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Fontaine de Vaucluse

La route qui mène de l’Isle sur Sorgue en sept ou huit kilomètres à la source de Vaucluse, rencontre à la sortie de la ville, le partage des eaux où la Sorgue se divise en plusieurs bras dont les principaux sont : la Sorgue de l’Isle et la Sorgue de Velleron et se jette dans le Rhône en face de la pointe nord de l’île de la Barthelasse.

Ses eaux arrosent la plaine de l’Isle sur Sorgue et alimentent des canaux d’irrigation.

Après les verdures de l'Isle, c'est la plaine brûlée par le soleil, la route poudreuse, mais bientôt la montagne grandit et devient comme un mur énorme contre lequel on va se heurter. Où est l'ouverture, la brèche par laquelle on doit entrer? Une grande ombre bleuâtre indique un interstice de celle immense barrière de roches fauves et pelées, une étroite vallée s'insère entre deux contreforts réunis par l'aqueduc de Galas, qui porte d'un rocher a l'autre, par-dessus la Sorgue, les eaux du canal de Carpentras, prises à la Durance et portées à l'Ouvèze en longeant la base de la chaîne vauclusienne.

Dès l'entrée dans le sein de la montagne commence l'enchantement; l'étroite vallée serpente entre de hautes roches, dessinant à chaque tournant des promontoires bien découpés, aux courbes vigoureuses, par-dessus lesquels se montre le grand mur de fond rayonnant sous le soleil. Il n'y a place que pour la route et pour l'eau de la fontaine, courant blanche et floconneuse sur des roches moussues. Puis après un dernier tournant, c'est Vaucluse, le site merveilleux, dans toute sa beauté: un admirable paysage de rochers, de blocs arides et enflammés, soulevés par-dessus des verdures exubérantes, dans la splendeur du soleil, une ruine déchiquetée sur un piton, des maisons blanches hissées sur les rocs, et enfin, jaillissant de la montagne comme une lave d'argent, le flot de la fontaine.

Le village est charmant, l'entrée surtout est délicieuse, c'est une jolie petite place tout ombreuse, sous de grands platanes en cercle autour d'une haute colonne érigée, non pour célébrer quelque bataille ou quelque illustre pourfendeur d'hommes, mais bien en l'honneur de Pétrarque et de l'éternelle poésie. L'église est à côté, une petite église bien vieille, qui pour ses colonnes basses a emprunté de beaux chapiteaux romains, à quelque temple plus vieux qu'elle, élevé en ce lieu à la divinité de la source.

Vaucluse, le pays du poète, le val des cours d'amour du moyen âge, était aussi pays usinier, il possède quelques fabriques utilisant le courant des eaux divines et mystérieuses qui remplissent de leur musique le fond de la vallée close. Heureusement ce ne sont pas de noires industries qui se sont installées dans ce pays merveilleux, ce sont des papeteries; on peut les regarder sans chagrin, elles fournissent le papier des livres, et elles cachent autant qu'il est possible leurs grands bâtiments dans les flots de verdure des arbres arrondis en bouquets au-dessus de la Sorgue.

Pétrarque, qui y séjourna de 1337 à 1353, et Laure, fille du seigneur de Noves, village situé non loin de Chateaurenard et épouse du seigneur de Sade, lui inspira de nombreux poèmes. On a longtemps essayé d’opposer ces deux Laure, à cause de la mauvaise réputation du marquis de Sade.

Mais il n'y a qu'une Laure,de Noves ou de Sade, celle de la légende,que Pétrarque, dans cette ville d'Avignon, rencontra pour la première fois le vendredi saint de l'an 1327 à un office matinal de l'église Sainte-Claire.

Laure, paraît-il, ne vit jamais que le poète dans le pauvre Pétrarque, couronné de lauriers sans roses, qui l'aima vingt ans, l'adora morte, pur esprit dégagé de l'enveloppe terrestre, et lui consacra d'innombrables sonnets et canzones. N'y pensons plus et tâchons aussi d'oublier que, d'après les chercheurs impitoyables, Laure, très respectable dame, donna onze enfants au seigneur de Sade.

« Plante heureuse, dans le bourg d'Avignon elle naquit et mourut... » dit le mélancolique sonnet trouvé en une boite de plomb dans son cercueil.

Elle mourut pendant la terrible peste de 1348, qui tua les Avignonnais par milliers. On l'enterra aux Cordeliers où sa tombe retrouvée et ouverte en 1533 eut parmi ses premiers visiteurs le roi François 1er, auteur de "Souvent femme varie", qui prit la lyre avec laquelle il avait déjà célébré Agnès Sorel et rima en l'honneur de Laure quelques vers :

..... Gentille âme estant tant estimée,

Qui le pourra louer qu'en se taisant,

Car la parole est toujours réprimée,

Quand le sujet surmonte le disant.

A gauche de la rivière un sentier remonte d'abord le long de quelques cafés ou hôtels tous dédiés à Pétrarque ou à Laure avec des inscriptions alliant bizarrement la poésie aux indications commerciales : « Sur l'emplacement de ce café, Pétrarque avait établi son cabinet d'études. — Ici il composa son sonnet 129. » Et le sonnet suit, en gros caractères au-dessus de la tête des buveurs. Mais passé ce Vaucluse des hôteliers, le sentier s'enfonce dans la gorge de la fontaine a travers les éboulis de roches, au-dessus des cascades où la Sorgue tombant de palier en palier, bouillonne et bondit dans une buée d'écume. Voici là-haut, sur le piton de droite criblé de trous, le vieux château fissuré et crevassé, terminant l'escarpement par une muraille dentelée qui se distingue à peine du roc. C'était le château du grand ami de Pétrarque, alors évêque de Cavaillon et plus tard cardinal, Philippe de Cabassole; au-dessous de ce nid féodal au bord de la Sorgue, la reine de toutes les fontaines, où poète avait sa maison et son jardin, où il recevait parfois les visites des nobles dames des cours d'amour d'Avignon, muses aristocratiques des derniers  troubadours. Leurs noms à ces reines du "gay saber" qui vinrent souvent réveiller le poète en sa solitude, sont déjà de la poésie, semble-t-il : Laure de Noves d'abord, qui vivait au château de Sade à Saumane à l'entrée des gorges, Fanette de Gantelme, sa tante, Jeanne des Baux, Huguette de Sabran, Mabille de Villeneuve , Beatrix d'Agoult, Blanchefleur do Ponteves, Isoarde de Roquefeuil, Rixande de Puyvert...

Bien modeste pourtant, a dit Pétrarque lui-même, et bien petit le jardinet, sur les pentes rocailleuses que dominait le château aérien de l'évêque, la petite Thébaïde, où le poète mélancolique, en un accès de découragement, s'était confiné, où, vêtu comme un berger des montagnes, il lisait son bréviaire en écoutant bruire la cascade et sonner les rimes dans sa tête. Tous ces ouvrages, a-t-il dit, ont été écrits, commencés ou conçus ici, et c'est d'ici qu'il partit pour s'en aller recevoir la couronne de laurier dans un triomphe solennel à Rome.

En face du château ruiné, des pitons moins hauts s'élèvent parmi les roches aux formes bizarres que domine un grand mur à pic, une falaise de plus de deux cents mètres, au pied de laquelle, dans une anfractuosité bleuâtre et mystérieuse, on devine la source d'où jaillit, bondit et tourbillonne sur le tortueux escalier semé de roches toute cette eau merveilleuse. Le débit de cette fontaine de Vaucluse est fort irrégulier; après les sécheresses la fontaine elle-même est tarie et l'eau s'écoule au plus bas des petites sorgues perdues sous les roches. En ce moment, la source est généreuse, le bassin à niveau très variable déborde et verse sur les rochers une abondante rivière dégringolant torrentueusement vers la plaine. C'est que sont remplis aux entrailles de la montagne les réservoirs inconnus qui l'alimentent, qui reçoivent toute l'année l'eau des plateaux troués d'avens, gouffres-entonnoirs insondables buvant l'eau des torrents et des ruisselets des combes.


Source avec falaise

Voici la source sous la paroi inclinée de la haute falaise grise, Source de Fontaines de Vaucluseune nappe tranquille d'un vert assombri par l'encaissement des rochers, mais claire et limpide où la lumière frappe et Fontaines de Vaucluse cascadequi se précipite tout de suite en blanche cataracte par-dessus la bordure de gros blocs couverts de mousses de velours, à travers les longues herbes flottant sur l'onde folle flans les remous d'écume, connue des paquets de chevelures vertes.

Si le paysage à l'entrée des gorges est superbe, le tableau, quand on se retourne en quittant l'antre mystérieux, semble encore d'une splendeur plus grande. C'est bien le Val fermé, ce grand cirque de montagnes sèches, étrangement découpé en pentes raides et en falaises soutenues de rochers-contreforts détachés des parois, ces croupes rocailleuses, percées tout en haut de trous et de grottes, ces immenses gradins de pierres fauves et grises dressés au-dessus du val plein de verdures, semblable à un petit paradis isolé, soustrait aux regards de tous, où la Sorgue écumante qui serpente parmi arbres et rocs, s'enfuyant avec une vitesse vertigineuse, s'en va se perdre tout de suite dans un repli du défilé.

Texte adapté à partir d'un livre vu sur Gallica.com sur la Provence par A. Robida.

Photos appartenant au site.


Posté le 22-02-2009 18:54 par Jimre


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