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Avignon d'hier à aujourd'hui

Retranscription d'un article trouvé sur le site des Archives d'Avignon. Le site est encore en gestation mais comporte néanmoins des infos intéressantes. Ne manquez pas d'aller y faire un tour. 


D'Avenio à la ville médiévale

Le Rocher des Doms qui surplombe la plaine du Rhône a été le berceau originel de la ville. Promontoire isolé, magnifiquement situé à la croisée de deux voies de communication de premier ordre, au confluent du Rhône et de la Durance. La ville antique doit son premier développement à son emplacement particulièrement favorable. Dès la préhistoire, au néolithique, les premiers habitants de la ville se sont établis sur le Rocher, qui avait aussi le mérite de les protéger des menaces d'invasions. Plus tard, l'habitat se développa à ses pieds en occupant l'actuel quartier de la Balance, une grande partie de la place du Palais, jusqu'aux abords de la rue Saint-Agricol. C'est vraisemblablement au cours de la protohistoire que l'antique Avenio adopta son nom. Certains érudits pensent qu'il s'agit là d'un toponyme ligure, d'autres lui assignent une origine celtique. Il signifierait soit " ville du fleuve ", soit " ville du vent violent ". Avant l'installation des Romains, Avignon fut hellénisée par l'intermédiaire de Marseille, comme l'atteste les monnaies fabriquées à l'imitation des réalisations phocéennes.

A l'époque romaine, la situation stratégique d'Avignon continua d'être un atout pour la ville, qui commerçait avec Arles et Lyon, d'une part, et l'Italie, via la vallée de la Durance et le Mont-Genèvre, d'autre part. Au premier siècle, l'aire d'Avignon était importante, puisqu'elle couvrait une cinquantaine d'hectares et, selon certaines estimations, la ville aurait compté jusqu'à 20.000 habitants, chiffre très important pour l'époque. Néanmoins, à côté de Nîmes, Arles, Orange, ou Vaison-la-romaine, si riches en antiquités, Avignon, fait figure de parent pauvre et n'a rien à montrer, ou presque, de sa grandeur passée. Il y a bien les arcades romaines, dont une seule est visible rue Saint-Etienne, les autres étant enchassées dans les maisons, côté pair de la rue Petite Fusterie. Elles mesurent 4,60 m de hauteur sur 2,50 m de large et forment un longue construction de soutènement sur plus de 250 m. Elles étaient destinée probablement à rattraper la pente des terrains sur lesquels le forum et ses annexes étaient aménagés. On sait, grâce aux travaux du dix-neuvième siècle sur la place de l'Horloge, que ce dernier se trouvait sur l'emplacement de l'Hôtel de Ville et du théâtre. De nombreuses pièces archéologiques ont été mises à jour, rue Géline et rue Racine, et sont conservées au musée lapidaire. Sur l'autre versant du Rocher, rue de la Peyrolerie, des vestiges de constructions romaines sont encore visibles. Plusieurs hypothèses ont été émises à leur sujet : on a pensé à un théâtre. Le chanoine Sautel y voyait les restes d'un amphithéâtre, d'autres un entrepôt public... D'après Pline l'ancien, Avignon était un oppidum, c'est à dire une ville fortifiée. On estime que la première enceinte de remparts date du premier siècle, son périmètre correspond, en gros, au cours des Sorguettes : rues Joseph-Vernet, Henri-Fabre, des Lices, Philonarde, Paul Saïn, Campane.

Au troisième et quatrième siècles, une enceinte de repli fut construite, afin de mieux se protéger des invasions. La population se regroupa à nouveau autour du vieil oppidum tutélaire, le Rocher des Doms. D'après Eugène Duprat, cette enceinte s'appuyait sur les arcades romaines de la rue de la Petite-Fusterie jusqu'à Saint-Agricol, puis tournait à angle droit pour passer au bas de la place de l'Horloge et suivre à peu près le tracé de la rue Favart, pour se rattacher au Rocher à la hauteur de la place de la Mirande. Le coeur du système défensif était le Rocher, où il y avait un castrum ou citadelle. Visible sur le plan de 1618, cette forteresse, attestée depuis le onzième siècle, sera finalement détruite en 1650 par une explosion. D'autres vestiges romains ont été mis à jour, en particulier des mosaïques rues Bouquerie, Viala, roi René, Bonneterie, Saluces, dernièrement rue Grivolas. De nombreuses sépultures ont été retrouvées sur l'emplacement de la gare, et de l'ancienne usine des eaux de Monclar, mais aussi au couvent des Célestins...

Après la chute de l'Empire romain et pendant le Haut Moyen-Age, Avignon fut, comme de nombreuses villes, plusieurs fois assiégée et envahie. Point stratégique important, la ville passa entre les mains de plusieurs envahisseurs. Grégoire de Tours a laissé une relation du siège de la ville par Clovis en 500, en précisant qu'elle était une place puissamment fortifiée et que le roi des Francs ne pouvant s'en emparer, se résigna à traiter avec son adversaire. Au cours de la première moitié du huitième siècle, les Sarrazins font d'Avignon une de leurs plus solides places fortes et il ne fallut pas moins de deux sièges, en 737 et 739, à Charles Martel pour reprendre la ville. Les chroniqueurs de l'époque s'émerveillaient de la situation escarpée de la ville et de ses formidables défenses, rendue plus forte encore par sa position naturelle...

On note, au onzième siècle, un accroissement important de la population. Dans le périmètre étroit de l'enceinte de repli, il y avait l'église de Saint-Agricol, appuyée sur le rempart, tandis que le clocher de la Sainte-Madeleine était construit sur l'un des arceaux romains de la rue Petite-Fusterie. Les autres édifices du culte, tels que Saint-Didier, Notre-Dame la Principale, Saint-Pierre, Saint-Symphorien étaient déjà situés hors les murs. Plusieurs bourgs s'établirent à l'extérieur, comme celui de Trouillas, près de Notre-Dame la Principale. Ainsi, la ville retrouvait la même étendue qu'à l'époque romaine.

Au siècle suivant, la Provence fit l'objet d'un partage entre les trois familles descendantes de Boson d'Arles. Mais aucun des héritiers ne voulut renoncer à cette place de première importance, Avignon fut donc déclarée indivis en 1125. La ville bénéficia d'une période de prospérité, dont témoigne le pont Saint-Bénézet, bâti à partir de 1177. La cathédrale et l'abbaye de Saint-Ruf furent agrandies et l'on édifia, sous le gouvernement de la commune, une double ceinture de remparts, qui suivaient sensiblement le même emplacement que l'enceinte romaine. Durant cette période, Avignon était puissante et riche. La ville possédait, en effet, de nombreux biens et fiefs : Vedène, le monastère de Saint-André à Villeneuve, une partie du Pont-de-Sorgues, Caumont, le Thor, Thouzon, Jonquerettes etc...

La guerre des Albigeois fit rage au treizième siècle, non seulement en Languedoc, mais aussi dans la vallée du Rhône. Avignon prit parti pour le comte de Toulouse. Le roi Louis VIII, en route pour une nouvelle croisade contre les Albigeois, fit le siège de la ville, en 1226. Le chroniqueur de l'époque parle " d'une masse élevée de remparts, surmontée d'une citadelle, (qui) entoure la ville entière. Comme l'abord est en plaine, les murs sont doubles et doubles aussi les fossés alimentés d'une eau constante ". Les Français renoncèrent à prendre de force la ville et se contentèrent de l'assiéger. Affamés par trois mois de siège, les Avignonnais capitulèrent et durent démolir leurs remparts, combler les fossés, et raser trois cents maisons fortes. Enfin, Louis VIII fit démanteler en grande partie le Pont Saint-Bénézet. Toutefois, ce désastre n'avait pas complètement abattu les habitants, puisqu'ils reconstruisirent rapidement le pont, source de revenus, et rétablirent les remparts indispensables à leur sécurité. Au cours du siècle, la ville s'agrandit, notamment au sud-ouest, en gagnant du terrain sur les atterrissements du Rhône, appelés l'Estel. Les Dominicains s'y établissent, en 1220. Plusieurs communautés de religieux s'installeront hors les murs de la commune. Ce sera le cas des Augustins, en 1261, près du portail Matheron, et des Cordeliers près du portail Imbert.

Le quatorzième siècle fut pour Avignon le siècle triomphal. Assagie, modelée, politiquement et économiquement structurée par trois mille ans d'histoire, la ville allait connaître enfin la stabilité et jouir d'une paix profonde. " (S. Gagnière).

Ce n'est pas par hasard que la ville, paisible et sûre, allait devenir l'asile de la papauté, chassée de Rome par les troubles incessants qui déchiraient l'Italie. Cet événement, d'une portée considérable, allait faire d'Avignon la capitale de la chrétienté et l'une des villes les plus importantes d'Europe.  

Avant l'arrivée des papes, Avignon était une cité non négligeable, puisqu'on estime qu'elle comptait 5 à 6.000 habitants. Dès la venue de Clément V, la population augmenta de façon considérable. D'après un contemporain, il y aurait eu à Avignon, sous Clément VI, plus de 100.000 étrangers. Un autre assure que la peste y fit 62.000 victimes... Ces chiffres certainement exagérés, doivent être revus à la baisse : Avignon devait compter entre 30 et 40.000 habitants.

Quoi qu'il en soit, il y eut, pendant plusieurs années, une très grave crise du logement. On se mit à bâtir non seulement à l'intérieur de l'enceinte de la commune, mais aussi à l'extérieur. Des bourgs ou bourguets se construisirent rapidement, notamment entre le portail Matheron et le portail Imbert. Cet agrandissement se fit sans plan d'ensemble. Les constructions s'agencèrent suivant la fantaisie de chacun. Aussi les rues conservèrent-elles la sinuosité des chemins de campagne qui les avaient précédées. En outre, les bourgs gardèrent longtemps un aspect à demi-rural, la majorité des maisons avaient cour et jardin, certaines étaient de véritables granges.  

Ainsi la ville s'étend. La vieille cité romane devient, peu à peu, gothique. On agrandit et on embellit les édifices religieux : Notre-Dame des Doms, Saint-Agricol, les Carmes, les Dominicains... Le pape restaure et développe le palais épiscopal où il réside. Benoit XII et Clément VI édifièrent le Palais des Papes actuel, " la plus belle et la plus forte maison du monde ", suivant l'expression de Froissart. En 1348, Clément VI acheta la ville d'Avignon à la reine Jeanne, comtesse de Provence et reine de Naples. On construisit, à partir de 1355, une nouvelle enceinte plus vaste de remparts, afin de protéger la ville. Elle devait avoir fière allure avec ses douze portes, ses trente-six tours et ses cinquante-six échauguettes ! D'une hauteur moyenne de 10 m, les remparts entouraient la ville sur plus de 4300 m et couvraient une superficie de 150 hectares.


L'apothéose d'Avignon

A l'exemple du pape, l'évêque d'Avignon eut son palais crénelé, l'actuel Petit Palais. Chaque cardinal se fit bâtir une maison dans sa " livrée ". On nommait ainsi la place que le maréchal de la Cour romaine lui assignait pour son logement d'accord avec les magistrats de la commune. Ces grandes demeures - une trentaine furent construites - avaient des allures de forteresses avec leurs tours caractéristiques. Quelques-unes d'entre elles subsistent encore, comme la tour de la livrée de Ceccano, actuelle bibliothèque municipale, mais aussi la tour de la livrée d'Albano ou tour de l'Horloge, la tour de Murol, place du Palais. Pour les simples courtisans, les logements manquèrent, ainsi, en 1313, la famille de Pétrarque ne trouva pas à se loger, et dut s'installer à Carpentras.  

De nombreux auteurs, n'écoutant que leur imagination, ont fait d'Avignon, au temps des papes, une description enthousiaste, tandis qu'un témoin de l'époque, Pétrarque l'appelait " la plus infecte des villes, horriblement venteuse, mal bâtie, incommode ". Le pavage des rues était laissé à l'initiative des habitants, mais personne n'y mettait grand zèle. La rue de la Grande Fusterie ne fut pavée qu'en 1499. Comme au siècle précédent, les rues restaient étroites et tortueuses. Les " grandes " rues étaient la rue Bancasse, la rue Bouquerie, la rue Balance ! De nombreuses maisons, et non des moindres, à commencer par les livrées des cardinaux, empiétaient sur la voie publique, ou faisaient saillie, si bien que les bords des toits des deux maisons finissaient presque par se toucher. De nombreux arceaux permettaient de passer d'une maison à une autre, ainsi l'arceau actuel de la préfecture, qui reliait autrefois la grande et la petite livrée de Poitiers. Les rues étaient bordées d'auvents, ce qui était dangereux en cas d'incendie, puisque le feu pouvait se répandre sans difficultés d'une maison à une autre. Dans les rues marchandes, les étalages débordaient, des enseignes volumineuses menaçaient la tête des passants... Les places et les carrefours étaient de dimensions très restreintes, il n'y avait pas d'espace libre devant le Palais des Papes, ni devant les églises. Les seuls endroits dégagés étaient les cimetières, qui n'étaient pas clos. On s'y occupait d'affaires profanes, on y tenait des réunions et des foires. Dans de nombreux endroits, il y avait un puits qui a souvent laissé son nom plus ou moins déformé à une rue, tels le puits de la Reille, le puits des Boeufs, le puits de la Rappe...  

Les rues étaient très animées. On y circulait (déjà) avec difficulté. Elles étaient, souvent, le théâtre de grands et magnifiques défilés et processions où se déployait toute la pompe ecclésiastique, la cavalcade comme celle qui suivait la remise de la rose d'or, les " entrées " de souverains et d'ambassadeurs. Dans ces occasions solennelles, les rues étaient sablées et pavoisées. Conséquence d'un afflux extraordinaire d'étrangers, les auberges et les tavernes étaient très nombreuses, la plupart étaient situées près du portail Matheron, principale route de terre, et dans les Fusteries à proximité du Rhône. Parallèlement, de nombreux hôpitaux accueillaient les pélerins et les voyageurs sans ressources, il y en eut jusqu'à trente-quatre, parmi lesquels la maladrerie de Saint-Lazare, l'hôpital de Sainte-Marthe, fondé en 1354. Le Rhône jouait alors dans la vie avignonnaise un rôle très important. Il y avait plusieurs ports, comme celui des Périers ou des tailleurs de pierre, près de la porte Saint-Roch. Le port principal se situait près de la porte du Rhône actuelle, tandis qu'à la porte de la Ligne, on débarquait les bois venus par eau ; un dernier port se trouvait vers la porte Saint-Lazare.

Après le départ de la papauté (1376), la ville perdit peu à peu de son attrait et de son importance. Les livrées cardinalices et beaucoup de maisons, faute d'occupants et d'entretien, tombèrent en ruines. Un siècle après, la population d'Avignon avait baissé de moitié, environ 15.000 habitants. Sous le gouvernement des légats, Avignon devint une sorte de petite capitale, centre d'attraction pour de nombreux étrangers, clercs, artistes, marchands d'Italie, la plupart Florentins. La position géographique de la ville et le caractère cosmopolite de sa population hérité de l'époque pontificale en faisaient une des grandes places d'affaires de l'époque. Avignon resta jusqu'au seizième siècle le relais entre Marseille et les carrefours de commerce de cette époque, Lyon et Genève.  

Le Conseil de ville fit l'acquisition de la livrée d'Albano pour y installer l'hôtel de ville (1447), il entreprit l'agrandissement de la place du Change (1448-1458), et du carrefour de la porte Ferruce qui deviendra, par étapes successives, la place de l'Horloge. L'église des Célestins fut mise en chantier, tandis que Julien de la Rovère, le futur pape Jules II, restaura le Palais des Papes, le pont, les remparts, la façade du Petit Palais... La ville encouragea les constructions privées, telles la maison de Pierre Baroncelli, Palais du Roure actuel. Le roi René acheta l'ancienne livrée de Viviers, pour l'aménager en demeure confortable. Les rues, pourtant encombrées, furent décorées par des croix couvertes caractéristiques, aujourd'hui disparues. Sept furent construites : ainsi les croix de la Carreterie, du portail Imbert, celle du plan de Lunel et celle du Rocher des Doms.

La Renaissance marqua peu la ville de son empreinte, la façade de l'église Saint-Pierre (1512), ou l'hôtel de Sade rebâti (1537) sont encore d'inspiration gothique. On a une bonne représentation de la ville, grâce au plan " aux personnages " de 1572. Celui de 1618, dû à Marco Gandolfo, mathématicien de Palerme, est exceptionnel à plus d'un titre. Il s'agit d'un dessin cavalier très minutieux qui nous montre la ville encore toute gothique. On y voit l'enceinte les remparts, avec leurs fossés et leurs portes. Le Palais des Papes dresse ses tours majestueuses. Sur le Rocher, on aperçoit le fort Saint-Martin, ancien château de la commune, la chapelle Saint-Anne, des moulins à vents... On distingue deux zones dans ce fouillis de rues : une très dense, autour du Rocher, limitée par le tracé des rues qui occupent l'ancienne enceinte de la commune (la Grande Fusterie, les Lices, la Philonarde). L'autre zone concentrique à la première, montre d'abord des maisons de plus en plus clairsemées, puis à la périphérie des jardins et des terrains non bâtis. On peut reconnaître la plupart des édifices importants souvent désignés par une légende. Certains de ces bâtiments ayant disparu, nous pouvons grâce à ce plan les situer, comme le couvent des Dominicains, ou des Cordeliers, les églises de la Madeleine et de Saint-Symphorien, la vice-Gérence, au sud du Palais des Papes, les anciennes livrées cardinalices, les cimetières entourant les églises, les différents puits, les arceaux enjambant les rues, les arbres sur les rares places, les jardins privés, les croix couvertes... Les maisons sont à un ou deux étages, rarement à trois ou quatre. Le pont Saint-Bénézet n'est déjà plus au complet, une arche sur la Barthelasse, trois autres sur le bras droit du Rhône s'étaient écroulées en 1603 et 1605.

Au dix-septième siècle, l'aspect gothique est progressivement délaissé au profit du style baroque. L'art venu d'Italie trouve sa mesure, en premier lieu, dans les édifices du culte. Le Noviciat de Saint-Louis en est le premier exemple avignonnais, d'autres suivront avec la chapelle de la Visitation, place Pignotte, puis la chapelle du collège des Jésuites (musée lapidaire). Le premier bâtiment civil de facture baroque fut le fait de la Vice-Légation qui décida, en 1619, la réfection de l'hôtel des Monnaies. La caractéristique de cette construction est de présenter, au-dessus du rez-de-chaussée à bossage, un immense mur aveugle, aux reliefs colossaux, où sont sculptés les armoiries des Borghèse. L'hôtel de Fortia de Montréal, rue du roi René, sera le premier hôtel particulier a adopter le style italien (1637). En face, se dresse le magnifique et imposant hôtel Berton de Crillon, un peu plus tardif. La disposition de ces lourdes demeures, alignées le long de la rue sans en être séparées par la moindre avant-cour, est une des caractéristiques des maisons romaines.

Vers le milieu du siècle, Avignon va se libérer peu à peu des influences romaines, au profit du style français. Ce fut l'architecte Pierre Mignard qui en sera le principal promoteur. On lui doit, entre autres, l'hôtel Galléans des Issarts, celui de Madon de Châteaublanc, son chef-d'oeuvre en matière de construction privée. Dans le même temps, des dynasties de sculpteurs et d'architectes s'illustreront, avec les Valfenière, les Péru et les Franque. On leur doit la plupart des hôtels particuliers qui contribue incontestablement au charme des rues de la ville : hôtels de Caumont, de Rochegude, de Villeneuve (musée Calvet), de Forbin de Sainte Croix (conseil général), de Gasqui, de Puget de Chastueil, et de bien d'autres... On ne peut passer sous silence la délicieuse Comédie, place Crillon. Ce théâtre, dû à une initiative privée, fut achevé en 1734, d'après les plans de Thomas Lainée.

Des édifices d'utilité publique seront réalisés, comme l'hôpital de Sainte-Marthe, l'Aumône générale (ex-Ecole d'Art), le Grenier à sel, près de la porte de la Ligne, le Mont-de-Piété... Des travaux seront réalisés pour l'aménagement de la ville : rectifications d'alignement pour faciliter le passage des carrosses, rue Bancasse, en 1660 ; place devant la porte de l'Oulle, en 1679, agrandissement de la place de l'Horloge, en 1682, par Pierre Mignard. Son projet prévoyait de créer devant l'Hôtel de Ville une place inspirée des " places royales ". Il faut dire que l'endroit ressemblait plus à une petite rue qu'à une place publique. C'est à partir de 1669, qu'on renonça définitivement à entretenir le pont Saint-Bénézet, en partie effondré. Désormais, on franchira le Rhône par des ponts de bâteaux, ou par un bac à traille, jusqu'au début du dix-neuvième siècle. Parallèlement, on assure la protection du terroir contre les inondations de la Durance, par la construction coûteuse de digues.

Avec une population stagnante (environ 25.000 habitants), Avignon est, au dix-huitième siècle, toujours au large dans l'enceinte des papes. A l'intérieur des murs, de grandes zones de jardins subsistent, et dès les portes franchies, on se trouve en pleine campagne. Si l'étude du dix-huitième siècle en Avignon ne fait pas apparaître de grandes réalisations urbaines, il est cependant intéressant de signaler quelques projets, dont certains seront partiellement menés à bien. En 1750, Jean-Baptiste Franque reprit l'idée de Mignard pour l'embellissement de la place de l'Horloge. Il prévoyait de démolir l'ancienne boucherie, d'agrandir à nouveau la place et d'y installer la statue du pape régnant sur un socle. Les travaux furent partiellement exécutés, mais face aux critiques, les consuls les firent arrêter. Ils ne devaient reprendre qu'en 1791, avec la démolition d'un îlot de maisons. Par ailleurs, Franque ouvrit, entre 1749 et 1754, la rue Aquaviva - rue du Vieux-Sextier actuelle. Cette " percée ", fut la première du genre en Avignon. Il va sans dire que les façades sculptées gagneraient à être débarassées des outrages du temps et de leur gangue commerciale...

Franque fils construisit, sur la place Pie, une nouvelle halle appelée les Arcs (1760-1764). La rue Saint-Agricol fut élargie suivant un alignement rectiligne, devant la chapelle des Pénitents noirs, on réalisa une place qui permet d'admirer la nouvelle façade de Thomas Lainée (1754). Nombre d'auvents de façade et d'arceaux sont démolis, on finit par abattre les portes de l'ancienne enceinte de la commune, pour faciliter la circulation (1744-1763). Le Rocher était devenu une promenade très prisée, grâce à ses accès qui furent améliorés, tandis que le cours Caumont, allées de l'Oulle actuelles, était aménagé en 1756. L'éclairage des rues fut enfin réalisé, en 1777, par quatre cents lanternes. Les municipalités de la Révolution firent abattre les croix couvertes, notamment celle de la Carreterie. Les cimetières des paroisses, désormais interdits, furent remplacés par celui de Saint-Roch qui, trop exposé aux inondations, sera abandonné à son tour pour celui de Saint-Véran (1818-1824). 

Malgré ces réalisations et ces quelques embellissements, Avignon au début du dix-neuvième siècle est encore une ville d'aspect moyenâgeux, sa structure urbaine n'ayant pas fondamentalement changée depuis le départ des papes.

La population d'Avignon est passée de 20.000 habitants environ, en 1801, à 48.312 en 1906, pour atteindre 93.000, en 1975. Depuis cette date la ville perd de l'importance au profit des communes environnantes, qui forment ce qu'il est convenu de nommer " le Grand Avignon ". Pour loger le surcroît de population, des quartiers nouveaux ont été créés à l'extérieur des remparts. En l'absence d'un plan d'ensemble, ils ont été mal tracés et médiocrement bâtis. Avignon est donc sortie de ses remparts, une ville nouvelle s'est construite, au cours du vingtième siècle, qui n'a absolument rien à voir avec la vieille ville, isolée ou presque, derrière sa ligne de remparts. Après une période de frénésie de constructions, il a bien fallu jeter un regard nouveau sur la ville. On s'est aperçu alors des erreurs passées, tout d'abord dans le centre ville, puis dans les quartiers extra-muros.

Pendant longtemps, on a continué selon la même logique de la table rase. Intra-muros, on déplore la destruction partielle, en 1955, des magnifiques bâtiments de Saint-Charles construits par Franque. Dans les années soixante-dix, on remplaça les anciennes halles place Pie, pour d'autres en béton, avec en guise de toiture, un parking aérien. On abat sans vergogne " le Grand Bar ", place de l'Horloge, on déplace en 1974, le monument du Centenaire aux allées de l'Oulle... Dans le quartier de la Balance enfin réhabilité, on distingue nettement deux ensembles : l'un rénové, sans âme - on ne peut pas dire que la place Campana soit une réussite - tandis que l'autre partie, à proximité du Palais des Papes, a été heureusement préservée. Mais, qui se souvient encore des polémiques interminables autour de ce quartier longtemps à l'abandon ? L'affaire de la Balance, restera dans les annales de la ville, au même titre que la percée de la République. Née du plan d'assainissement et d'embellissement de 1921, la question de la Balance traînera en longueur. Les premiers projets veulent faire table rase du vieux quartier. Ceux des années cinquante (projet de Pouillon) ne s'embarrassent pas plus de considérations d'ordre historique ou esthétique. On se contente d'appliquer des théories urbaines modernes à un espace sensible, chargé d'histoire. Le compromis adopté en 1963 grâce à une campagne nationale et l'intervention d'André Malraux, permettent le sauvetage de certains immeubles, des façades les plus intéressantes ainsi que le maintien d'un glacis ancien face au Palais des Papes. On détruira par contre l'unité et l'harmonie architecturale du nord de la place de l'Horloge en rasant totalement les immeubles anciens de la rue Molière.

Parallèlement à ces grands projets de destruction-reconstruction, dont le dernier en date fut celui de la percée Favart, des opérations ont été menées, ici et là, pour rendre à la ville sa dignité. A partir des années soixante, de nombreuses constructions parasites ont été démolies, autour des remparts, particulièrement au bord du Rhône. Mais, pourquoi avoir rasé l'octroi, de la porte de l'Oulle ? L'intra-muros a été revisité, lui-aussi. De nombreuses verrues, ou constructions vétustes ont été heureusement supprimées, il n'est pas nécessaire d'en faire l'inventaire ! Dans le cadre de l'opération " Avignon-ville moyenne " en partenariat avec l'Etat, une zone piétonne est élaborée à la fin des années soixante-dix, entre la rue des Marchands, la place Saint-Didier et les Halles. Dans le même temps, le charmant théâtre de la place Crillon, est restitué dans son état d'origine. La rénovation, en cours, du quartier de la Philonarde est exécutée avec plus de discernement, au cas par cas, le bâti ancien étant préservé au maximum. Trente ans plus tôt, on aurait sûrement tout rasé, ou presque !

Des opérations de longue haleine ont été menées à bien, comme l'aménagement du Petit Palais (1976), l'installation de la bibliothèque municipale dans la livrée Ceccano (1983), la restauration de l'hospice Saint-Louis (1990), l'ancien hôpital Sainte-Marthe devient le centre de l'université (1998)... Ainsi, la ville restaure peu à peu et réutilise son prestigieux patrimoine architectural. D'autres grands chantiers sont en cours, comme le Palais des Papes qui n'en finit pas d'être restauré, depuis pratiquement 1906 ! Plus modestement, le musée Calvet, est en réfection totale depuis plus de dix ans... En Avignon, rien n'est simple ! On l'a encore vu avec l'aménagement de la place de la Principale, qui vient juste de s'achever, après des années de tergiversations, pour un projet somme toute modeste. Le bâtiment qui abritait l'Ecole d'Art, rue des Lices (ancienne caserne des passagers) va enfin être aménagé en logements de qualité. Il était grand temps, l'édifice, si attachant et si particulier, était au bord de la ruine, faute d'entretien et de solution d'affectation. La récente adoption d'un périmètre sauvegardé sur l'ensemble de la ville intra-muros va donner, souhaitons-le, un véritable cadre de travail pour une politique urbaine, à long terme. Néanmoins, quelques points d'interrogation demeurent, comme l'aménagement de la rue des Teinturiers, une des plus pittoresques de la ville ? Ou celui de la réglementation de la circulation automobile intra-muros, les mentalités ayant du mal à changer.

Avant de s'engager dans la ville extra-muros, disons quelques mots sur la zone dite d'échanges, entre la voie ferrée et les remparts. Cet espace est resté pendant longtemps sans projets précis, quasi à l'abandon. Depuis une bonne dizaine d'années, on voit fleurir des constructions, pour le moins hétéroclites. L'ensemble commence à prendre tournure avec le nouveau palais de justice, les hôtels, la gare routière, coincée entre la route de Tarascon et de Monclar. Tout cela à deux pas des remparts, des pauvres remparts, sans leurs douves, saturés par la circulation et le stationnement automobile. Aucune unité, aucune harmonie, l'injure au temps est décidément une constante avignonnaise ! Paradoxalement, l'austère caserne Chabran, en retrait de la route, n'écrase pas la perspective du boulevard. Ne pouvait-on pas laisser plus d'espace entre les remparts et toutes ces constructions nouvelles, plus hautes les unes que les autres ? Avignon ne méritait-elle pas mieux ? Ainsi, d'où qu'on la regarde, cette zone d'échanges est sans unité, sans inspiration, par trop tapageuse. Encore un " rendez-vous manqué " pour Avignon !

Ce n'est pas avant la fin du dix-neuvième siècle que la ville s'étendra timidement hors de ses murs. On a peine à le croire, mais il n'y a qu'à regarder les nombreux plans à notre disposition pour s'en convaincre. Remparts et voie ferrée franchis, l'extension de la ville s'est faite surtout vers le sud, en direction de la Durance, et vers l'est, le Rhône interdisant tout développement ailleurs. Dans ce " développement en doigts de gant ", le dessin parcellaire a commandé l'implantation des habitations et l'organisation de la voirie. Les constructions, à de rares exceptions, se sont rangées le long des chemins existants, sans plans bien établis, ce qui donne cette allure de village, ou à défaut de bourg à tous ces quartiers : Saint-Jean, La Trillade, Les Sources, Saint-Ruf, Monclar, Champfleury... De multiples petites rues et impasses irriguent tant bien que mal cette zone d'habitations. Quelques belles maisons, à l'architecture soignée émergent ça et là, en particulier au début de l'avenue de Saint-Ruf et de Monclar, ou dans les impasses adjacentes. Les grandes artères, comme la route de Lyon, la route de Marseille, ou celle de Tarascon viennent buter contre les remparts, sans transition, ni souci d'aménagements particuliers.

Après la Seconde Guerre mondiale, Avignon ayant beaucoup souffert des bombardements, la reconstruction s'est déroulée sans maîtrise suffisante, si bien que le paysage urbain extra-muros est irrémédiablement saccagé, par une juxtaposition anarchique de pavillons individuels et d'immeubles collectifs. On s'est contenté, bien souvent, de goudronner les anciens chemins ruraux, d'arracher les platanes, ou de couvrir les innombrables canaux ou filioles qui drainaient et arrosaient, de manière si utile et si agréable, la plaine maraîchère d'Avignon. On détruira sans coup férir l'hospice Sixte Isnard, pour élever à la place les trois grands immeubles qui dominent de manière inattendue tout le quartier de la Trillade. De la même manière, on rasera en 1962 le " cottage de Montloisir " où vécut John Stuart Mill, comme on détruira sans états d'âme des dizaines de belles demeures dans la campagne d'Avignon et de Montfavet.

Depuis les années cinquante, le centre de gravité démographique d'Avignon s'est déplacé du centre vers l'extérieur des remparts. En 1968, on comptait 21.000 habitants intra-muros contre 68.000 hors les remparts, alors qu'en 1946 la ville intra-muros l'emportait avec 32.000 habitants contre 28.000 pour l'extérieur. Ces quelques chiffres illustrent bien la mutation de la ville, même si le centre conserve toujours le siège des principaux services ou administrations : préfecture, conseil général, Hôtel de Ville, lycées, écoles de musique, de danse et de théâtre, banques... Dans les décennies cinquante et soixante, on construit dans l'urgence de grands ensembles. Trente ans après, il faudra se résoudre à démolir les grandes barres de Champfleury, et tout récemment, celles de la Croix des Oiseaux. D'autres immeubles-tours vont être détruits, comme ceux de Guillaume Apollinaire, parfaite illustration de ce qu'il ne fallait pas faire.

De louables efforts ont été entrepris, ces derniers temps, pour réhabiliter tous ces quartiers, les exemples sont nombreux, mais les problèmes de fond n'en demeurent pas moins. De cette zone, comprise entre les remparts et la rocade Charles de Gaulle, quelques trop rares édifices publics émergent de la banalité ambiante : l'église Saint-Joseph travailleur à Champfleury, conçue par Guillaume Gillet, les Rotondes SNCF route de Marseille, dont on ne soupçonne pas l'audace et la pureté architecturales... Saluons l'aménagement réalisé autour de la vénérable abbaye de Saint-Ruf, qui semble à nouveau, insuffisamment protégée.

En s'éloignant encore un peu plus du centre, au-delà de la Rocade, l'urbanisation gagne d'anciennes zones agricoles. Il en est de même en Courtine et de part et d'autre de la route de Marseille, jalonnée d'enseignes commerciales géantes, que personne ne lit, mais que tout le monde voit. De grands équipements collectifs ont été réalisés comme en témoignent les différentes zones industrielles et commerciales : Fontcouverte, Courtine, Cap-Sud etc... De grandes réalisations, quelquefois réussies, ont vu le jour : le Palais de la foire, anciennement à Champfleury, depuis à Châteaublanc tel un immense chapiteau, le site d'Agroparc avec son architecture de verre, l'hôpital Henri Duffaut, bientôt la nouvelle gare TGV... Dans un proche avenir, la LEO (liaison est-ouest), au bord de la Durance, trouvera enfin la solution à son tracé et à son financement, qui dépasse largement le cadre de la ville.

On parle d'Avignon dans cette news avec une superbe reconstitution 3D du Pont Saint Bénézet.

Photos:

- Jimre( 2007, 2010, 2011, 2014)

Posté le 11-06-2014 19:45 par Jimre


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