des trois générations de Camus qui devaient y vivre. Ils lui ajoutèrent des défenses – le porche et son pont-levis, la herse et l’imposante porte principale ceinte d’une plate bande à extrados en escalier.

Ils dotèrent également le Grand Salon d’un plafond soutenu par des consoles sculptées. C’est à la famille Dugué sur trois générations, qu’il revint d’octroyer à Bagnols ses plus grandes splendeurs, de 1619 à 1711. Gaspard Dugué, nommé Trésorier de France en 1614 voua une partie de sa fortune grandissante à l’achat du château, des cinq villages voisins, et de la rente en « avoine, froment, seigle, orge, huile, poulets, poules et cailles ainsi que les droits et devoirs seigneuriaux ».

Gaspard Dugué fut le premier propriétaire de Bagnols à l’ériger en demeure principale, et le bâti bénéficia largement de cette préférence. Bagnols devint alors une demeure aristocratique, à tout juste une journée de cheval de Lyon, idéale pour les vacances et la célébration des grands évènements.

De nombreux changements s’imposaient. Un pont fixe à l’entrée Est fut construit, de sorte que les carrosses puissent entrer dans la cour intérieure et déposer leurs passagers sous la loggia voûtée (désormais la cuisine). A l’intérieur, les grandes salles furent réorganisées et dotées d’antichambres et de cabinets, accessibles par un escalier. Un escalier d’honneur menait aux pièces dévolues aux cérémonies. Une arcade à l’italienne ajoutée au premier étage ouvrait sur la cour. Les pièces étaient décorées avec faste : peintures murales, lits tendus de taffetas, serge passementée et broderies, meublées de tables en noyer et de commodes. En hiver, les murs étaient tendus de tapisseries des Flandres, de Rouen ou Bergame, et des feux étaient allumés dans l’âtre.

Les peintures murales désormais célèbres sont les plus importantes et d’une qualité inégalée dans un château provincial français. Avec les quelques autres exemplaires qui survivent dans la région, ils témoignent de l’existence d’une école lyonnaise spécifique, inspirée par les industries textiles de la ville, connue sous le nom de « Grande Fabrique de Lyon », dont les velours, soieries et damas surpassaient ceux en provenance d’Italie ou d’Orient.

Des peintures de même facture créées à Grigny pour la famille de Merle, amie des Dugué, suggèrent que les artisans lyonnais œuvraient en qualité de décorateurs itinérants. Ils travaillaient avec célérité, tirant directement leur inspiration des derniers motifs des tissus lyonnais qu’ils mêlaient à des influences Renaissance extraites d’ouvrages sur les estampes.

A Bagnols, la plupart des salles sont décorées de couleurs vives et motifs légers provenant de la Grande Fabrique de Lyon. Les peintres dotèrent par exemple « L’Appartement aux Bouquets » de murs d’un tendre abricot ponctué de semis et bouquets de fleurs. Encadré de colonnes autour desquelles s’enroulent des pampres, l’ensemble de cette création représente une terrasse à colonnes ouvrant sur un paysage parsemé de fleurs. Dans l’appartement « Geoffroy de Balzac », les grotesques présentés en frises sont d’inspiration italienne, avec des cartouches, arabesques et singes grimaçant dans des miroirs. Une salle du second étage, à l’origine chapelle familiale, offre des arcades en trompe-l’œil mettant en scène la vie de Saint Hierosme. Y figurent également les armoiries des Dugué.

La troisième période du château s’ouvrit en 1711 par son acquisition par Joseph-Barthélémy Hessler, jeune homme de 35 ans originaire de Francfort venu s’établir à Lyon. Prodigue de son argent tant pour l’entretien que la décoration du château (dix ans seront nécessaires à la réfection des toitures), il fit détruire certaines fortifications désormais inutiles et le dota d’une glacière, d’un jardin régulier surplombé d’une grande terrasse. A l’intérieur, la Salle des gardes fut décorée de colonnes en trompe-l’œil encadrant les quatre saisons avec palmettes et coquilles rayonnantes, dans les tons pâles en vogue au 18ème siècle.

En 1796 lorsque le sieur Claude-Marie Chavanis devient propriétaire, la décoration du château comportera alors des papiers peints Empire qui imitent de larges draperies et que l'on peut maintenant admirer dans une pièce restaurée en 1996.

L’achèvement du siècle vit décliner la gloire de Bagnols. Ses propriétaires manifestèrent peu d’intérêt pour le château et le morcellement de ses terres réduisit son revenu. Lors d’un bref sursaut, le Grand Salon fut décoré de cartouches en trompe-l’œil et d’illustrations des Métamorphoses d’Ovide, tandis que le Salon de Chasse adjacent fut peint d’une scène de chasse en forêt inspirée de gravures datant de la fin du 16ème siècle.

Bagnols s’assoupit alors lentement pendant deux siècles. Le château devint exploitation agricole et la Basse-Cour fut partiellement détruite au profit de l’immense cuvage.

A la mort de Claude-Marie Chavanis, en 1820, son fils Jean-François Auguste prend la relève jusqu'en 1872. Il transforme le jardin d'agrément en vignes et potager, fait boucher de nombreuses fenêtres, construire le cuvage et le belvédère pour surveiller les vignes et transforme la Salle des Gardes en entrepôt.

C'est autour de 1900 que Joseph Boutechoux de Chavanes fait restaurer la cheminée du XVe siècle par l'architecte Benoît. En 1940, le château de Bagnols abrite les trésors de la cathédrale Saint Jean et nombre d'oeuvres de musée dont celles du Palais Saint-Pierre. Le château, négligé et tenu à l'abandon, tombe doucement en ruine jusqu'à ce que M. Roche qui achète le château aux descendants de Madame Boutechoux de Chavanes, le revende à Paul et Helen Hamlyn, grands éditeurs de nationalité anglaise.

En 1987, Lady et Lord Hamlyn découvrirent le château, sublime bâtiment triste aux toits percés et murs lézardés, aux plantes exubérantes, hébergeant dans l’une de ses tours une famille de corbeaux. Il était néanmoins classé Monument Historique, et protégé par l’Etat français pour son importance historique et architecturale.

C’est alors que le Château, renaissant de ses cendres, entra dans sa 4ème période.

Les propriétaires, forts d’une belle d’énergie et d’une indéniable inspiration, le ramenèrent à sa splendeur d’antan. Plus de 400 entrepreneurs et artisans relevèrent le défi durant 4 ans tandis que des centaines d’articles, commandés spécialement dans le monde entier, vinrent compléter la collection privée d’antiquités qui garnissaient le Château. Ainsi, Raynaud, fabricant historique de porcelaine à Limoges créa la porcelaine blanche aux armoiries bleues tandis qu’Hartzviller, en Alsace, réalisa des copies de verres du 18ème siècle. Liddell, vieille entreprise Irlandaise, confectionna le linge de table. Le Lyonnais Prelle créa la soie dont on recouvrit les chaises de la salle à manger.

Une atmosphère de sérénité, d’élégance et de luxe se dégage de ce lieu magique, pourvu cependant de tous les aménagements modernes.

Bagnols aurait aisément pu disparaître mais, fort d’un nouveau souffle, il ouvre ses portes à ceux qui souhaitent vivre une expérience unique dans l’un des plus beaux châteaux-hôtels de France.


D'OINGT ET D'ALBON

A deux reprises, la famille d’Albon a contracté un double mariage, c’est-à-dire que deux de ses fils ont épousé deux sœurs. Ces mariages ont marqué un tournant dans l’histoire familiale : ils ont été le fondement de leur fortune et de leur ascension au sein de la noblesse. Le premier est une union avec la famille d’Oingt vers 1288, le second est une alliance avec la maison de La Palisse en 1437.

A la fin du XIIIe siècle, Gui et Guillaume d’Albon épousent Marguerite et Eléonore d’Oingt, filles d’Etienne d’Oingt († avant 1284), seigneur de Châtillon-d’Azergues, de Bagnols, de Saint-Forgeux et de Saint-Romain-de-Popey, et d’Arthaude de Roussillon. Le mariage a lieu entre la fin de l’année 1288 et le début de 1289. En effet, on sait que, par un acte du 28 décembre 1288, Marguerite et Eléonore apportent en dot à leurs futurs époux « les terres et seigneuries de Châtillon-d’Azergues, Saint-Forgeux et Saint-Romain-de-Popey, et en général tous les biens provenant de l’héritage de leur père ». Puis, dès le 2 février 1289 (n. st.), les deux frères d’Albon « font hommage à l’archevêque de Lyon de la seigneurie de Bagnols » qu’ils détiennent du chef de leurs épouses . Leur mariage prend donc place entre ces deux dates sans que l’on ait pour l’instant plus de précisions. Néanmoins, là n’est pas le plus important.

Cette alliance matrimoniale est, sans doute, avant tout, un des rouages de la politique d’André d’Albon, père de Gui et de Guillaume, afin de permettre à sa descendance d’accéder à la noblesse. Or, la famille d’Oingt est au XIIIe siècle l’une des plus anciennes et des plus puissantes familles de la noblesse du Lyonnais. Alors, une alliance matrimoniale avec eux permettrait aux d’Albon de faire un pas de géant dans leur agrégation à la noblesse. Comme beaucoup de familles nobles au XIIIe siècle, la famille d’Oingt connaît de grandes difficultés financières. Ces problèmes sont généralement la conséquence de revenus souvent modestes, voire médiocres, alors que les dépenses à effectuer afin de maintenir rang et prestige sont très importantes . Ainsi, Etienne d’Oingt, à l’instar de son père Guichard III, n’a pas une situation financière des plus aisée, si bien qu’il est obligé de vendre plusieurs de ses terres. Il vend notamment à l’abbaye de Savigny ce qu’il possédait à l’Arbresle et à Saint-Bel. Ce mariage est donc un bon moyen pour les d’Albon de récupérer quelques terres et seigneuries nobles.

Même si la famille manque régulièrement d’argent, elle n’en garde pas moins son prestige : Etienne d’Oingt n’épouse-t-il pas une fille de la très ancienne et très prestigieuse famille dauphinoise de Roussillon ? L’épouse d’Etienne d’Oingt, Artaude de Roussillon, est née de l’union d’Arthaud IV († v. 1270), seigneur de Roussillon et d’Annonay, et d’Artaude de Forez. Elle est également la sœur d’Aymar de Roussillon († 1282) qui détient le siège archiépiscopal lyonnais de 1274 à 1282.

Or, il semblerait que les Roussillon jouent un rôle non négligeable dans l’union matrimoniale qui nous concerne. En effet, Etienne d’Oingt est décédé vers 1284 . Dès décembre 1284, ses cinq filles abandonnent leurs droits sur Châtillon d’Azergues, Bagnols, Saint-Forgeux et Saint-Romain-de-Popey à leur cousin germain, Arthaud V, seigneur de Roussillon et d’Annonay . Celui-ci devient alors leur protecteur. De plus, l’un des fils d’Etienne d’Oingt et d’Artaude de Roussillon, Gillet fait de même l’année suivante . Il y a donc de fortes probabilités pour que le mariage de Marguerite et d’Eléonore d’Oingt avec les d’Albon ait été arrangé entre les Roussillon et André d’Albon, qui, un temps, fut le protégé d’Aymar de Roussillon, archevêque de Lyon . D’autant qu’Arthaud de Roussillon, sans présager de sa noblesse d’âme, renonce assez aisément, à l’occasion de ce mariage, à la donation faite par ses cousines, et ce, dans un acte en date du 28 décembre 1288 . Ajoutons que, pour parfaire le tout, André d’Albon passe un accord avec Guiburge d’Oingt, sœur de Marguerite et d’Eléonore, et son époux, Guy, seigneur de Saint-Symphorien, le 5 mars 1289 (n. st.). Ceux-ci renoncent à leurs droits sur l’héritage d’Etienne d’Oingt, et ce, en faveur de Marguerite et d’Eléonore. En contrepartie, André d’Albon doit leur payer 200 livres.

C’est ainsi que les terres de Saint-Forgeux, de Châtillon-d’Azergues, de Bagnols et de Saint-Romain-de-Popey entrent dans le patrimoine foncier de la famille d’Albon. Dans un premier temps, Guy et Guillaume d’Albon, du chef de leur épouse, sont coseigneurs de ces quatre terres. D’ailleurs, à deux reprises, ensemble, ils font hommage à l’archevêque de Lyon pour leur seigneurie de Bagnols : la première fois le 2 février 1289 (n. st.) et la seconde le 9 mai 1290 . Plus tard, les deux frères d’Albon décident de se répartir les quatre seigneuries. L’aîné, Guy garde Saint-Forgeux et Saint-Romain-de-Popey, seigneuries qui sont voisines. Il cède, en échange, à son cadet Guillaume d’Albon, ses droits sur Bagnols et sur Châtillon-d’Azergues . Guillaume d’Albon et sa descendance deviennent alors seigneurs de Bagnols et coseigneurs de Châtillon . Ce partage de l’héritage d’Etienne d’Oingt évite une trop grande dispersion des terres, concentrant ainsi chaque branche de la famille sur un ensemble compact de seigneuries.


Photos:

-Jimre (2011)

Posté le 19-11-2011 18:41 par Jimre