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L'Isle sur la Sorgue

Histoire de l’Isle sur la Sorgue et de la tour Boutin ou tour d’Argent.

Préambule: Article avec de très nombreux passages du livre "l'Histoire de l'Isle sur la Sorgue des Origines à 1274" de Albert Cecarelli -Edition Compo typo Relief Mai 1987, véritable mine d'or qui éclaire l'histoire de l'Isle sur la Sorgue et de nombreux autres villages de la région. 

Les comtes de Toulouse arrivent à l’Isle sur la Sorgue par mariage.

Le XIe siècle marque la fin du monde antique et la mise en place des structures du Moyen Age avec la  création des villages et la construction des châteaux et des églises.

Cette période, qui se caractérise par la mise en place de la féodalité et ses seigneuries banales. Cette organisation se terminera en 1789…

La seigneurie banale, en Provence comme dans le reste du pays, est une sorte de syndicat de détenteurs de fiefs. Elle est liée au comte par le serment de fidélité et pourvue par lui de tous les attributs du ban royal : puissance, justice, de l’amende à la corde, sur tous les habitants.

Cette cellule de base de la féodalité, est administrée par un Bayle chargé de la gestion. Il distribue annuellement à chacun des membres sa part de revenu.

En Provence, cette période est marquée par l’arrivée du chef du Saint Empire Romain Germanique et celle du comte de Toulouse dans le Venaissin. Tous ces évènements feront  que le comtat Venaissin aura un destin très différent  de celui du reste du pays.

Quand Guillaume II de Provence meurt en 992, Le marquisat de Provence revient à son frère le comte Roubaud avec lequel il partageait en indivis la Provence. Celui-ci avait épousé Ermengarde et de cette union naquirent Guillaume et Emma.

Le fils, qui portait le prénom de son oncle fut marquis après son père. Il n’eut pas d’enfants.

Emma, sa sœur épousa elle Guillaume Taillefer, comte palatin de Toulouse, en 992, fils de Raymond Pons et déjà veuf d’Arsinde d’Anjou. Elle apportera en héritage les comtés du Venaissin et de Forcalquier. Le couple eut deux fils Pons II et Bertrand.

Le premier fut comte de Toulouse et eut dans la succession de sa mère la terre d’Argence et Tarascon. A Bertrand revint le comté de Provence en indivis avec la branche issue du fils de Guillaume le Libérateur.

Bertrand de Toulouse, dit aussi comte de Venasque, possédait donc la Provence en indivis avec Geoffroy Ier et Bertrand (appelé quelquefois Guillaume Bertrand).

On estime que la maison de Toulouse n’eut jamais que le quart du territoire dans cette indivision.

Seigneurs, maintenant de l’autre côté du Rhône, les comtes de Toulouse, grands feudataires du Royaume de France sont aussi les vassaux pour le Venaissin des maitres du Saint Empire romain germanique. Cette double allégeance est peu conforme aux règles féodales.

Le Duc Hugues avait fait de Pernes les Fontaines la capitale du Venaissin, en 920, et l’avait donnée à sa nièce Berthe. Il avait fait ce choix parce qu’elle n’était le siège d’aucun évêché.

Avec Emma, Pernes  appartient  donc exclusivement aux comtes de Toulouse, pendant 300 ans.

Dès le XIe siècle, ils y construisent un château flanqué de tours carrées et de deux enceintes. C’était l’une des sept places qu’ils avaient en Provence avant la démolition ordonnée par le traité de 1229 lors de la croisade contre le Catharisme.

L’Isle sur la Sorgue porte le nom d’Insula à cette période. Ce nom provient sans doute de la famille de son nouveau seigneur, nommé par le comte et qui avait la charge de la défense du flanc sud de la capitale, Pernes, bien que l’on ne soit sur de la présence de cette famille qu’à partir du XIIe siècle, avec l’acte confirmant la donation de Thouzon aux religieux bénédictins de Villeneuve les Avignon.

Le marché de l’Isle était géré en commun comme c’était souvent le cas en Provence par le comte et l’évêque. Depuis la suppression de la vicomté de Cavaillon, en 1018, l’Isle se trouvait semble-t-il plus dans l’orbite du siège épiscopal de Carpentras.

Roubaud, le nouveau marquis de Provence réussit avec Emma ce que Hugues n’avait pas pu faire avec Berthe : avoir l’appui de l’ost de Toulouse pour résoudre ses problèmes.

Ses concurrents étaient la couronne de France qui cherchait à reprendre la Provence et les empereurs  du saint Empire à l’égard desquels il souhaitait toujours plus d’indépendance.

Les comtes de Toulouse sont déjà très puissants : ils sont déjà comtes du Rouergue, Gévaudan, Nîmes, Béziers, Narbonne. Pour administrer le Venaissin, ils nomment des vassaux venus de l’autre côté du Rhône, choisis parmi les plus fidèles qui consentiront à s’expatrier en Provence. Raymond  de Saint Gilles aura ainsi un impact considérable sur la noblesse provençale et il réussira à l’entrainer et à participer avec un grand enthousiasme à la première croisade.

Les comtesses d’Arles vont ainsi s’unir avec les comtes de Barcelone et c’est ainsi que les comtes de la Branche d’Arles prendront pour emblème de la Provence les couleurs rouge et or de la Catalogne.

Ces alliances vont être à l'origine des guerres "baussenques" dues à la fois à la rivalité qui oppose la maison de Toulouse à la maison de Barcelone, aux problèmes successoraux de la première dynastie des comtes de Provence et dans les ambitions d’une grande famille provençale, la maison des Baux.

Arrêtés vers le Sud, les comtes catalans tournent leurs ambitions vers le littoral méditerranéen, au pied des Cévennes et jusqu'au Rhône où ils se heurtent à la maison de Toulouse. L'opposition des intérêts provoque le conflit. En 1112, le mariage avec l'héritière du comté de Provence avive les tensions. En effet, ce mariage, probablement à l'initiative de l'Église, de Raimond Béranger de Barcelone avec Douce, fille de Gerberge qui possède le comté de Provence, le Gévaudan, le Carladais et une partie du comté de Rodez, vaut au comte catalan un surcroît d'autorité en Provence. Cette union force Alphonse Jourdain, de la maison de Toulouse, à signer en 1125 un traité délimitant les zones d'influence de chacun.

Au nord de la Durance, le marquisat de Provence aux toulousains et, au sud de ce fleuve, le comté de Provence au comte de Barcelone.  Avignon, Sorgues, le Thor, Caumont restent dans l’indivis.

Raymond prit le titre de marquis, pour se distinguer des comtes d’Arles et de Forcalquier qui restèrent fidèles à l’appellation habituelle de comtes de Provence.

La puissance, le prestige et l’esprit libéral des comtes de Toulouse inquiètent les grands de Provence qui sont, il faut le dire, plus enclins à servir les descendants de Guillaume le Libérateur qui les avait largement rétribués lors de l’expulsion des sarrasins de la Garde Freinet.

Pour contrebalancer cette faiblesse, les comtes de Toulouse vont donc mettre en place dès 1126, une série de places fortes pour assurer la défense du territoire qu’il gouverne dans l’indivis avec le comte de Forcalquier, qui de ces trois seigneurs semble avoir le moins de pouvoir. Ils vont pour cela éliminer tout ce qui se rapporte à la Vicomté de Cavaillon au profit de la famille Amic ; par ailleurs construction à l’Isle d’un castrum pour recevoir en garnison des chevaliers fidèles à la Maison de Toulouse et aux Forcalquier.

Mais aux conflits entre les grandes familles possédant des terres en Provence vont s’ajouter les conflits avec l’Eglise qui par l’intermédiaire des Abbayes comme Montmajour et Villeneuve les Avignon détient et administre de nombreuses terres.

Par précepte impérial du 21 Décembre 1174, le comté de Forcalquier est officiellement créé.

En 1195, un traité d’alliance entre les comtes de Toulouse et de Forcalquier fixe la ligne de partage entre les deux territoires. Elle part du mont Alvernicus (Tour de Sabran) et se dirige à vol d’oiseau jusqu’au col de Cabre qui se trouve dans le département de la Drôme à trente kilomètres de Die.

Quant à l’Isle sur la Sorgue, elle appartiendra aux deux comtes.

L’Isle sur Sorgue au XIIe siècle va connaitre un développement important. Les grandes familles qui vont participer à son expansion seront :

- les Insula dont le nom vient des iles Vieille et Saint Georges, iles du Rhône à hauteur de Mornas.

On retrouve leur trace dans le sillage des comtes de Toulouse aussi bien en Languedoc que dans le Venaissin. Dans son livre sur l’histoire de Pernes, de Gilberti les voit comme de très grande naissance.

Raymond Aton d’Insula, fondateur de la branche des seigneurs de l’Ile Jourdain d’où sortirent les évêques de Toulouse, d’Auch et de Comminges, en serait une des figures marquantes.

-Les Villevieille, originaires d’un territoire situé entre l’Isle et le Thor (Villa Veteri) apparaissent de façon éphémère dans des actes concernant l’Isle.

- Les Germignargues, originaires d’un territoire proche situé à proximité du Thor, et qui habitent à l’Isle et font partie de la petite aristocratie locale.

- les Laugier et les Alphant. Ils appartiennent à la famille des Agoult Simiane, qui sont dans la mouvance des comtes de Forcalquier, et sont  coseigneurs de l’Isle.

Tous souscrivent à des chartes importantes. En 1140, par exemple, Raymond Laugier signe avec Ricau de l’Isle la donation des églises de Thouzon.

Guillaume Laugier, lui, est témoin en 1176 au traité entre le roi d’Aragon et le comte de Toulouse. Il intervient en 1191 au sujet de la succession du comte de Forcalquier.

En 1202, Guillaume  Laugier, Guillaume des Baux, Giraud Amic et Rostan de Sabran sont choisis par Raymond VI comme arbitres dans le conflit qui oppose le comte de Forcalquier à plusieurs seigneurs provençaux.

Au niveau ecclésiastique, on retrouve un Laugier sur le siège épiscopal d’Avignon en 1124, un autre évêque d’Apt en 1103, précédé en 1048 par un Alphant sans oublier l’évêché de Cavaillon et l’Archevêché d’Arles, avec Raimbault de Reillanne, qui mit un terme aux guerres continuelles entre les grands, en décrétant la trêve de Dieu à laquelle Rome tenait tant.

En souverains habiles, les comtes de Toulouse utilisèrent les Insula pour les affaires au-delà du Rhône et les Laugier-Alphant pour les différends avec les comtes de Forcalquier.

Venant du Languedoc et donc dans la mouvance des comtes de Toulouse, on trouve aussi des de Villeneuve (l’un d’eux rallia même les prisons du roi de France pour servir de caution en vue de garantir la bonne exécution du Traité de Paris en 1228), des de la Tour et des Vituli. Ils sont ici pour assurer la garde du castrum de l’Isle et ont reçu selon l’usage des terres  en fiefs qui vont vite devenir des alleux.

Toutes ces familles formèrent donc la seigneurie de l’Isle dont l’organisation va peu à peu évoluer vers un collège de magistrats, appelés Consuls, élus pour un an par les coseigneurs. Ils exerceront le pouvoir en leur nom. On trouve pour la première fois trace de ce consulat en 1200 dans une charte de l’Abbaye de Sénanque, fondé en 1148 mais lorsque l’on regarde la création des consulats dans le sud de la France, sa création a dû intervenir plus tôt.

Cette forme de gouvernement est partie d’Italie pour se développer ensuite par la basse vallée du Rhône en Avignon dès 1129,  jusque dans l’ouest. Arles en 1131, Béziers et Narbonne en 1132, Montpellier en 1141, Nîmes en 1143, Tarascon en 1144. La ville de Sorgues en bénéficie en 1142.

On peut donc supposer que le consulat de l’Isle date d’une période comprise entre 1130 et 1140.

Il faut toutefois noter pour ce qui est des comtes de Toulouse, ils ont conservé le strict contrôle de la désignation des consuls. On peut donc supposer qu’ils le firent dans tous leurs états dont le Venaissin et surement en accord avec le comte de Forcalquier pour ce qui est des possessions en indivis comme l’Isle.

L’apparition des consuls marque la dernière étape de décentralisation du pouvoir unique du comte et de ses subordonnés sur le territoire d’Insula. Ils exercent donc, avec l’assentiment du comte, les droits politiques, judiciaires militaires et financiers du marquis de Provence.

Leur sceau qu’orne sur l’avers une truite en pal, symbolise le pouvoir régalien des consuls sur les eaux de la Sorgue. Le pouvoir de créer des moulins et le contrôle des pêches sont de leur ressort.

Pour la petite histoire, le monopôle de la pêche à l’Isle ne remonte pas à des temps immémoriaux comme on voudrait le faire croire, mais remonte à 1403 avec la publication d’une bulle de l’anti-Pape Benoit XIII autorisant les pêcheurs d’Insula à capturer du poisson sur toute l’étendue de la rivière sans en être empêchés par les seigneurs possédant des fiefs le long de la Sorgue. Cette bulle fut confirmée en 1508 par Jules II, élu Pape à l’unanimité.


La lutte désespérée des comtes de Toulouse. 

Au XIIIe siècle, ce qui marque pendant un demi-siècle le sud de la France, c’est la croisade Albigeoise La  Provence et plus particulièrement l’Isle en Venaissin, terre où les comtes de Toulouse sont implantés, ne va donc pas être épargnée par le conflit et ses conséquences.

Durant toute cette période, on va assister à la lutte désespérée des comtes de Toulouse pour conserver leurs terres. En effet, celles-ci, après l’assassinat  du Légat du Pape, Pierre de Castelnau, en 1208 près des bords du Rhône, à Trinquetaille, en face d'Arles, par un écuyer du comte de Toulouse vont être livrées à la croisade.

Celle-ci, décrétée par le Pape, va entrainer la ruine de cette grande famille et faire entrer le sud de la France dans le giron de la couronne de France.

Raymond VI est excommunié et la guerre contre les Albigeois atteint son apogée avec le désastre de Muret en 1213 et la mort  de Pierre II d’Aragon, venu aider le comte de Toulouse.

Le comte de Toulouse doit s’amender et subit de lourdes sanctions.

Le concile de Lattran, en 1215 met le comtat Venaissin sous séquestre en faveur de Raymond VII, le fils de Raymond VI.

Revenus de Rome, le père et le fils débarquent à Marseille où ils sont acclamés par la noblesse de Provence. Ils décident de reprendre le Comtat où partout, on leur fournit subsistances et de forts contingents.

Les l’Islois furent parmi les premiers à se rallier et leur exemple fut suivi par Avignon et Pierrelatte.

Le jeune Raymond fait une entrée victorieuse dans Beaucaire en 1216 et l’on peut croire que l’étoile des comtes de Toulouse brille à nouveau quand Simon de Montfort, après avoir isolé le comte de Toulouse par des guerres contre ses vassaux, décide de s’attaquer frontalement aux comtes de Toulouse et meurt pendant le siège de Toulouse en 1218.

Pendant ce temps-là, Guillaume des Baux d’Orange profitant de la relative faiblesse de la famille de Toulouse a voulu s’emparer du Venaissin. Il est fait prisonnier et exécuté par les Avignonnais. Raymond VII,  leur cède en récompense des droits sur Caumont, le Thor, Thouzon et Jonquerettes dans une charte d’Avril 1219.

En 1220, suite au décès de Guillaume IV, Raymond Berenger V, son arrière-petit-fils, fils de Garsinde, issue de l’union de la fille de Guillaume IV et de Raymond de Sabran,  devient comte de Forcalquier et partage de ce fait la ville de l’Isle avec le comte de Toulouse.

Pour donner une compensation à Raymond de Sabran, le comte de Provence lui donne quelques terres et la moitié de ses parts dans l’indivision de l’Isle.

Ainsi, la ville eut trois seigneurs supérieurs : Raymond VI, pour moitié, Raymond Berenger et Raymond de Sabran chacun pour un quart.

Il a 25 ans lorsqu’il succède à son père Raymond VI, qui est décédé en 1222, après avoir repris une partie des terres perdues.

Raymond VII est toujours en guerre contre le fils de Simon de Montfort, Amaury. Les méridionaux ont repris l’avantage et Amaury, qui n’a plus beaucoup de troupes ne possède, en janvier 1224,  plus que Carcassonne.

Amaury conclut une trêve avec Raymond VII et part en février vers l’Île-de-France. Au cours d’une entrevue avec le roi Louis VIII, Amaury lui cède tous ses droits sur le Languedoc. Louis décide alors d’intervenir en Occitanie, avec la bénédiction du pape Honorius III qui déclare la Croisade, ce qui permet d’accorder une aide importante, politique et financière, à l’expédition de conquête de la région.

Parallèlement le roi profite d'une situation favorable en Provence, alors enjeu de pouvoir entre le comte de Toulouse et le jeune Raymond Berenger comte de Provence soutenu par l'Église et soutien de l'action royale.

Le roi prend la croix le 30 janvier 1226 et ordonne le rassemblement de son ost à Bourges le 17 mai. L’armée arrive à Lyon le 28 mai et se présente devant Avignon le 6 juin.

Le 10 juin, le roi Louis VIII arrive à son tour et décide de mettre le siège devant la ville. Avignon est une ville impériale, même si elle appartient à Raymond VII de Toulouse et le roi pouvait craindre une intervention de l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen, mais le roi lui fit savoir que le siège n’avait pour but que le châtiment des hérétiques qui vivaient dans la ville.

Sous la conduite des consuls de la ville Guillaume Raymond et Raymond Riali, encouragés par les sirventes du troubadour Bertrand d'Avignon, les Avignonnais montrèrent autant de vaillance à repousser les assauts que les Toulousains en 1218. Raymond VII ne disposait pas de troupes suffisantes pour attaquer les croisés à revers, mais il parvenait à harceler les convois de ravitaillement en vivres et en fourrage. Le camp des croisés est rapidement frappé par la dysenterie, et de nombreux soldats décèdent. Certains grands seigneurs, peu enclins à aider le roi à déposséder l’un des leurs, se plaignaient de la longueur et de l’inutilité du siège. Début août, le comte Thibaud IV de Champagne invoqua la fin de l'ost pour quitter le siège, malgré l’ordre du roi de rester.

Craignant le départ d’autres féodaux, le roi ordonne un nouvel assaut le 8 août, qui est repoussé comme les autres. Sur la demande des religieux, le siège est prolongé, et le blocus de la ville renforcé. Il porta enfin ses fruits, car les vivres commencent à manquer dans la ville et les consuls commencent à négocier la reddition de la ville. Le 12 septembre, Louis VIII peut enfin entrer dans la ville. Mais ce succès tient à peu de chose. En effet une crue avec de fortes inondations se produit dès le 17 septembre soit huit jours après la reddition de la ville. À quelques jours près les assaillants auraient été noyés et la cité sauvée.

Les Avignonnais sont contraints d’abandonner le comte de Toulouse et de s’engager à défendre les terres de  l’Eglise en deçà du Rhône.

Le comte de Provence, Raymond Berenger V, se rallie à la couronne de France contre la famille de Toulouse et les hérétiques.

Raymond VII lui-même doit alors demander la paix au Pape et les négociations se terminent par le traité de Paris, le 11 Avril 1229 qui est souvent considérée comme un jalon de première importance dans le rattachement du Languedoc à la couronne : à la faveur de la conjoncture, elle aurait préparé le passage de la grande principauté méridionale sous la domination capétienne, en liant les mains du dernier des comtes de Toulouse issus de la maison de Saint-Gilles.

En effet, le roi et le Pape se partagèrent ce qui restait au Comte de Toulouse. Dans le Comtat, les sept évêques d’Avignon, de Carpentras, de Cavaillon, de Vaison le Romaine, d’Orange, d’Apt et de Saint Paul-Trois-Châteaux s’emparèrent de ses domaines qui vinrent s’ajouter aux vastes territoires déjà possédés par les grandes abbayes provençales.

Le 29 Décembre 1229, au château de Mornas, le légat du Pape prit possession du Venaissin et en remit provisoirement la garde et l’administration à Pellegrin Latenier, sénéchal de Beaucaire et à Adam de Milly, en stipulant qu’ils gouvernaient au nom de l’Eglise romaine.

Pendant cette période troublée où les officiers du Roi occupaient le Comtat et ses bayles l’administraient, Raymond VII, lui, dans une parfaite illégalité, continuaient de nommer ses représentants. Ainsi il fit Barral des Baux sénéchal du pays .

La situation, à cette période est assez complexe car le Roi qui a récupéré le Languedoc souhaite quand même rétablir Raymond VII car il a pour visées de récupérer le marquisat de Provence en faisant jouer une clause du traité de Paris qui stipule que Raymond VII s’est engagé à donner en mariage sa fille Jeanne à Alphonse de Poitiers, frère du roi. Il y est également stipulé que si celle-ci décède sans enfants,  tout son héritage reviendrait au Roi.

Le Roi fit donc pression sur le Pape pour qu’il rende les terres de ce côté du Rhône amis celui-ci tergiversait, arguant du fait qu’il fallait d’abord expurger l’hérésie Cathare dans une lettre de 1232.

La situation devient ubuesque quand ce même Pape s’adresse à Frédéric II, Empereur germanique et souverain du comte de Toulouse pour cette partie du territoire, afin qu’il arrête la guerre entre Raymond VII et Raymond Berenger au sujet de la république de Marseille.

En faisant cette demande, le Pape reconnaissait ainsi implicitement que de ce côté du Rhône, on se trouvait en terre d’Empire. Frédéric II entra alors dans le jeu en disant que le traité de Paris concernant le Venaissin n’avait aucune valeur et que ni le roi de France, ni le Saint Siège n’avait de droits sur ces terres.

En septembre 1234, donc il redonne ses droits au comte de Toulouse et en 1235, il annonce aux seigneurs de l’Isle, de Caderousse et de plusieurs autres villes du Comtat qu’ils doivent jurer fidélité au comte de Toulouse.

Dès le départ des troupes du royaume de France, les partisans du comte, conduits par Barral des Baux et les hommes de l’Empereur, sous les ordres de Torello de Strada, citoyen de Pavie, reprennent le pays en mains.

Malgré tout, le Pape les excommunie, en rajoutant ainsi à l’imbroglio.

Pour l’Isle, le consulat, malmené durant ces périodes troublées, est supprimé lors du retour du comte de Toulouse en 1236, car les coseigneurs ont tardé à lui prêter hommage.

Il nomme à la place un viguier et un juge et s’appuie plus  sur les « Probi Homines » qui composent avec les propriétaires ruraux et la bourgeoisie commerçante et industrielle, la nouvelle force de la ville.

Le comte de Toulouse se rapproche de l’empereur à mesure que celui-ci s’éloigne du pape.Le comte de Toulouse redevient comte de Forcalquier après que Frédéric II, qui est décidé à s’investir en Provence, ait mis Raymond Berenger au banc de l’Empire, suite à toutes les actions qu’il a commis.

Les deux comtes, ennemis depuis que Raymond Berenger a pris parti pour le roi de  France sont de nouveau en guerre. Raymond VII vient dans le Venaissin pour y lever une armée afin d’envahir la Provence et avant même de se mettre en campagne, il pille les biens de l’évêché de Vaison et de celui de Cavaillon. Il s’empare notamment du château de Vaucluse. Le Pape, qui lui protège le comte de Provence, excommunie à nouveau le comte de Toulouse.

En 1240, Frédéric II doit donc déposséder le comte de Toulouse de son poste de podestat d’Avignon, ce qui l’oblige en tant que marquis de Toulouse à devenir à nouveau plus conciliant avec le Pape et avec ses sujets du Comtat. Ainsi il rend aux coseigneurs de l’Isle, écartés, la domination sur la ville mais participe, par l’entremise de son viguier, au contrôle de la ville. Il rachète des parts de la coseigneurie, comme il l’a fait à Séguret et Caderousse.

Mais depuis longtemps, le comte de Toulouse est hanté par l’engagement qu’il a pris pour ses terres du Marquisat de Provence de donner sa fille Jeanne à Alphonse de Poitiers. Il lui faut à tout prix avoir une descendance mâle pour éviter cette close du traité de Paris. Il va donc entrer dans une course au mariage afin d’écarter sa fille de l’héritage.

Il répudie ainsi Sancie d’Aragon pour convoler avec Sancie de Provence, fille de Raymond Berenger, en profitant en même temps pour se rapprocher de cette famille. Les châteaux d’Oppède et de Malaucène sont remis au roi d’Aragon en échange  de ceux de Forcalquier et de Chateaurenard.

Le contrat de mariage est particulièrement défavorable à Jeanne.

Il se rapproche du Saint Siège contre l’Empire pour ne plus être excommunié. Dans une charte de 1241, il déclare que le château de Beaucaire et les terres d’Argence  lui ont été confiés par l’archevêque d’Arles. Les évêques de Cavaillon, Carpentras et Albi y souscrivent en promettant même de l’aider à récupérer ses terres.

Le Pape, charmé de ce revirement, demande même à examiner les preuves de nullité du mariage avec Sancie d’Aragon. Avant même la réponse du Pape, la répudiée alla s’établir au château de Pernes avec 7000 sols de rente. Elle y mourut en 1249.

Après la mort du Pape, le nouvel élu fut Innocent IV, partisan de l’Empereur. Cette nomination obligea donc à nouveau le comte de Toulouse à se rapprocher avec son souverain qui l’avait menacé de lui retirer le Comtat. Le comte se rendit à Romme où un accord entre Frédéric II et le Pape avait été préparé mais l’Empereur refusa de le signer et le Saint Père, craignant d’être arrêté, se réfugia à Lyon en 1245.

Cette fois-ci un concile décide de l’excommunication de l’Empereur. Le comte de Toulouse et celui de Provence y assistent et se mettent à nouveau d’accord pour un mariage entre Beatrix, quatrième fille de Raymond Berenger et le marquis de Provence.

Le Pape semble donner son accord mais en 1246, à son retour à Aix, le comte de Provence meurt. On ouvre le testament établi en 1238 et c’est Béatrix qui est désignée comme héritière. On ignore s’il existait un nouvel engagement avec Saint Louis mais son frère Charles d’Anjou descend la vallée du Rhône avec une armée pour épouser Béatrix le 31 Janvier 1246. Raymond VII, déçu, quitte la Provence et se retire alors dans le Toulousain mais échoue également à trouver un parti en Espagne.

A ce moment-là,  Saint Louis décide de prendre la croix et demande au comte de Toulouse de le suivre en Terre Sainte. En attendant le bateau, le comte de Toulouse vécut dans son château de l’Isle, celui de Pernes étant occupé par son ancienne épouse.

Le comte s’embarqua à Marseille en 1247 mais tomba malade en route et fut déposé à Rhodes. Rapatrié en France, on le transporta à Millau où il mourut en Septembre 1249.

En apprenant cela, Blanche de Castille, régente de France, fit expédier des  commissaires pour prendre possession de ses Etats au nom d’Alphonse de Poitiers, son troisième fils et de Jeanne, son épouse, partis eux-aussi pour la croisade. Fait prisonnier avec le roi et le comte d’Anjou, il fut libéré contre rançon et arriva avec Charles en France en 1250.

Leur première tâche fut d’en finir  avec les vassaux insubordonnés et les communes rebelles. Leur projet fut facilité par la mort de Frédéric II en 1250.

Au château de Beaucaire, en 1251, les délégués d’Avignon viennent apporter leur soumission et resigner les droits de la petite république fondée en 1128. Les deux frères sont maintenant représentés dans cette ville par un viguier.

Plus tard, Alphonse de Poitiers cédera ses droits sur Avignon à Charles d’Anjou auquel le Pape Clément IV confiera en 1265 le royaume de Sicile.

Le nouveau marquis de Provence est né en 1220. Il avait reçu de son père Louis VIII le comté de Poitiers et d’Auvergne. Son mariage avec Jeanne lui apporte, le comté de Toulouse, une partie de l’Albigeois, l’Agenais, le sud du Quercy, le Rouergue et le comtat Venaissin. Il réside en temps normal avec son épouse à Vincennes ou à Paris. Il gouverne ses états par l’intermédiaire de sept sénéchaux, nommés pour un an, avec lesquels il correspond fréquemment.

Le sénéchal du Venaissin s’installe à Carpentras avec son tribunal. La sénéchaussée est divisée en neuf bailies que parcourt un juge itinérant. Leurs Chefs-lieux sont : Bonnieux, Cavaillon, Pernes, Oppède, l’Isle, Malaucène, Mornas, Vaison et Pont de Sorgues.

Les consulats disparaissent au profit de parlements généraux des habitants de communes convoqués  par le Bayle. C’est un pas important vers la démocratie qui vient d’être fait avec la mise en commun des biens collectifs et l’apparition de la commune.

Dès 1250, à l’Isle, les « Universitas »sont nées. Elles regroupent les propriétaires, anciens coseigneurs, prud’hommes, chevaliers et même les juifs. Ceux-ci, originaires du Languedoc, sont à Orange et à Saint Paul-Trois-Châteaux depuis le bas Empire.  Ayant profité du libéralisme des comtes de Toulouse, ils se sont installés en Avignon, à Carpentras, Cavaillon et Apt. L’Isle, possède aussi sa communauté juive.

Les baillis seront remplacées par la suite par des vigueries. La viguerie de l’Isle englobe le Thor, Caumont, Saumane, Fontaines de Vaucluse et Lagnes.

Châteauneuf de Gadagne lui n’est pas dans la viguerie de l’Isle car c’est une baronnie indépendante dépendant de l’abbaye de saint Guilhem le Désert en Languedoc bien avant le XIIe siècle. On dit que Châteauneuf de Gadagne est « dans le Comtat, non du Comtat ».

Les vigueries seront vite remplacées par les Papes en judicatures ou jugeries que l’on retrouvera au XVIIIe siècle. Saint Saturnin d’Avignon et Jonquerette seront alors rattachées à la judicature de l’Isle.

A la Révolution, l’Assemblée constituante créera le canton  en suivant les mêmes règles.

En 1271, la peste eut raison de saint Louis, roi de France et du dernier comte de Toulouse Alphonse de Poitiers et de sa femme Jeanne. N’ayant pas eu d’enfants, on procéda par testament à la division de leurs biens. Dans le testament de Jeanne, la ville de l’Isle, son territoire et sa juridiction furent données à la cousine de Jeanne Gaucherande, fille d’Amalric, vicomte de Narbonne. Mais les actes du testament de Jeanne ne furent pas suivis par la couronne de France qui donna le Comtat Venaissin au Saint Siège. Ce fut le sénéchal de Beaucaire Raynaud de Raynier qui appliqua les directives du Roi de France Philippe III le Hardi.

 

La Tour Boutin ou Tour d’Argent.

Il existe sur le territoire de la commune de l’Isle deux donjons carrés qui symbolisent l’architecture des XIe et XIIe siècle: la Tour Boutin ou tour d'Argent à l'Isle et la tour de Velorgues. Apparus à Apt dès l’An 1000, ces donjons vont se construire en Provence jusqu’en 1500 alors que  la tour circulaire apparait dès le XIIIe siècle et reste le modèle le plus fréquent.

Ces donjons de type quadrangulaires sont nombreux en Provence. On en comptait au XIIe siècle une trentaine au pays d’Apt et presque autant dans celui d’Aygues. Il y en aura davantage au XIIIe siècle.

Le donjon est le symbole de la puissance des seigneurs au temps de la féodalité et dans certains châteaux, on retrouve plusieurs donjons appartenant à plusieurs familles.

Les tours de Velorgues et de l’Isle sont très similaires. Il est possible que la Tour Boutin ait été construite à l’époque des consuls. Celle de l’Isle est légèrement plus grande et plus somptueuse que celle de Velorgues. Ce sont des installations de défense passive et leur point fort réside dans l’épaisseur de leurs murs. Un mètre cinquante à Velorgues et 2 m à l’Isle.

Une autre caractéristique comme tous les donjons de cette époque est la difficulté d’accès car l’entrée se situe au premier étage à environ 6 mètres de hauteur et on y pénètre au moyen d’une échelle mobile.

La salle du rez-de-chaussée était destinée à la petite garnison, au stockage des vivres et des armes.

On y accédait par le premier étage où se trouvaient la salle de réception et la chambre du seigneur en cas de siège. Dans les murs étaient encastrés la cheminée et des escaliers permettant d’accéder à la terrasse consacrée à la garde et la défense active lors d’un siège. Cette plate-forme se situe en hauteur respectivement à 13 mètres à Velorgues  et  17 mètres à l’Isle. La tour de Velorgues contient aussi une cave à laquelle on accède par le rez-de-chaussée et il est probable que cette cave existait dans la  tour de l’Isle mais aucun sondage n’a été fait.

La tour de l’Isle a deux étages et ce changement d’architecture a dû intervenir vers 1350 au moment où le cardinal de Saluce, alors prévôt de la collégiale, a fait détruire le château comtal et a intégré la Tour, en la perçant de fenêtres, dans une somptueuse demeure.

Elles constituent l’élément unique de ces deux places fortes romanes à l’intérieur des remparts ou « claustrum ». Ces tours représentent le moyen pour leur propriétaire de dominer et de protéger. C’est le réduit défensif en cas d’attaque et c’est le bâtiment de prestige au sommet duquel flotte le drapeau du marquis de Provence. Le coffre au trésor du comte et des coseigneurs, contenant l’argent et les titres,  y est entreposé.

Raymond VII aimait beaucoup séjourner dans son château de l’Isle pour ses affaires dans le Venaissin, surtout depuis que sa femme répudiée y vivait.

A Pernes, à l’origine constituée de deux enceintes concentriques, on retrouve en autres l’actuelle tour de l’Horloge qui ressemble beaucoup à celle de l’Isle et auprès de laquelle s’élevait la demeure du comte.


Sources:

- Article avec de très nombreux passages du livre "l'Histoire de l'Isle sur la Sorgue des Origines à 1274" de Albert Cecarelli -Edition Compo typo Relief Mai 1987.

Raimond VII de Toulouse et la paix de Paris (1229-1249)

- Wikipédia


Posté le 08-01-2012 18:47 par Jimre


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