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Le Fort de Buoux

Le château a été donné à la commune par son propriétaire en 1973 et le site classé aux Monuments Historiques en 1985.

Histoire

 

Situé dans le Lubéron, le Fort de Buoux se trouve au carrefour d'anciennes voies de communication.

Place forte idéale, née d'un caprice géologique et dominant ces voies, le lieu va devenir, au cours des âges, un des points si ce n'est  le point clé de la défense du Lubéron, le centre stratégique par excellence, susceptible de protéger le pays d'Apt contre d'éventuelles incursions venant de la Méditerranée par la Durance.

Une falaise accessible en trois points, ceinture un plateau incliné long de 460 mètres dont la plus grande largeur est de 80 mètres. Le dénivelé entre le point bas et le point haut est de 77 mètres, ce qui explique bien l'utilisation rationnelle du sol par les constructeurs successifs.

Au point de vue historique, il faut comme d'habitude se contenter du peu d'archives disponibles et faire confiance aux campagnes de fouilles à venir pour éclairer l'obscurité des siècles passés et donner des réponses au promeneur qui vient visiter ce site.

Du point de vue des archives donc, seuls les témoignages écrits d'Apt et de Vaucluse ont permis de réunir des miettes d'Histoire concernant le Fort.

De nombreuses grottes dont celle de la Baume, vaste abri sous roche, témoignent de la présence d'hommes préhistoriques.

A l'origine, le franchissement du Lubéron, véritable barrière culminant à 1125 mètres, séparant la vallée du Calavon de celle de la Durance, parait peu aisé. Seule l'entaille faite par le cours de l'Aiguebrun, permet, à première vue, une pénétration relativement facile, quoique non sans obstacles naturels. C'est la combe, dite de Lourmarin, qui sépare le Petit Lubéron du Grand Lubéron.

Reliant transversalement les voies antiques des Alpes au Rhône et parce que facilement défendable, elle sera très tôt utilisée aussi bien par les peuplades préromaines que par les Romains qui vont créer ou perfectionner un réseau de communication encore visible de nos jours, pour mettre en œuvre leur programme de conquête et d'expansion (voies aurélienne et domitienne).

Un des nombreux chemins était emprunté notamment au Moyen Age par les porteurs de sel  venus de l'étang de Berre.

Ces chemins d'accès difficile ne pouvaient la plupart de temps être fréquentés uniquement que par les mulets chargés de bats et par les cavaliers. De plus, ils étaient parfois exposés et vulnérables en plusieurs endroits d'où la nécessité de constituer un système de défense par fortifications qui , outre le fort de Buoux, assuraient la sécurité aux voyageurs aux endroits permettant une bonne visibilité.

On peut noter ainsi sur les principaux itinéraires, les forts dit "Sarrazin", de la roche d'Espeil, de la Tour, de Belluguet, de Saint Symphorien, les châteaux de Buoux et d'Aurons, Rocsalière, la Tour de Thelme, les Agnels, mais aussi Clermont et le château de Tourettes, vers Apt; le vieux castellas, le castellas de Sivergues, Saint Pierre à Auribeau, etc...La plupart des lieux fortifiés, furent à l'origine des oppida, habitats bien protégés des peuplades pré-romaines appartenant à la confédération des Albicis.

L' origine du fortin de Buoux se perd donc dans la nuit des temps et des questions subsistent quant à l'origine des vestiges retrouvés sur le site.

Quelle sont les parts réelles de la période protohistorique, de la période romaine ou de la période du Haut Moyen Age?

Seules les recherches archéologiques pourront départager les différentes  hypothèses.

Avec le déclin de l'Empire, commencent les invasions qui vont durant plusieurs siècles ravager la Provence. Apt est ainsi vidé de sa population qui va trouver refuge dans les abris traditionnels de la montagne. Le site du vallon de Buoux avec ses défenses naturelles peut-être considéré comme tel.

Vers la même époque, le christianisme, en plein essor s'implante dans la région avec la présence de Castor au siège épiscopal d'Apt, à qui Cassien, fondateur de l' Abbaye Saint Victor dédie ses "Institutions Cenobitiques". Il n'en faut pas plus pour qu'un historien de la région ait situé aux abords du fort de Buoux l'implantation d'un centre érémitique.

A la fin des période d'insécurité(IXe s.?), on situe la naissance du village primitif de Buoux, Saint Germain, au pied de la falaise du fort. Aujourd'hui, seuls quelques vestiges demeurent, dévorés par la végétation.

 A partir de 1125, Apt et son évêché reprennent vie et regagnent vite une gloire perdue. Avec la renaissance des villes de Provence et de leurs fortifications, le fort semble abandonné un certain temps puis au XIIe s., on assiste à un regain d'intérêt pour les places fortes assurant la défense des voies de communications. C'est probablement l'acte de naissance du castrum, même si en l'absence de textes, le terme n'est pas mentionné avant 1512.

Apt, intéressée au premier chef, participe à la construction d'un vaste système défensif, à l'entretien d'une garnison et nomme un  gouverneur qui à différentes époques s'avère être le seigneur-né de Buoux(Famille de Pontevès).

Malgré la charge importante pour les communautés du Pays d'Apt, le fort est entretenu et il a une utilité reconnue au vu des périodes troublées qui agitent la région comme lors de  la succession de la reine Jeanne à la fin du XIVe s., quand ont lieu des guerres désastreuses, conduites par Raymond de Turenne.

C'est dès cette époque que l'on remanie le système défensif du fort avec la construction de tours et de murailles qui sera poursuivi jusqu'au début du XVIe s. .

A partir de 1512 vient le temps difficile des affrontements politico-religieux. Ange de Ponteves, écuyer et coseigneur du Castrum et de la juridiction du Buoux, accorde en ces lieux aux hommes du Buoux, à travers les termes d'un acte d'habitation, plusieurs privilèges, assujettis d'astreintes.

Ce phénomène de libération touche un peu partout des communautés du Lubéron adhérant à la religion vaudoise, la plupart venues du Piémont et du Dauphiné, par nécessité de cultiver les terres.

Rien  ne laisse présager alors les tragédies qui vont embraser la région à partir de 1530 et qui vont bouleverser profondément ce pays.

Après bien d'inquiétantes prémices, c'est l'exécution du tristement fameux "Arrest de Mérindol" en 1545, qui va être le détonateur d'incroyables exactions.

Quant au fort, son intérêt stratégique semble s'être accru durant cette période et les factions adverses vont se le disputer tout le long des guerres qui ne vont cesser.

Au moment où les protestants tentent de s'emparer d'Apt en 1562, le  fort de Buoux va lui résister à de nombreux assauts et il ne tombera à leurs mains qu'en 1573, malgré les sièges et attaques répétés. Dès lors, la possession de la place au cœur même du Lubéron, et au nœud des voies de communication, constitue pour eux un indiscutable atout dans la lutte sans merci qui les oppose aux troupes catholiques.

En 1574, ce sont des milliers d'hommes aux ordres du comte de Carcès qui tentent de reprendre la place. Les catholiques réussissent dans leur entreprise mails ils ne vont conserver le fort que peu de temps car à la fin de la même année, les réformés viennent en faire le siège et ils arrivent à pénétrer dans la place où ils trouvent une garnison affamée. Jean de Pontevès , seigneur de Buoux , qui continue la lutte dans la partie haute du fort est dans l'obligation de se replier dans les derniers retranchements de la citadelle. Il sera précipité du haut du donjon.

Les protestants vont continuer leur progression pour le contrôle des voies de communication et vont s'emparer ainsi de Sivergues. Avec Ménerbes, ils disposent ainsi des trois places fortes essentielles du Lubéron qu'ils vont tenir jusqu'en 1577.

Un traité de sauvegarde et de mutuelle protection, daté de cette année et figurant dans les archives d'Apt est passé entre le capitaine Ferrier, chef des réformés tenant Ménerbes et les représentants de la communauté aptésienne afin d'éviter les attaques "...que allants et venants ceulx desdits Ménerbes, Buoux, et autres de la vallée qui sont de la religion réformée audict Apt, Saignon, ne seront aulcunement offensés ne mollestés...".

Sur ordre du Grand Prieur de France, Henri d'Angoulême, le Parlement de Provence et les chefs catholiques viennent mettre le siège devant Ménerbes, qui admirablement défendue, va résister 15 mois et couter à la Provence des sommes considérables. Malgré tout la ville tombe aux mains des catholiques le 9 Décembre 1578.

Peu après, les troupes catholiques font route vers Buoux, sous le commandement de Pompée de Pontevès-Buoux, impatient de reprendre le fort et de venger la mort de Jean de Pontevès survenue trois ans plus tôt.

Le siège de Buoux s'éternise et Pompée va user d'un stragème des plus bas afin de se rendre maitre des lieux. Nous laissons la parole à Remerville: "... Ayant attiré le gouverneur du Fort soubs prétexte de le régaler dans son chasteau avec tous ses officiers et sa garnison, il fust si inconsidéré de s'y rendre, suivy de ses meilleurs soldats. On l'arresta en mesme temps prisonnier et l'ayant attaché sur un asne, on le mena sur une hauteur voisine du fort d'où il pouvoit estre aperceu de quelques soldats qui estoient dedant et en leur présence, on menaça de le poignarder s'il ne se rendoient pas sur le champ. Le péril de leur gouverneur et le peu d'apparence qu'ils penssent résister longtemps leur fist ouvrir les portes dont les catholiques se saisirent aussitost et l'on mit ensuite le gouverneur en liberté avec le reste de huguenots qu'on avoit arrestés avec luy".

Le stratagème ou plutôt le manquement à la parole donnée permit ainsi aux catholiques de récupérer la place dans laquelle ils vont se retrancher en sollicitant sans cesse des renforts.

La garnison comptera ainsi un effectif tournant par rotation mais jamais inférieur à 150 hommes, ce qui va constituer pour la communauté aptésienne une charge très lourde.

Entre les périodes d'émeutes et de sédition qui se multiplient en Provence souvent excitées par la Ligue et la peste qui sévit périodiquement, les consuls aptésiens songent souvent à diminuer la charge qui pèse sur la population mais doivent malgré tout conserver quand même des places fortes pour assurer la sécurité de la région.

A partir du XVIIe s., on envisage pour la première fois la démolition complète de la forteresse. En 1626, 28 ans après la soumission du parlement de Provence, de nouveaux troubles vont ressurgir au moment où Richelieu mène une rude campagne contre les protestants de Provence et de Languedoc qui ne s'éteindra qu'en 1629 avec la paix d'Alès. En Lubéron, les calvinistes lancent quelques assauts contre les chateaux de la région et notamment contre le fort de Buoux. Le parlement exige sa démolition ainsi que celle d'autres places de la région en vertu de lettres patentes de Juillet 1626.Le conseil de ville se réunit à Apt le 20 Septembre et sans doutes pour éviter les frais de la démolition, parvient à plaider en faveur du maintien en l'état arguant du rôle joué précédemment par le fort.

Une garnison symbolique va y demeurer jusqu'à la destruction du fort qui interviendra, selon Jules Courtet vers 1660, date à laquelle de nombreuses places fortes de la région telle la citadelle d'Orange ont été démolies.


Source:

-Article repris du livret guide concernant le fort écrit par René Bruni et édité en 1987.


Photos:

- Jimre( 2009)


Posté le 31-08-2009 20:48 par Jimre


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