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Vaison la Romaine

Nous sommes aux environs de 558. Lombards et Saxons occupent le territoire. Quinis, archidiacre de Vaison, ami de l'évêque Théodose, a pris sa succession. Mummol le barbare se présente devant Vaison et attend que le prélat vienne l'accueillir. Celui-ci arrive, sans hâte et sans aucun faste. « Gros bœuf, vocifère Mummol, pourquoi ne portes-tu pas tes cornes aujourd'hui ? Pourquoi n'as-tu pas fait préparer la route et organiser les honneurs que je mérite ? ». Quinis se tait, regagne d'un même pas lent sa pauvre cellule, se précipite face contre terre et invoque le Seigneur.

Mummol furieux prépare sa vengeance, mais soudain un mal implacable le terrasse et le fait se tordre de douleur. En peu de jours il est à toute extrémité. On l'amène mourant à la porte de l'évêque qui a la réputation de thaumaturge. Le prélat l'accueille bras ouverts, demande à Dieu sa guérison et l'obtient. Mummol implore et obtient le pardon de son adversaire d'hier et lui fait remettre des offrandes considérables. Quinis aussitôt les distribue aux nécessiteux.

De tels faits même enjolivés, valent au bon évêque la vénération de sa ville. Lorsqu'il meurt, ses reliques sont âprement disputées aux moines de Mauriac.

On lui fait élever au XIIe siècle une chapelle. Plus tard, dans la cathédrale de Vaison, les marbres de son tombeau serviront à garnir le maître-autel ; ils y sont encore aujourd'hui.

Mais les évêques et leurs chanoines auront souvent maille à partir avec les comtes, ceux de Toulouse en particulier, leurs nouveaux seigneurs très ombrageux.

En  1160 Raymond V (1134 - 1194) exige en effet la restitution en sa faveur des possessions de Vaison et des environs dont le propriétaire est le prélat Bérenger de Mornas. N'obtenant aucune promesse, il investit la cité, y met le feu aux quatre coins, en coupe l'eau et s'empare du palais épiscopal. Il s'approprie en même temps les châteaux de la « manse » du prélat. Un nouvel évêque récupère le tout. Raymond V attaque Vaison une deuxième fois et malgré l'excommunication qui le frappe, se rend maître de la ville, de Crestet, de Rasteau et fait jeter en prison l'évêque qui avait fui avec ses chanoines à Entrechaux.

A la mort de ce comte bagarreur mais protecteur des poètes, son fils Raymond VI (1156 - 1222) poursuit sans relâche la lutte contre l'évêque et bâtit en 1193 le château qui domine la cité. Le clergé quitte Vaison. Bientôt une grande partie de la population, lasse du pouvoir des « toulousains », en fait autant. Elle reviendra peu à peu à l'ombre de la forteresse et près de l'ancienne ville romaine. Il faudra attendre le XIVe siècle pour que les papes, et les évêques par délégation, retrouvant tout leur pouvoir et tous leurs droits, puissent en obtenir cession des comtes de Toulouse.

Au XVe siècle que l'on connaît mieux, puisqu'on possède aux archives de Vaison les délibérations municipales depuis 1480, la cathédrale est rebâtie et les incursions des pillards des «Grandes Compagnies» se soldent par une série d'échecs. Au XVIe siècle les évêques — il y en aura en tout 77 -- voient encore leur puissance accrue. Ils portent les titres de vicomte de Crestet, Rasteau et Entrechaux. Parmi ces «princes» de l'Eglise, un représentant d'une famille d'origine andalouse brille d'un éclat particulier : Mgr Joseph Marie de Suarez.

Un grand prélat humaniste et «antiquaire».

Né le 5 juillet 1599 à Avignon, il meurt à Rome le 7 décembre 1677. Docteur de l'Université d'Avignon, il occupe à 34 ans le siège épiscopal de Vaison, qu'il conserve de 1633 à 1666. Ancien bibliothécaire à Rome, camériste secret du pape Urbain VIII et grand ami de son neveu le cardinal Barberini, il a toutes ses entrées au Vatican et connaît à fond le calvinisme qu'il a officiellement combattu. Grand lettré, collectionneur d'œuvres d'art, il correspond avec les grands humanistes et savants de son temps.

Féru de langues anciennes, il compose de nombreux traités en latin et de curieux poèmes en «iambes gréco-latines » pour l'édification du jeune François, marquis d'Aulan.

Prédicateur très recherché, il prêche en Italie et en Provence. Ses conversions sont célèbres, en particulier celle de Samuel Sorbière, principal du collège d'Orange.

Voyageur infatigable, il accomplit plusieurs missions à Rome dont une en compagnie du «brave Crillon». A Lyon il rencontre en 1658 Louis XIV qu'il reverra à Avignon en 1660. Il sillonne tout le sud de la France et, bien entendu, son diocèse qu'il surveille avec le plus grand soin. Les rapports de ses visites pastorales constituent un document très précieux sur la vie ecclésiastique du Comtat à cette époque.

A Vaison, il continue la restauration de la cathédrale, fait rebâtir la chapelle de Saint-Quenin qui menace ruine et dote églises et couvents d'un important matériel cultuel.

Charitable et courageux, il parcourt sans relâche les rues de la ville pendant la peste. C'est aussi un très grand administrateur et, comme on le disait alors, un « antiquaire » avisé. On lui doit la découverte et la connaissance de plusieurs vestiges archéologiques importants. C'est le fondateur de l'épigraphie du Comtat.

Un autre prélat, au XVIIIe siècle, Mgr de Gualtary, méritera le surnom de père des pauvres.

A la veille de la Révolution, la population vaisonnaise atteint 2.000 habitants environ, occupés pour 70 % aux travaux céréaliers, 20 % à la vigne et le reste au défrichage de la forêt et au commerce. L'industrie est rare, à part quelques petits métiers à foulon et en 1793 une tannerie.

Les cahiers de doléance sont très modérés. On souhaite surtout la promotion du bas-clergé et la constitution d'un véritable Tiers-Etat.

Rien ne laissait soupçonner le drame. Et pourtant, dans la nuit du 14 au 15 avril 1791, les troupes venues de Sainte-Cécile, conduites par Chapuis de Saint-Roman et M. Saint-Christol, s'emparent du nouveau maire, le marquis de Villasse et le tuent. Le curé, dominicain du Thor, est arrêté lui aussi et roué de coups. Deux autres personnes menacées d'arrestation mourront un an après, mais d'émotion. Tous les autres suspects au nombre de 181 échapperont à la folie meurtrière.

Le Conseil Municipal vote aussitôt son adhésion au pacte de Sainte-Cécile, rompant celui qui l'unissait avec Avignon, mais les troupes de Sainte-Cécile s'étant fait battre, on revota quarante huit heures après une motion de confiance et d'adhésion à la cité des papes.

L'histoire de Vaison se confond ensuite avec celle du Comtat et de la nation.

Elle perd son évêché, devient Vaison la Romaine en 1923. En 1926 on l'attache à l'arrondissement de Carpentras,   après   la  suppression  de  la  sous-préfecture d'Orange. 


Tous ces éléments assez disparates se conjuguent heureusement. Saint Quenin, chapelle originale et étrange, constitue, comme l'a fort bien souligné J.M. Rouquette, « un exemple admirable de cette harmonie trouvée dans la Provence romane du XIIe siècle, entre la force de la tradition et la redécouverte de l'antiquité ». (*)

La Haute Ville

Passé le vieux pont romain de dix-sept mètres, aux cinq éléments soudés en une seule arche, la montée vers la Haute-Ville est un enchantement.

C'est d'abord la Place du Poids, ses remparts moussus et la fraîcheur de sa fontaine.

Un raidillon de galets mène à l'ancienne porte-défense du XIVe siècle, avec sa fortification, ses murs à archères, sa herse et son pont-levis. La tour qui la surmonte forme beffroi. Au-dessus de sa balustrade pointe l'élégante ferronnerie d'un campanile du XVIIIe siècle à flèches et enseignes.

Il faut, rue de l'Eglise, s'attarder devant les vieilles portes aux arcs surbaissés, et d'étranges jardins suspendus en pleine lumière.

Dans l'ancien Hôtel de Ville désaffecté depuis 1909, Jean Martet rêva des « cousins de Vaison ». Une belle demeure du XVIe siècle, rénovée, au blason martelé, aux fenêtres à meneaux, fait face à l'ancienne cathédrale.

La cathédrale, la deuxième après celle de la plaine, servit de refuge au XIVe siècle quand l'évêque Pons de Sade décida en 1464 de la faire bâtir. Elle a subi depuis divers remaniements. Sa façade du XVIIIe siècle présente un grand fronton triangulaire sous deux pots à feu. A l'intérieur une large nef ogivale, huit chapelles, de remarquables boiseries et gypseries, une belle tribune et des orgues classées. Elle sert de cadre, l'été, à diverses expositions, concerts et rétrospec¬tives ethnologiques.

Quelques pas vers le Calvaire et c'est un panorama magnifique sur la boucle de l'Ouvèze, ses jardinets en terrasse, la colline de Sus Auze et sa vierge noire, les lointains boisés de Malaucène, le profit des montagnes drômoises et le Ventoux dans sa gloire.

Il faut prendre ensuite un chemin d'escalade dans les pierrailles et les senteurs de garrigue pour atteindre le château des Comtes de Toulouse, tout en haut de la colline.

Ses murailles ruinées, rongées de lierre s'éclairent de fenêtres vides ouvertes sur le ciel. Leur silhouette étrange, à pic sur un éperon de roches, domine et magnifie tout le paysage vaisonnais.

C'est tout ce qui reste de la forteresse élevée de 1190 à 1193 par le farouche et pillard Raymond V. Elle remplaçait un petit châtelet de bois de 1185. Le comte l'avait voulue pour défier son évêque et lui ravir sa puissance.

Les trois corps de bâtiment encadrent une cour intérieure triangulaire envahie de ronciers. L'ancien donjon la dominait de plus de vingt mètres. On en devine les salles aux étages, la citerne et le puits et, au sommet, le chemin de ronde. De place en place, noyés dans la maçonnerie, des morceaux de monuments antiques prélevés sur la ville romaine.

Archères,   meurtrières  et porte à double  barbacane assuraient surveillance et défense. Elles remplirent bien leur rôle car souvent menacé, le château de Vaison ne fut jamais réduit, même par le baron des Adrets.

Ce beau vestige médiéval agonise lentement : il est grand temps de le sauver.

Il faut, comme le conseille l'association pour la Protection de la Haute Ville, rejoindre par le même chemin la jolie place du vieux presbytère et de la chapelle Sainte-Constance. On y verra aussi l'élégante demeure du Prévôt (XVIIIe siècle). A gauche, en suivant la rue des Fours, la place du Vieux Marché, au bout, offrira la fraîcheur de sa jolie fontaine comtadine et, par une porte ogivale, l'accès à l'ancienne juiverie.

Parallèle à la rue des Fours, celle très pittoresque aussi de l'Evêché, conduit à l'ensemble résidentiel épiscopal et à la chapelle des Pénitents Blancs (1739) où l'inscription du portail invite à réaliser de « beaux fruits de pénitence ».

Toute la Haute Ville est à savourer. Ediles, peintres et gens de goût contribuent depuis quelques années à sa renaissance. Ils en ont fait un haut-lieu d'art au charme délicat.


Sources:

- Orange, Carpentras, le Mont Ventoux, Vaison la Romaine, de Jean Boullé, éditions fraçaises, Aubanel.


Photos:

- Jimre (2013)


Posté le 10-04-2014 20:24 par Jimre

Vaison la Romaine

Vaison est célèbre pour ses ruines romaines, et malheureusement pour la catastrophe de 1992 où l'Ouvèze a rappelé aux habitants que c'était un torrent qu'il fallait respecter et que les romains n'avaient pas construit leur pont n'importe où et n'importe comment...

Mais sur l'autre rive de l'Ouvèze, on trouve l'ancienne cité médiévale, avec, la dominant, les ruines du château des comtes de Toulouse. Au XIIe siècle, les comtes, en conflit avec les évêques pour la suzeraineté de la ville, décident de montrer leur puissance à tel point qu'à une époque, ils obligent l'évêque à quitter la ville et à se réfugier au Crestet. Entre 1190 et 1193, Raymond V fait construire la forteresse pour assurer son pouvoir.


Source:

- Livre Les châteaux de Provence de Serge Panarotto - Edisud


Crédit Photos:

-Jimre 2013

Posté le 10-04-2014 17:56 par Jimre


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