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l'Île Barbe

Histoire de l'Ile Barbe:

Au milieu de la Saône, au-dessus de la ville de Lyon et à environ six kilomètres du pont suspendu de cette ville appelé de la Feuillée, entre le fort de Caluire et le bourg de Saint-Rambert, s'élève tout-à-coup un dur et large rocher donnant naissance à une île. Celle-ci, disait Claude Le Laboureur au XVIIe siècle, « dure autant ou peu plus que la roche, la rivière se réunissant  peu à peu, à mesure que la cause de la division cesse. »

Le site de l'Ile Barbe est le second verrou que force la Saône après celui de Rochetaillée. La longueur de l'île, du nord au midi, est de 565 mètres, et sa plus grande largeur de 125 mètres. L'île, qui a la forme d'un navire, est faite de granit comme les deux rives de cet endroit.  Sa figure, disait encore Le Laboureur, est celle « d'un navire eschoué  au milieu des ondes de notre fleuve », ou, si on veut, « d'un oye  à laquelle on auroit couppé le col». 

Le seul bras naviguable est rive gauche. Sur cette rive, le "Rocher de l'Île" s'avançait à l'origine redoutablement dans le fleuve, y créant le remous appelé "voulte" ou "volte" de la Saône. Ce rocher, lors des crues, dirigeait les flots vers la rive droite, ce qui provoquait les inondations du quartier de Vaise. Il fut réduit en plusieurs fois, notamment par Agrippa pour forer sa fameuse voie, Mathieu Rozier, entrepreneur de Louis XV, et enfin en 1868 lors de l'établissement du barrage en aval de l'ïle Barbe, élargissant la route de Trévoux et lui donnant son aspect actuel.

D'abord rocheuse, inculte, aride et déserte, cette île fut particulièrement distinguée de toute autre par son caractère rude et sauvage. De là le nom d'Insula barbara, Ile barbare, et par syncope Ile-Barbe, nom qu'elle a conservé à travers les âges, malgré le démenti que lui a donné l'heureuse transformation dont elle a été l'objet.

Par cette transformation, nous entendons l'établissement dans cette île d'une colonie religieuse, qui, après en avoir arraché les ronces et autres arbrisseaux sauvages, et fécondé le sol rocailleux, fit d'un si triste lieu une sorte de paradis terrestre.

Voici, en effet, ce qu'ont généralement admis les historiens de la ville de Lyon et ceux de l'Île Barbe. La cruauté de l'empereur Septime-Sévère, après sa victoire sur Albinus en 197, s'exerça sur Lyon qui avait pris parti pour le vaincu. Les chrétiens de Lyon,victimes eux aussi de la répression, furent contraints à se sauver où ils pouvaient et plusieurs, en cette fin de IIe siècle, début de IIIe siècle, se réfugièrent dans les buissons et broussailles de notre île. Ces  fugitifs arborèrent dans leur solitude l'étendard de la vie religieuse, et avec un tel succès, que bientôt un monastère y était construit avec un oratoire dédié à saint André et aux autres Apôtres.

En 377, saint Martin, se rendant de Tours à Vienne, séjourne plusieurs semaines à Vienne. En 400, l'instauration de la règle de saint Martin officialise cette fondation religieuse et cette date peut être considérée comme la véritable date de naissance de l'abbaye de l'Île Barbe

On a une liste des abbés qui gouvernèrent cette sainte maison jusqu'aux temps de saint Eucher, évoque de Lyon (435-440). On a même une lettre de cet évêque, où l'on voit quelle estime il avait pour Maxime, alors abbé de l'Île Barbe. L'abbaye était donc florissante au milieu du Ve siècle.

Pendant longtemps,  ses religieux s'étaient gouvernés, selon l'usage des moines d'Orient.

En 515, les moines de l'Ile Barbe contribuèrent à la fondation du monastère de Saint Maurice d'Agaune (Valais suisse).

En 526, la guerre entre les Burgondes et les Francs vaut à l'abbaye son premier pillage. Saint Loup, évêque de Lyon, y meurt en 542.

Mais déjà avant la mort de saint Benoît, arrivée en 543, la règle tracée par ce saint était suivie dans plusieurs monastères de France et de Bourgogne. Celui de l'Ile-Barbe l'adopta avant 640, année où il reçut de Clovis II des biens considérables.

En 650, le second pillage est la conséquence des démélés sanglants de l'affreux maire du Palais Ebroïn avec les évêques, dont celui d'Autun, Saint Leger, qui y trouve la mort.

On ne sait si on doit attribuer aux Sarrasins ou à des Wisigoths en déroute devant eux, le nouveau saccage de l'abbaye en 725-726. Cependant, elle fut restaurée et dédiée à saint Martin, évêque de Tours, par les soins de Leidrade, archevêque de Lyon , de 796 à 814.

Charlemagne y séjourna et un des trésors de l'abbaye était le célèbre oliphant de Roland dont la famille des Monts d'Or se glorifiait de descendre. Le blason, "d'Hermine à la bande de gueules" rappelle d'ailleurs celui de la Bretagne.

Les moines de l'abbaye montraient régulièrement cet oliphant pendant les pélerinages, les grandes cérémonies et les grandes fêtes. Une coutume s'était en effet instaurée que la famille de Mont d'Or apporte le jour de l'Ascension cet oliphant célèbre pour l'exposer avec les autres reliques de l'abbaye. Cet oliphant, d'abord conservé dans leur château de Curis, fut finalement donné à l'abbaye moyennant, ce même jour de l'Ascension, deux poignées des offrandes des fidèles sur l'autel de Notre Dame.

Puis, Louis-le-Débonnaire en 816, Lothaire Ier, Charles, roi de Provence en 860, Conrad-le-Pacifique en 971, Achard évêque de Chalon en 1070, et beaucoup d'autres favorisèrent l'Ile-Barbe. 

L'Ile Barbe, tout comme l'abbaye d'Ainay et celle de Savigny eut à subir les ravages de hordes de Hongrois qui au Xe siècle pénétrèrent jusque dans la région et pillèrent de nombreux biens de l'Eglise, grâce à leurs chevaux qui leur permettaient de traverser des rivières mêmes profondes.

 En 978, les terres du Chapitre de Saint Jean aux environs des Monts d'Or sont répertoriées par un certain Ansterius, sous l'episcopat de Burchard Ier. Pour ce qui nous intéresse, à l'Ile Barbe appartiennent Caluire, Collonges au Mont d'Or, Rochetaillée sur Saône, Fleurieu et Vimy( Neuville sur Saône).

Les chanoines de Saint Jean possèdent eux les territoires des communes de Saint Cyr, Saint Didier, Limonest, Saint Romain, Couzon, Albigny, Curis, Saint Germain, Fontaines sur Saône, et pour partie Poleymieux et Chasselay, possessions largement majoritaires dans les Monts d'Or.

L'abbaye d'Ainay, quant à elle, possède Cuire et partage avec le Chapitre Poleymieux et Chasselay.

Aux XIe et XIIe siècl es, l'Ile Barbe était à son apogée et l'une des plus riches et des plus puissantes abbayes de France. Des princes et des personnages importants étaient ses vassaux. En effet, Elle possédait en effet de très nombreuses terres dans la région grâce à de nombreuses donations et acquisitions. Elle possédait de nombreux prieurés tant dans le diocèse de Lyon que dans le Dauphiné, le Forez, les Alpes et la Provence.

Son rayonnement spirituel était si grand et les pélerins si nombreux que l'Abbé Oger fit construire en 1070 l'eglise Notre Dame, hors de l'enceinte de l'abbaye, pour recevoir les pelerins.

Après plusieurs siècles de prospérité matérielle, la discipline s'y trouvait singulièrement relâchée, quand le pape Paul III crut devoir convertir les réguliers en chanoines séculiers. La bulle de sécularisation, donnée en 1549, fut fulminée en 1551.

En 1562, les Huguenots, conduits par le Baron des Adrets s'étant emparés de la ville de Lyon, envahirent l'Ile-Barbe, la pillèrent et l'incendièrent.

L'église et une chapelle dédiée à Notre-Dame-de-Grâce furent restaurées à la fin du XVIe siècle et dans les premières années du XVIIe. Puis, après la réunion de l'abbaye au chapitre de Saint-Jean, le cardinal de Tencin, devenu archevêque de Lyon en 1742, transporta dans la maison abbatiale le séminaire de Saint-Pothin.

Quand ce séminaire eut été supprimé, les comtes de Saint-Jean morcelèrent cette propriété et la louèrent à plusieurs particuliers. Enfin, en 1793, l'Ile-Barbe, divisée en 25 lots et estimée 26,226 livres, fut adjugée sur enchères au citoyen Perrussel, pour 166,000 livres. Dès lors, la plupart des anciennes constructions tombèrent sous le marteau des démolisseurs.

Cependant l'île, aujourd'hui dépendante de la commune de Saint-Rambert,  reste encore, par ses curiosités archéologiques, un des points les plus intéressants du Lyonnais.

La bibliothèque de l'abbaye comptait de nombreux manuscrits enluminés qui sont aujourd'hui conservés à la bibliothèqe municipale de Lyon. Les bas-reliefs du XIe siècle sont conservés sur place ou au Musée de Gadagne. Les restes de l'Abbatiale Saint Martin et Saint Loup comme les vestiges du bras sud du transept et les fresques de l'abside de la chapelle du chatelard témoignent également du rayonnement artistique de l'abbaye.

Témoignages architecturaux:


L'abbatiale Saint Martin-Saint Loup

Elle occupait le centre de l'Île. Contemporaine de celle d'Ainay, c'est à dire de la fin du XIe siècle-début du XIIe, elle était plus vaste qu'elle, à trois nefs, à collatéraux surmontés de tribunes, entièrement voûtée, avec un clocher de croisée carré très comparable. Elle a été démolie après la révolution et il n'enreste qu'une partie du mur de façade, et le mur terminal du croisillon sud du transept avec du côté intérieur deux arcatures superposées.

La Prévoté

Composée d'une maison carrée à deux étages fanquée de quatre pavillons tourelles à ses angles, elle semble dater du XVIe siècle.

Le Chatelard

Cette maison forte remontant aux XIe-XIIe siècles, fut la résidence du cellerier, sorte d'intendant de l'époque. Entourée d'une enceinte, elle servait de refuge aux moines en cas de danger imminent. ils pouvaient y attendre les secours de leurs vassaux. Elle abrita la bibliothèque de manuscrits dont certains auraient été donnés par Charlemagne au IXe siècle.

Le batiment, remanié au XVe siècle, possède une chapelle romane remarquable par ses fresques de style byzantin.

Notre Dame de Grâce

Le clocher est ce qui reste de cet édifice, le reste ayant été détruit à la Révolution. La partie ouest du cloître a été transformée en la chapelle actuelle.

La Dixmerie

L'abbaye était très riche grace aux nombreuses dîmes et il lui fallait un batiment pour y stocker tout ce qu'elle prélevait sur les productions des terres relevant de ses fiefs.

En 1529, d'ailleurs, les lyonnais souffrant de famine vinrent à l'Ile Barbe pour réclamer le blé contenu sur place

Le batiment d'origine, ayant été emporté par la grande crue de 1843, celui que nous pouvons voir date de 1854.

Sources:

- Vu dans un livre sur Gallica.com.

- "Mémoires de pierres abbaye de l'Ile Barbe".


Posté le 23-02-2009 20:46 par Jimre


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